‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 170 sur 181 · DD RIDICULE · texte numérisé non relu

DD RIDICULE

Cicéron avait également bien saisi le véritable caractère du rire.... « Le domaine du ridicule, dit-il, esttou- » jours quelque laideur ou quelque difformité; la seule » cause ou la cause la plus commune du rire est le » portrait de quelque difformité, pourvu que le por- » trait ne soit pas lui-même difforme.... On ne rit point » d’une perversité extrême qui va jusqu’au crime, ni d’une » extrême infortune. Les scélérats doivent être frappés » d’une arme plus puissante que celle du ridicule , et )> l’on ne doit pas se moquer des malheureux, à moins » qu ils n’aient de la jactance. 11 faut surtout épargner » le cœur humain et ne pas railler les objets de ses af-

» fections Les sujets les plus propres à la raillerie

» sont donc ceux qui n’excitent à un haut degré ni » 1 horreur ni la pitié ; tels sont les vices de ceux qui ne

» sont recommandés ni par le malheur, ni par l’affec- )) lion de personne et que leurs crimes ne désignent pas

)> au supplice Les difformités du corps offrent aussi

» une ample matière à la plaisanterie (1). »

Nous sommes donc portés à rire de tout ce qui choque légèrement la rectitude physique , intellectuelle et morale. Ajoutons maintenant que cette disposition est facilitée par toutes les circonstances qu’on avait prises pour des causes productrices, c’est-à-dire, par l’accomplissement du jugement de mérite et de démérite, par le sentiment de notre supériorité, par le plaisir de la nouveauté ou la surprise, et en général par la satisfaction de toute autre affection naturelle. Si, au contraire, l’une d’elles est blessée, soit par le trait plaisant, soit par une

(1) De Oratore, lib.II, SS-59.

£10 SENTIMENT DU IUDICTJLE.

cause antérieure, nous ne rions que du bout des lèvres, ou nous n’avons pas la moindre envie de rire.

Il est cependant un grand nombre d’exemples qui,

au premier coup d’œil, ne rentrent pas dans les trois ca-

tégories que nous avons proposées, et qui se présentent

seulement comme des fautes contre la coutume ou

comme des -associations inusitées. Quand tout le monde

porte de grands chapeaux , la vue d’un petit chapeau

nous fait rire, et quand tout le mode en porte de petits ,

c’est le grand qui est en possession de nous égayer. Une

coiffure de femme sur une tête d’homme , un costume

étranger, une action contraire à l’usage , tout cela nous

fait rire. Il serait cependant impossible de démontrer

que tout cela soit contraire aux conditions de la beauté

physique ou pèche contre le vrai ou le bien moral. Mais #

n’oublions pas l’influence qu’exerce sur notre jugement la pratique commune, le consentement général. Ce que tout le monde fait, il nous paraît judicieux et convenable de le faire ; la coutume générale se met facilement à la place de la raison ; ce qui pèche seulement contre l’habitude nous paraît s’écarter du bon sens et du bon goût : c’est ainsi que les exemples d'association inusitée rentrent dans l’une des trois catégories que nous avons tracées.

Ainsi que nous l’avons déjà fait remarquer, ce n’est pas sans dessein que la nature nous a inspiré cette prévention en faveur de la coutume et du consentement général; elle empêche ainsi l’humanité de se désagréger, de tomber en poussière et la préserve des innovations dangereuses Les précurseurs mêmes des révolutions les plus salutaires ont tous passé par l’épreuve du ridicule. Socrate a essuyé les sarcasmes d’Aristophane avant de

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