‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 49 sur 181 · DIFFÉRENCE DE LA PERCEPTION ET DE LA CONCEPTION · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCE DE LA PERCEPTION ET DE LA CONCEPTION

l’affection et la perception sous le seul titre de sensation , qu’il regardait comme exprimant un phénomène indivisible.

S 6. Différence de la perception et de la conception.

La perception n’étant pas l’affection ou le plaisir et la peine , quel est donc son caractère propre ? On ne peut le comprendre que par son opposition avec la conception , soit de mémoire , soit d’imagination , ou la représentation mentale. Chacun de nous sait que tantôt il perçoit une étendue tangible, et que tantôt il conçoit ou se représente seulement cette étendue. Dans le premier cas,' nous disons que l’étendue est présente , qu'elle est quelque chose que le moi distingue d avec lui-même. Dans le second cas, nous disons qu’elle est absente, qu’il n’y a rien que le moi puisse distinguer d’avec lui -même. Nous séparons très-nettement les étendues de couleurs que nous percevons au milieu des bois , d’avec la couleur qui revêt les maisons de la ville, et dont nous pouvons nous donner la conception. La voix qui murmure à notre oreille ne nous empêche pas de concevoir une voix plus retentissante , et nous distinguons très-bien celle que nous concevons de celle que nous percevons. La distinction entre la perception et la conception se fait donc ipso facto. Quelques philosophes, ne tenant pas compte de cette distinction naturelle , essaient de nous faire trouver le monde extérieur de la manière suivante : ils supposent qu’il n’y a primitivement en nous que de pures affections ou plaisirs et peines , faits intérieurs , subjectifs , que le moi ne distingue pas d’avec

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lui-même ; que ces phénomènes étant passifs, non causés par le moi , il est obligé d’en placer la cause au-dehors de lui , et que c’est ainsi qu’il obtient ridée des objets extérieurs. Mais d’abord, comment le moi, réduit à une pure modification de lui-même, concevrait-il un dehors, un non-moi , pour y placer la cause de cette modification ? On suppose résolu ce qui est en question. De plus , il résulterait de cette doctrine que les objets de la conception nous paraîtraient présents comme ceux de la perception : il m'est libre d’exciter dans l’esprit de mes lecteurs telle conception qu’il me plaira : à celle de la colonnade du Louvre que j’y appelle d’abord, je substitue sur-le-champ celle de la cathédrale de Paris : vous vous la représentez avec ses deux hautes tours jumelles, appuyées sur un rectangle, dans lequel s’ouvrent trois larges portes en ogive. Vous avez été passivement modifiés par ces conceptions : pourquoi donc ne leur supposezvous pas au-dehors de vous une cause adéquate , des étendues , des couleurs et des formes extérieures, objectives? Gomment se fait-il que vous jugiez que les couleurs de la cathédrale sont absentes et que les couleurs du lieu où vous êtes sont présentes? C’est que la distinction entre la perception et la conception ne tient pas à celle de la passivité et de l’activité ; qu’elle est une distinction sui generis , qui ne se motive que par elle-même. Toutes les explications que l’on en a voulu donner l’effacent et elles nous plongeraient dans f idéalisme , c’est-à-dire dans l’impossibilité de distinguer nos perceptions d’avec nos concentrons , si 1 humanité se laissait bercer et endormir aux contes des philosophes. Pour ne pas remonter à des systèmes dont on a fait depuis longtemps justice , je rappellerai seulement celui de Descartes. Ce philosophe ne

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