DE LA FACULTÉ D’INDIVIDUALITÉ
garder l’instrument il indiquait le ton dans lequel jouait l'intrumentiste, et qui cependant n’éprouvait aucun plaisir à l'audition de la musique. Nous avons seulement à lui reprocher d’appeler le plaisir , l’amour et le désir des attributs de toute faculté soit intellectuelle, soit affective (1). Premièrement , l'affection n'est ni un mode de qualité, ni un mode de quantité de l'intelligence, pas plus que l'intelligence n’est un mode ou un degré de l'affection. Ce sont des facultés différentes de nature. Secondement, que devient la classification des facultés en intellectuelles et affectives , si les unes et les autres sont également susceptibles de plaisir, de désir et d'amour? On nous dit que les facultés affectives sont localisées dans la partie postérieure du cerveau , et que la partie antérieure est réservée aux facultés intellectuelles, et cette division organique correspond d’une manière satisfaisante à la division psychologique. Mais voilà que les facultés intellectuelles ont aussi leur plaisir , leur désir et leur amour : ceci dérange un peu l'économie phrénologique et le bel ordre du cerveau. II faudrait donc voir si les affections correspondantes aux facultés intellectuelles n’auraient pas aussi leur siège dans la partie postérieure du cerveau , ou bien déclarer que certains organes sont à la fois intellectuels et affectifs , et que d’autres sont purement affectifs.
Mais voyons comment Spurzheim établit le fait de la perception et comment il le distingue de la conception ou représentation mentale : il divise en trois parties la connaissance sensible ; il admet : 1° des impressions sur les
(1) Obs., p. 325-6.
nerfs des sens donnant la notion de température , de lumière, de son, etc.; 2° des impressions sur le cerveau fournissant la notion de rétendue, de la configuration, de la pesanteur , etc.; 3° enfin l'action d’un organe particulier qui complète la connaissance sensible , en lui apportant son élément essentiel , c’est-à-dire , le caractère d’après lequel nous distinguons les objets extérieurs d’avec nousmêmes.
Nous nous occuperons d’abord de cette troisième partie de la connaissance sensible , parce qu'elle en est le fondement. « La faculté de connaître les objets ex- » ternes, dit Spurzlieim , et de les distinguer de soi- » même ne réside nullement dans les sens extérieurs : » celte faculté est intérieure et elle est excitée par les )> impressions de tous les sens(l). » Cette faculté est appelée par Spurzlieim la faculté perceptive de l’individualité (2). Que devient maintenant le reproche adressé aux philosophes de n’avoir reconnu qu’une seule faculté perceptive ? Que devient cette prétention que toute faculté intellectuelle est susceptible de perception , comme de mémoire et d'imagination (3) ? C’était bien la peine de faire le procès à la philosophie pour suivre son exemple , et même pour exagérer ses prétentions, car les philosophes de ces derniers temps ont excepté letenduè du nombre des phénomènes qui sont d’abord à l’état purement subjectif; ils ont enseigné qu’elle nous apparaît par elle-même comme objective , tandis qu’on soutient ici que l'étendue n’est d’abord pour nous qu’une idée yaine , une apparence , un fait purement subjectif,
(1) Obs., p. 238.
(2) Obs., p. 278. Manuel , p. 131.
j (3) Obs., p. 33*.