DIFFÉRENCE DE LA PERCEPTION
forte attention aux objets de la perception , peut retarder l’accès qui le menace et quelquefois parvenir à le dissiper tout à fait (1). Il nous suffit au surplus que la perception se distingue naturellement des conceptions de letat de veille et môme de celles du sommeil ou des songes, et cela sans raisonnement , sans le secours d’aucun des artiüces imaginés par la philosophie , pour que nous la regardions comme un état spécial de l'esprit humain. Remarquons encore que cette distinction naturelle de la perception et de la conception s’opère non-seulement à l’égard de l’étendue soit tangible soit visible, mais aussi à l'égard de la couleur, du son , de l’odeur, de la saveur et de la température. De même que vous savez dans quel cas vous percevez l’étendue et dans quel cas vous ne faites que la concevoir, de même vous savez si vous percevez ou si vous concevez les autres phénomènes , sans avoir besoin de toucher ni devoir aucune étendue. L’homme sensuel conçoit d’avance la saveur des mets qui vont charger sa table, et il sait très-bien qu’il ne la perçoit pas encore; tout à 1 heure il reconnaîtra que le pur état de conception aura cessé , et ce ne sera pas à cause des étendues tangibles que pressera son palais , car vous ne lui feriez pas illusion par des aliments qui auraient seulement la mollesse ou la fermeté de ceux qu'il préfère : ce n’est pas à la consistance qu'il distingue et qu’il estime les délicatesses de sa table. La saveur est donc pour lui tantôt à letat de conception , tantôt à l’état de perception. Sous ce rapport il n’y a pas lieu de maintenir la division que les philosophes font ordinairement des qualités de la matière
(1) Rapport sur la maison de Charenton, par le directeur, M. Paliuy.