IMAGINATION MUSICALE
clés de la poitrine et du gosier. Ce sont des orgues dont le Créateur fait jouer le ressort.
Je réponds que comme î espèce humaine ne chante pas sans avoir préconçu h note qu'elle exécute avec la voix , l’induction nous porte à croire qu’il en est de meme chez les oiseaux, et que Faction du gosier ne fait que suivre celle de Finteiligence. Dîme autre part celui
qui a chanté le premier chez les hommes n’a pas copié
le chant des oiseaux , car nous voyons encore de nos jours chez les peuples bien organisés pour la musique, des paysans, des gardeurs de chèvres, étrangers à toute connaissance musicale, inventer spontanément des chants qui ne ressemblent en rien à celui des oiseaux. Les Italiens brillent parmi les peuples pour cette invention naturelle de la mélodie. On sait que chez eux les coin-
positeurs obscurs des campagnes, comme les célèbres compositeurs des villes, n’ont pas besoin pour inventer
de passer en revue dans leur mémoire les notes qu’ils
ont entendues et dans l’ordre où ils les ont entendues, et de chercher péniblement celles qui se succèdent avec le plus de charme ; mais que, dans leur imagination , une note en appelle une autre, non pas suivant Tordre de la mémoire, c’est à-dire Tordre des perceptions, mais suivant un ordre nouveau , et c’est ce qui constitue justement la faculté d’imagination mélodique. Les peuples de l’Allemagne , à l’audition d’un chant, trouvent les tons harmoniques, et donnent spontanément , sans audition antérieure , le dessus ou la basse qui convient ; tandis que souvent leurs voisins, d’en deçà du Rhin , ne peuvent obtenir aucune pré-conception semblable, et ne chantent spontanément qu’à Tunisson.
IMAGINATION LINÉAIRE Oü IMAGINATION DES FORMES. 203
AJ la pré-conception des intonations , il faut ajouter celle du rliythme. Comment, en effet, le premier chanteur aurait-il mesuré ses chants dans 1 émission vocale s’il ne les avait d’abord mesurés dans son esprit. Ici encore Faete de l’entendement précède l’acte de la voix. Peut-on croire que 1 idée de donner des émissions de voix mesurées ait été suggérée , comme Font dit les poètes, par le balancement des vagues ou tout autre phénomène à retour périodique. Les sourdsmuets, sans avoir besoin de cette audition ou de ce spectacle, se balancent en mesure (1); ils conçoivent donc un rhythme ou une division en temps égaux qu’ils n’ont pas entendu exécuter. ,
S 2. Imagination linéaire ou imagination des formes.
De même qua la mémoire des intonations s’ajoute une imagination musicale , à la mémoire de la forme se joint , je pense , une imagination linéaire ou une préconception de certaines formes. Comme les oiseaux chanteurs me paraissent pré-concevoir le ton avant de l’exécuter, de même les animaux constructeurs me semblent pré-concevoir la ligne qu ils suivent dans leurs constructions. Comment Fabeille taillerait-elle en carré des pièces de cire, et les ajusterait-elle en hexagone, si elle ne préconcevait d’avance ces figures ? Comment l araignée disposerait-elle son fd en rayons et en circonférences concentriques, Foiseau formerait-il l’hémisphère concave de
(1) Spurzheim, übs p. 250.