‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 55 sur 181 · DE LA FACULTÉ D'INDIVIDUALITÉ · texte numérisé non relu

DE LA FACULTÉ D'INDIVIDUALITÉ

centration de tous ces faits sur un seul et même être s’opérait par la faculté de l’individualité. Dans cette théorie, on accorde que les sens perçoivent , c’est-à-dire qu’ils nous font distinguer les objets d’avec nous-mêmes , avant l’action de la faculté d’individualité ou de concentration , et c’est ce que je demande. Quant à la concentration de tous ces objets en un seul être , ou à la conception d’un centre qui réunisse tous les phénomènes , peut-elle être considérée comme le fruit d’une faculté naturelle et spéciale ? Loin de là, cette conception est comme celle de la substance , une spéculation hypothétique qui s'évanouit devant deux autres hypothèses : 1° devant le système de Descartes, dans lequel l’étendue et la pensée sont les seules réalités et ne servent de centre ou de substance qu’à elles-mêmes; 2° devant le système de Leibnitz, où des forces simples produisent chacune un effet différent , existant chacune pour son compte et ne pouvant donner matière à un dédoublement en substance et qualité , ou en centre et rayons. La conception de substance est donc le fruit , non pas d’une faculté spéciale qui ne produise que cette conception , mais d’une faculté , source commune des hypothèses , de la faculté d’induction que nous aurons plus tard l’occasion de signaler.

Suppose-t-on enfin que les nerfs et les organes cérébraux sont susceptibles d’impression , mais qu’ils ne connaissent pas ces impressions , et qu’ils les transmettent à l’organe de l’individualité ; que sans cette dernière faculté , l’étendue , la forme , le son , la couleur , etc., ne seraient ni perçus , ni même conçus ; qu’ainsi , l’acte de la perception, psychologiquement indivisible, dépend d’un organe complexe dont fait nécessairement

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partie l’organe de l’individualité? Cette assertion n’étant plus appuyée sur des considérations psychologiques, nous demandons les raisons organologiques qu’on fait valoir à l’appui? On nous présente pour exemple le portrait de Bayle chez lequel , dit-on , l’organe de l’individualité est très-prononcé (1) : mais d’abord , si cette faculté produit la notion de substance, Bayle, l’adversaire de Spinoza, ne se signale pas entre les philosophes par une préoccupation exclusive pour la substance , abstraction faite des qualités; et ensuite, si cette faculté se borne à donner l'objectivité à 1 étendue , à la forme , au son , à l'odeur, etc., on n’a pas démontré que les autres organes de Bayle n'eussent pas suffi à constituer celte objectivité. Spurzheim cite lui-même le philosophe Kant, comme un type de ces hommes chez lesquels le sentiment de l’extériorité est si faible qu’ils sont fort enclins à nier l’existence du monde extérieur, et il donne le portrait de ce penseur sur la même planche que celui de Bayle. Or, celui des deux qui présente le plus de développement à l'endroit du prétendu organe de l'objectivité , c’est celui de Kant. Aussi Spurzheim, frappé sans doute de la faiblesse de ces preuves organologiques , se contente, dans un premier ouvrage, d’indiquer d’une manière conjecturale la place de ce prétendu organe et si , dans un second écrit , il se prononce d’une manière plus affirmative , il ne donne aucune démonstration nouvelle à ce sujet (2).

Pour affirmer que la perception de l'extériorité réside dans une partie spéciale du cerveau , il faudrait oublier * (*)

(1) Obs.f p. 356, et pi. VI.

(*) Obs.} p. 27 9. Manuel , p. 55.

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