PLAISIR DÊ L’IMITATION VOLONTAIRE
duire les objets dont il a été charmé. Ainsi un pâtre grossier, seul au milieu des chèvres qu’il garde sur les montagnes , se sent quelquefois pressé du besoin de retracer la figure des objets qui font frappé : le rocher qui s’élève jusqu’aux nues, le sapin debout sur le bord de l’abîme , la plus belle chèvre de son troupeau , enfin la jeune fille qui
l’attend le soir au retour. De là cette ancienne allégorie qui
représente l’amour comme finventeur de fart du dessin. Celui qui se plaît à entendre un rhythme et une mé- . lodie , essaye quelquefois de les reproduire et se plaît à battre la mesure, à mouvoir son corps en cadence et à chanter. Au plaisir de percevoir la beauté physique est donc lié l’instinct de dessiner , de peindre , de chanter et de danser.
Mais c’est surtout faction humaine , les mouvements et les paroles de nos semblables qui nous portent à les reproduire, et cette reproduction a reçu particulièrement le titre d’instinct d’imitation. Nous devons d’abord signaler une imitation involontaire et comme mécanique par laquelle nous reproduisons le bâillement, le bégayement, l'accent et le geste des personnes que nous fréquentons, et qui tient uniquement à une réaction sympathique de notre faculté motrice. Il existe de plus une imitation libre et intentionnelle qui devient un véritable plaisir (1). Cette tendance se manifeste dès le plus jeune âge : l’enfant reproduit d'abord les inflexions de voix et les gestes , et plus tard il imite dans ses jeux les conversations et les petits drames qui se passent autour de lui. L’homme mûr n est pas inseii-
(1) Reid, t. I, p. 182 ; t. 6, p. 19.
PLAISIR DE L’ilNDUCTIOtf.
sible à l imitation , ainsi qu’on peut s’en assurer par le plaisir que lui cause ce qu on appelle le vrai dans les arts et particulièrement dans l’art dramatique. Après avoir été amusés comme spectateurs, nous voulons quelquefois participer nous-mêmes à l’acte d imitation , c est 1 origine du théâtre de société : comme le théâtre prend plaisir à copier le salon , le salon s’amuse à son tour à copier le théâtre.
Gaîl et Spurzheim ont reconnu comme Thomas Reid , 1 instinct d imitation (1), mais ils ont négligé une distinction qui n’avait pas échappé à leur prédécesseur. C’est celle qu’il faut faire entre l imitation mécanique et involontaire , et le plaisir qui résulte de limitation intentionnelle. La première est , comme nous venons de le dire , une réaction de la faculté motrice sous l’influence de la perception et de la mémoire : il peut n’en résulter ni peine ni plaisir ; la seconde est une affection qui suppose intention et succès.
S 18. Plaisir de l'induction.
La faculté inductive (2) étant la faculté scientifique , c’est-à-dire celle qui nous fait chercher les lois générales de la nature , établir les classes et supposer les causes , c’est au développement de cette faculté que se trouvent liés le plaisir et l’amour de la science. Il n’y a pas de science des choses particulières , mais seulement
(1) Gall, Anat.y t. 4, p. 229. Spurzheim, Manuel , p. 52.
(2) Voyez le présent ouvrage, 3* partie, ch. IV, $ 5.
PLAISIR DE L 1INÜDCTI0N.
des généralités ; c’est dire en d’autres termes quil uy a pas de science fondée, à la lettre, sur l'expérience, sur l’observation ou sur les perceptions. Toute science conclut pour la généralité des êtres, pour ceux qui n ont pas été explorés, comme pour ceux qui n’existent pas encore ; une science n’est donc ce qu elle est , que par l’induction, c’est-à-dire par la faculté de généralisation. C’est sur cette faculté que reposent les sciences de pure description ou de classification , comme l'histoire naturelle aussi bien que les sciences d’explication , celles qui recherchent les causes cachées des phénomènes apparents, telles que la physiologie, la physique, la chimie et la psychologie. L induction aspire à trouver l’unité dans la variété, et sous ce rapport, elle ressemble à la vue et à l'ouïe , ce qui a autorisé le rapprochement qu'on a lait du beau dans les arts et du beau dans les sciences , ou de la beauté physique et de la beauté intellectuelle.
C’est à cette faculté qu'il faut rapporter le goût de l'ordre dans les idées, depuis la satisfaction que nous fait goûter une comptabilité régulière , une bibliothèque rangée , non d’après l’ordre des formats , mais d'après l’ordre des matières , une heureuse appropriation des moyens à la fin , comme une montre qui ne se dérange pas d’une seconde en un jour, quoique nous n’ayons
jamais besoin d’une pareille exactitude , jusqu'à l’extase dans lequel nous jettent les harmonies du monde , et les descriptions que la science a tenté de nous en donner, jusqu’au vertige qui nous pousse dans les faux systèmes, et nous fait accepter aveuglément des explications universelles et des panacées infaillibles. J’ai essayé de montrer que les facultés de comparaison , de métaphysique