‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 54 sur 181 · DE LA FACULTÉ D’INDIVIDUALITÉ · texte numérisé non relu

DE LA FACULTÉ D’INDIVIDUALITÉ

jusqu’à ce que l’organe de l’individualité soit entré en jeu, et ait donné à l’étendue le caractère objectif. Mais il y a bien des contradictions dans les écrits de Spurzheim au sujet de la faculté qui nous fait saisir les objets extérieurs : « Cette faculté , dit-il , dune part, se mon- )> tre de bonne heure ; elle révèle l’existence des objets » extérieurs , elle reconnaît la substance ou la réalité du » monde; elle est quelquefois trop active et produit des » abus : alors elle personnitie meme les phénomènes tels )> que le mouvement , la vie , la fièvre ; d’autres fois elle )> n’est pas assez active, comme dans les philosophes qui )> nient l’existence du monde externe (i). » Et ailleurs il dit : <c Les philosophes parlent de la perception ou d’une )> faculté perceptive; mais il faut en reconnaître pîu- » sieurs qui peuvent agir l’une sans l’autre (2). La per- » ception , ajoute-t-il plus loin, n’est qu’une expression )> commune qui dénote la connaissance qu’on acquiert » des impressions qui frappent le cerveau. Chaque fa- » cujté intellectuelle étant active perçoit les impressions » qni lui sont relatives , et il y a autant de sortes de per- » ceptions que de facultés intellectuelles ; c’est pourquoi )> on peut posséder une sorte de perception sans en pos- » séderune autre; en traitant de la faculté du coloris, » j’ai parlé de plusieurs personnes qui ne pouvaient pas » percevoir les couleurs, mais qui reconnaissaient les » autres qualités physiques des corps extérieurs (3). » Ainsi nous avons dune part, une seule faculté de perception qui peut être excitée par tous les sens , et de Fau-

(1) Obs., p. 278.

(2) Obs., p. 323.

(3) Obs., p. 331.

tre , autant de facultés perceptives qu’il y a de facultés intellectuelles.

Voudrait-on concilier cette contradiction en disant que la perception accordée par le docteur allemand aux facultés intellectuelles, nest que la connaissance des impressions qui leur sont propres (1) ; que si la faculté de l’individualité venait à défaillir, ces impressions seraient perçues comme internes sans être rapportées à aucun objet extérieur? Mais si la perception dont toutes les facultés intellectuelles sont susceptibles n’est que la connaissance de leur état interne, sans aucune vraie perception extérieure, pourquoi Spurzheim dit-il autre part qu’il y a une faculté de 1 éventualité chargée , entre autres choses, de connaître l'état et l’action des autres facultés (2)? La perception qu'il attribue à chaque faculté intellectuelle se trouve donc en contradiction soit avec la faculté d’individualité, soit avec la faculté d’éventualité.

De plus , comme l’impression interne dont chaque faculté aurait la perception , se produirait dans les organes des sens et des facultés intellectuelles, avant de parvenir à l’organe de l’individualité , il résulterait de là que nous aurions l’idée ou la conception de rétendue , de la forme, de la couleur, etc., en tant que phénomènes subjectifs , avant d’en avoir la connaissance externe ou objective, ce qui est contraire à l’expérience. L’étendue , le son, la couleur, ne se confondent jamais avec nous-même , et ne parviennent à l’état de pure conception qu’après avoir préalablement passé par l etat de

(1) Obi., p. 331.

(2) Obs., p- 295. Manuel, p. 59.

DK LA FACULTÉ D'WDIVIDUÀLITÉ.

perception. Mais la perception que Spurzlieim accorde aux senset autres facultés intellectuelles est probablement la vraie perception , celle qui fait que le moi distingue le phénomène externe d’avec lui-même , et il aura voulu réserver à la faculté de 1 individualité , la connaissance de la substance, abstraction faite des qualités. « J’admets, )> dit-il , qu'un objet est inséparable de ses qualités ou » que celles-ci constituent l’objet; mais je crois qu’on » peut connaître l’existence d’un objet et le concevoir » comme un ensemble sans penser à ses qualités par- )) ticulières : par exemple, on conçoit l’existence d’un » être surnaturel sans connaître ses facultés. Les sub- » stantifs et les noms propres correspondent aux notions » de cette espèce (1). » Malgré quelques inexactitudes et même quelques contradictions dans les termes, on reconnaît ici ce que les philosophes appellent la notion de substance. Or, il est manifeste, aux yeux de tout le monde , et très-certainement à ceux du docteur alle-

mand lui-même, que, pour distinguer une étendue, une forme , une couleur perçue , d’avec une étendue, une forme , une couleur conçue , nous n’avons pas besoin de la notion de substance, abstraction faite des qualités. Il faut au contraire avoir saisi quelque chose hors de nous, comme par exemple l’étendue , pour arriver à concevoir la substance externe , car par elle-même la notion de substance ne contient pas la distinction de l’interne et de l'externe , du moi et du non moi. Maintenant , que penser de cette conception abstraite de substance, et particulièrement de la manière dont Spurzlieim l'envisage? Cet auteur nous dit : « Quoiqu’on soit disposé à se re-

(1) Obs.t p. 279.

» présenter tous les êtres , même Dieu sous une forme )) quelconque , cependant , la faculté de l’individualité )> peut agir sans la moindre idée de forme. Elle peut » être excitée surtout par l’odorat et par l’ouïe, comme » cela arrive chez les animaux. Ces deux sens , en nous » avertissant de l’existence des objets, ne nous font pas )> immédiatement penser à leur forme (i). » Sans contredit, pour distinguer une odeur perçue d’avec une odeur conçue , le chien n’a besoin de rien voir , ni de rien toucher; mais il n’a pas besoin non plus de concevoir l’idée d’une substance abstraite distincte de l’odeur ; celle-ci n’est pas pour lui une qualité. Pour montrer que le toucher n’est pas le seul sens qui nous révèle l’externe, l’auteur nous dit encore : « La tortue et le canard sont )> à peine éclos qu’ils courent vers l’eau quiis n’ont » jamais touchée (2). Le jeune enfant , sans aucune ins- » truction du toucher , tourne la tête vers le côté d'où )> lui viennent les sons et la lumière (3). » Cela prouve , dirons-nous , que les animaux et les enfants perçoivent les couleurs et les sons comme objectifs ; mais non pas qu’à propos des couleurs et des sons , ils conçoivent un objet vague sans étendue et sans forme ^ un fond analogue à ce que les philosophes appellent substance.

J’ai entendu des partisans de la doctrine de Spurzheim avancer qu’à l’aide des sens et des facultés perceptives , nous distinguerions bien les sons , les odeurs , les étendues d’avec nous-mêmes; mais que nous ne les rapporterions pas à un seul et même objet ; que la con-

(1) Obs„ p. 280.

(2) Obs., p. 237.

(3) Obi., p. 238.

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