‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 66 sur 181 · DE MÉMOIRES · texte numérisé non relu

DE MÉMOIRES

connaître aussi une mémoire spéciale du timbre, caractère

que nous avons détini plus haut (1), et une mémoire spé-

ciale de la localité du son; car apprécier cette localité, comme le faisait l’aveugle Shœuberger (2) , n’est pas apprécier celle des couleurs, ou celle des objets tangibles.

Lesphrénologistes n’ont pas reconnu de mémoires spéciales pour la température , lodeur et la saveur ; mais si les perceptions simples des couleurs et des sons appartiennent aux organes des sens extérieurs et les souvenirs de ces phénomènes aux organes cérébraux (3) , nest-on pas en droit de faire une distinction du même genre entre la perception simple de la température, de T odeur et de la saveur, et l'appréciation relative , et par conséquent la mémoire de ces phénomènes? Si tous les hommes ne sont pas également bons juges des grandeurs, et s’il faut pour saisir ces rapports une mémoire particulière, quelques personnes surpassent de beaucoup toutes les autres par 1 appréciation comparative des degrés de la température ou des nuances de l’odeur, ou de la saveur. La phrénologie aurait donc dû chercher des organes pour ces mémoires particulières, et peut-être aurait-elle trouvé la mémoire

de la température près des autres mémoires du toucher

et celle de l’odeur et de la saveur dans les nombreuses circonvolutions qu elle consacre à l’instinct de l’alimentation (4), puisque, de son aveu , les animaux choisissent leur nourriture à l’aide de l’odorat et du goût (5).

(1) Voy. 3e part., ch. I» § 8.

(2) Spurzbeim, Obs.y p. 231.

(3) Voy. 3e part., ch. Ier, § 9.

(4) Spurzheim, Manuel , p. 20-7,

(5) Spurzheim, Obs.} p. 343.

§ i. Critique de la faculté de localité.

Quant à la mémoire de la localité des objets visibles ou tangibles , ainsi que nous l’avons déjà dit , elle ne diffère qu’en degré de celle de la forme. L’aveugle qui sait se guider dans le labyrinthe d’une ville , juge par là des droites, des courbes et des angles formés par les rues: il apprécierait à plus forte raison les lignes terminant un corps qu'il tiendrait dans ses mains. Et celui qui reconnaît avec les yeux les détours d’une forêt, comment ne reconnaîtrait-il pas les linéaments d’un visage ? L’appréciation de la localité, soit à l’aide du toucher, soit à l’aide de la vue , me paraît donc rentrer dans celle de la forme et de l’étendue , soit tangible , soit visible.

Si la phrénologie ne confiait à l’organe de la localité que la mémoire des lieux , cet organe ne serait qu’un renforcement des organes assignés à la mémoire de la forme et de l’étendue ; mais on lui attribue encore d’autres fonctions qui sont inconciliables avec les premières. D’abord , on lui accorde un pouvoir de divination , en vertu duquel certains animaux retournent à leur gîte par des chemins où ils n’ont jamais passé. Si les animaux étaient doués du pouvoir d’imaginer des lieux qu’ils ri auraient jamais vus , ou ils imagineraient toujours les mêmes , ou si leur imagination était infinie en ce genre, on , ne comprendrait pas trop comment ils imagineraient justement les lieux dont iis auraient besoin. Qu’un chien soit emmené de Lyon à Naples par Marseille et la mer, peut-on croire quil va justement imaginer le chemin de Naples à Lyon par

terre et que son imagination soit la cause de son retour? C’est cependant l’explication que donne la phrénologie et le pouvoir qu’elle attribue à la faculté de la localité (1). Que des pigeons emmenés à 50 lieues de leur colombier y retournent , que des chiens reviennent par des chemins qui leur étaient inconnus , ce sont des faits nombreux et bien attestés qu’on ne peut révoquer en doute , mais qu’on ne doit pas expliquer par la faculté de la localité. Dans une science , un fait non expliqué vaut mieux qu’un fait mal expliqué.

Mais ce n’est pas tout : la phrénologie accorde de plus à la faculté de la localité l’instinct de migration qui détermine le départ et le retour périodique de certains animaux, et l’amour des voyages (2). J’admets que les animaux voyageurs sont portés au départ à certaines époques de l’année en vertu d’un instinct qui ne tient compte ni de la température, ni du besoin d’aliments, et qui les pousse en avant comme une flèche, sans qu’ils sachent où ils sont lancés; mais le besoin aveugle qui conduit la jeune hirondelle vers un pays qu’elle ignore, ne peut être la faculté clairvoyante qui fait reconnaître à Sclieidler tous les buissons où il a découvert des nids (3). L’instinct de migration et de retour périodique est un mode de l'instinct d’habitation , et il semble que Spurzheim , par une contradiction dont il donne plus d’un exemple, ait reconnu plus tard cette vérité. En effet, dans son dernier ouvrage il paraît rapporter à des variétés de V habitativitè ou de l’instinct du gîte , l’esprit

(1) Ga!l, t. 4, p. 45. Spurzheim, Obs., p. 252 et 2G8.

(2) Gall, t. 4, p. 48 et 57. Spurzheim, Obs.f p. 380-9.

(3) Spurzheim, Obs., p. 385.

sédentaire ou nomade des animaux et des hommes, u Par- )> mi les sauvages , dit-il , il y a des hordes qui s’attachent » facilement à un terrain , tandis que d’autres continuent » la vie nomade ; quelques peuples sont extrêmement » attachés à leur pays , d’autres sont disposés aux émi- » grations. Quelques personnes sont très -attachées à » une habitation , d’autres changent de demeure aussi » facilement que d'habits (1). »

La phrénologie a donc confondu bien des choses différentes dans la faculté quelle appelle localité. En psychologie un même principe ne peut suffire à tant d’actions diverses; en organologie il doit en être de même.

La localité n'étant qu’une combinaison de l’étendue et de la forme , la mémoire de la localité n’a pas besoin d’un organe spécial. D'un autre coté , Gall et Spurzheim rapportent au prétendu organe de la localité l’instinct de migration et l’amour des voyages , et Gall prétendait , dans ses cours , avoir remarqué chez les oiseaux de passage , une excitation et comme un soulèvement de cet organe , au moment de leur départ. La circonvolution assignée à la localité serait donc l’organe de la migration et des voyages. Comme l’esprit nomade , l’esprit casanier et les migrations périodiques sont des modifica-

tions du choix de 1 habitation , et que l’instinct du gîte a besoin d’être guidé par la forme , la dimension et la couleur des objets , son organe nous paraîtrait mieux placé dans la circonvolution attribuée à la localité , parmi les organes appréciateurs des qualités physiques , que dans la partie postérieure de la tête où Spurzheim l’a relégué, mais sans s’appuyer sur aucun fait orga-

(1) Manuel , p. 30-31, à l’article de \'hab nativité.

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