ET DE LA CONCEPTION
distingue l’état de veille d'avec le rêve ou la conception dans le sommeil, que par l'enchaînement ou ün cohérence des idées , de sorte , dit-il , que si un inconnu m apparaissait et disparaissait soudain , je ne pourrais distinguer cette idée de celle de mes rêves (1). Il résulterait de cette théorie qu’un rêve bien lié et en rapport avec nos perceptions habituelles serait réputé perception ; qu’un médecin ayant été réveillé une nuit pour porter secours à un malade , et ayant rêvé la nuit suivante qu’il faisait la même action, réclamerait le prix de deux visites et ne pourrait jamais être détrompé. Il s’ensuivrait encore que toute conception d’accord avec Tordre actuel de nos perceptions ne s’en distinguerait en aucune sorte , et que si les membres d une assemblée attendaient je suppose un de leurs collègues encore absent, le voir entrer ou s’imaginer qu’il entre serait absolument la même chose. Cicéron, partisan du semi-scepticisme de la nouvelle académie, fait la remarque suivante : nous accordons qu’au sortir du sommeil et d un accès de folie chacun reconnaît que le songe et la vision ne sont pas de vraies perceptions , mais comment nous ont-ils fait illusion pendant leur durée (2)? Nous répondrons que c’est justement parce que pendant le rêve la vraie perception est absente , et qu elle ne peut contraster avec la conception. Quant à la folie , cette redoutable conception , la seule qui supporte la rivalité de la perception et qui se place hardiment à côté d’elle, la folie n’abolit pas cependant les perceptions véritables, et l’on sait maintenant que l’aliéné , en s’attachant par une
(1) Méditation sixième , dernier alinéa.
(2) Acad., lib. II, 27.