‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 48 sur 181 · Î. DIFFÉRENCE DE LA PERCEPTION ET DE L’AFFECTION · texte numérisé non relu

Î. DIFFÉRENCE DE LA PERCEPTION ET DE L’AFFECTION

qu’elle produise une affection différente. Un chimiste nous dira que tel métal a une odeur particulière; qu’il la reconnaîtrait entre mille, trouvât -on le moyen de la faire passer dans un autre corps? Demandonsdui si cette odeur est agréable ou désagrable : il aura quelquefois besoin d’y réfléchir , quoiqu'il ne lui ait pas fallu de réflexion pour la distinguer des autres odeurs ; quelquefois même , réflexion faite , il nous répondra que cette odeur lui est indifférente. Ï1 en est de même pour certaines saveurs , qu’il distingue comme telles sans remarquer si elles lui plaisent ou déplaisent. Gassendi, dans ses objections contre Descartes , nous apprend que quand il était jeune , il ne trouvait pas au citron la même saveur que celle qu’il lui trouva par la suite : c’était l’affection et non la perception qui avait changé. Quoique cette saveur, de désagréable qu elle était lui fût devenue agréable , il ne lui conservait pas moins le même nom; donc il la reconnaissait par une autre voie que l’affection, et, agréable ou désagréable, il l’eût démêlée au milieu de plusieurs autres comme saveur spéciale et constante.

Si la perception existe ainsi sans l’affection , l’affection à son tour peut se passer , sinon de toute perception , au moins d’une perception qui lui soit proportionnelle en intensité. Ainsi, lorsqu’une lumière nous blesse les yeux, nous ne pouvons en déterminer, ni l’étendue, ni la forme ; lorsque le son nous déchire l’oreille nous ne pouvons en indiquer le rang dans l’échelle musicale ou parmi les articulations ; les douleurs dans les membres, à la tète , ou aux dents ne contiennent qu’une localisation très-vague , sans aucune indication d’une étendue ou d’une forme que le moi distingue d’avec lui-mème. Condillac avait donc commis une faute en confondant

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