‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 168 sur 181 · SENTIMENT DÎT RIDICULE · texte numérisé non relu

SENTIMENT DÎT RIDICULE

§ 23. Sentiment du ridicule.

Nous arrivons maintenant à une affection qui paraît la plus frivole de toutes, et qui n’en est pas moins, comme nous espérons en donner la preuve, la sauvegarde des plus nobles affections de l’humanité. Je veux parler de la disposition au rire.

Il n’est pas ici question du rire déterminé par une cause physiologique, comme par le chatouillement, ni du sourire que fait épanouir sur nos lèvres le passage de toute affection douce dans notre âme , tel que celui d’une mère sur le berceau de son fils , sourire qui ne va ja- • mais jusqu’au rire. Nous voulons parier de ce rire franc qui secoue l'air dans les organes de la respiration , et qui va quelquefois jusqu’à causer la pâmoison. Ce rire est déterminé par une idée spéciale dont il s’agit d’assigner lé caractère.

On a rapporté le rire à la satisfaction produite par l’accomplissement du jugement de mérite et de démérite , lorsque la faute n’est pas trop grave , et que la punition ne peut émouvoir notre sympathie. « Ce qui nous fait rire , dit-on , dans la comédie , ce sont les déboires mérités qu’éprouve Harpagon , les mystifications qui affligent le sot et prétentieux Pourceaugnac. Nous rions de voir punir la crédulité dans Orgon , la vanité dans le Bourgeois Gentilhomme , la pédanterie dans les Femmes Savantes , la jalousie dans X Ecole des Maris , enfin dans Georges D andin , l’ambition d’une trop haute alliance.»

SENTIMENT

Mais les partisans de celte théorie ne remarquent pas que nous rions Je la sottise avant d'être témoins de la punition qui la frappe et même lorsqu’elle demeure impunie. Une multitude d’exemples prouve d’ailleurs que le rire éclate sans qu il y ait ni mérite ni démérite , ni par conséquent récompense ou punition. Le pêcheur Masaniello , devenu maître de Naples , voit sa raison chanceler sous le poids de sa royauté de huit jours. Cependant il reçoit encore dignement les magistrats de la ville; il écoute avec calme et dignité la demande de l’un d’entre eux , fait preuve dans sa réponse d’une grande justesse d’esprit et d’un profond respect pour l’équité, et quand le magistrat se détourne pour sortir , Masaniello lui lance par derrière un coup de pied inattendu. Nous rions, et cependant le magistrat n’avait pas mérité ce qui nous fait rire.

On a donc imaginé une autre explication. Si nous étions en bu (te aux contrariétés qui assiègent les personnages comiques, nous n’aurions pas la moindre envie de rire. Nous faisons donc un retour sur nous-mêmes , nous comparons notre situation tranquille et sûre aux tribulations de celui qui est en scène , et c’est , dit- on, le sentiment de cette supériorité qui nous fait rire. Si l’on avait dit que ce sentiment facilite le rire , parce que nous n’aimons pas à être l’objet de la risée , on aurait eu raison sans doute; mais cette circonstance se borne à ne pas empêcher le rire, elle n’en est pas la cause productrice. Il y a deux genres de burlesque dont lun fait parler les gens du vulgaire comme les héros , et dont 1 autre prête aux héros le langage du vulgaire. Dans la tragédie du roi Lear, le vieux monarque se plaint des

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