OU MORALE
désapprouvons l’envie , la vanité , l’orgueil et l’ambition. Chaque tendance de notre âme nous faisant éprouver du plaisir quand elle est en possession de son objet , et de la peine, quand cet objet lui est ravi , nous blâmons nos excès dans la joie, comme dans la douleur. Ainsi, sans franchir notre sphère intérieure , sans empiéter sur celle d’autrui, nous trouvons déjà matière à l’exercice du jugement moral; et dans ce cas ce jugement peut se formuler en trois mots : tempérance , courage et prédominance de l’esprit sur le corps.
Mais le jugement moral se prononce plus haut lorsque nos sentiments se produisent en actes , et que ceux-ci ont pour effet de favoriser ou de blesser les tendances d’autrui. Nous sortons alors de la morale individuelle ,
pour entrer dans la morale de relation. Parmi les actes jugés bons, il en existe un certain nombre qu’il serait mal de ne pas faire , et auxquels la famille ou l’état peuvent légitimement nous contraindre même par la force : ce sont les actes de justice. Il en est d’autres meilleurs encore que les premiers , mais dont l’omission n’est pas condamnable , et auxquels il serait mal de nous contraindre : ce sont les actes de générosité et de dévouement. L’acte dont l’omission est coupable et auquel il est bien de nous contraindre s’appelle devoir , la bonté morale de la contrainte constitue le droit. Le droit est double : il appartient à celui qui peut contraindre et à celui envers lequel nous pouvons être contraints. Le devoir constitue donc deux espèces de droits ; le dévouement n’en constitue aucune.
L’ensemble des devoirs et des droits s’appelle loi morale. Tant que la loi reste dans l’intelligence, elle se nomme loi naturelle , quand elle se revêt d’expressions