DE PUDEUR. S8T
Si ia psychologie n a pas, sur ce sujet, l'appui ordinaire de Thomas Reid , elle trouve au moins celui de Cicéron , parmi les anciens, et de Kant, parmi les modernes. « La » nature, dit le premier, paraît avoir pris un soin extrême » de la disposition de notre corps : le visage et tout ce » ce qui est honnête dans notre extérieur, elle Fa mis en » évidence ; les parties accordées à la nécessité , qui au- )} raient été laides et honteuses, elle les a couvertes et )> détournées des yeux. Cette sage organisation de la na- » ture sert de modèle à la pudeur de Fhomme. Ce que la )> nature a caché , les hommes sains d’esprit le dérobent » aux regards, et ils ne cèdent à la nécessité elle-même }) que dans le plus grand secret ; ils u appellent jamais par » leurs noms ni certaines parties du corps ni leur usage; ;J et ce qu il n est pas honteux de faire, mais en secret ,
» il est obscène de le dire Il ne faut donc pas écouter
)} ^es cyniques , ni ceux des stoïciens à demi-cyniques qui )} tî ou vent à redire et qui se moquent de ce que nous » regardions comme répréhensible dans les paroles ce qui » ne 1 est pas dans les actes, et de ce que nous appelions » par leur nom des actions vraiment honteuses. Le bri- » gandage, disent-ils, la fraude, l’adultère, sont des » actes honteux qu’on nomme sans obscénité, et procréer )> des enfants est une action honnête dont le nom est » obscène!.... Pour nous, suivons la nature, et abs-
» tenons-nous de tout ce qui choque les yeux et les » oreilles (1). »
(' La pudeur, dit le philosophe de Kœnigsberg, est un » des plus admirables secrets de la nature humaine :
(1) De offre iis, lib, ï, 35.