‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 156 sur 181 · DE PUDEUR · texte numérisé non relu

DE PUDEUR

» portement, sans impatience; c’était seulement lors- » qu'on cherchait à le découvrir et qu'on outrageait ainsi » sa pudeur, que sa figure ordinairement impassible de- » venait inquiète et menaçante (1). » Dans le ridicule empressement de la curiosité autour de ce pauvre sauvage, dans les pratiques nouvelles qu’il lui avait fallu adopter, combien de ses habitudes n’avait -on pas dû blesser ! Cependant il était resté impassible , et il ne se révoltait que pour ne pas laisser offenser sa pudeur : elle avait donc à ses yeux quelque chose qui la distinguait de l’habitude.

Aussi , l’amplitude des vêtements ne suit-elle pas , comme on pourrait le croire, la loi des climats; mais les progrès de la délicatesse de l’esprit. Tous les peuples barbares , au nord comme au midi , marchent à peine vêtus, mais au midi comme au nord les vêtements s’allongent à mesure que l’esprit se cultive.

Que répondront d’ailleurs les partisans de la doctrine de l’habitude ou de l’éducation , lorsque les naturalistes leur montreront que linstinct de la pudeur n’est même pas le privilège de l’humanité et que certains animaux le partagent avec nous? L éléphant, le chat, le singe cherchent pour certains actes l’obscurité ou la solitude. Dans les espèces élevées, la femelle ne s’offre#pas; celle de certains singes se couvre, dit-on , de sa main comme d’un voile.

Plaise au ciel qu’en traitant de la pudeur il ne m’arrive pas à moi-même de la blesser! Gomment ferai-je donc entendre que certaines délices ne sont pas faites pour les yeux , que la vue s'en révolte, que l’amour de cœur

(1; Lettre de M. Camus, interne à la maison rojale de santé Revue de ^aris, 3 août 1832.

INSTINCT

a les yeux chastes, que la nouvelle épouse s'abandonne plus facilement aux bras qu'aux yeux de son époux , quoique certainement l’un et l'autre abandon soit également contraire à son éducation et à son habitude, que cet instinct de l'obscurité est la sauve-garde de l’amour de cœur. Voyez dans la fable antique : dès que Psyché, par une curiosité indiscrète , veut joindre à d’autres plaisirs celui des yeux, elle fait envoler l’amour.

L’ardeur soutenue de l’imagination , le prompt désenchantement de la vue mon Ire bien que le voile est dans l’intention de la nature ; aussi le ciseau grec, malgré son adoration pour la forme et son dessein arrêté de dévoiler la Vénus à tous les yeux , n’a-t-il jamais commis la faute d’achever la statue tout entière. Pour ménager l’amour, les yeux doivent s'interdire, ou du moins oublier profondément certains spectacles ; de même que l’anatomiste, pour aimer l’extérieur du corps, doit perdre complètement le souvenir de l'intérieur, car la beauté n’y pénètre pas; elle flotte et glisse à l’épiderme.

Cet instinct du secret pour certains actes nous conduit à la retenue dans nos paroles ; un chaste discours est comme un second voile que nous jetons sur le premier; aussi chez l’aveugle , ainsi qu’on l’a fait récemment remarquer, la pudeur se réfugie dans les oreilles (1). La fleur délicate de la pudeur appartient surtout à la femme ; elle peut sans doute s’y flétrir par l’influence d'une mauvaise éducation , ou des mauvais exemples , ou l’ascendant de quelque passion ; mais elle n'en est pas moins éclose à son heure, sans semence étrangère et par la seule vertudusoî.

(i) Dufau, Essai sur les aveugles.

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