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CHAPITRE IV

Il existe sur les confins de la science un ensemble de phénomènes qui semblent échapper encore à toute explication scientifique, qui paraissent même en opposition avec tout ce que nous savons des lois ordinaires de la nature, dont la réalité a été pendant longtemps contestée ou môme n'est pas encore généralement admise; et qui dès la plus haute antiquité ont excité chez les hommes une curiosité, une admiration, une terreur plus ou moins mêlées de superstition. La science cependant commence à explorer ce domaine du surnaturel : elle s'efforce d'y retrouver un enchaînement de causes et d'effets, un système de lois qui permette non seulement de comprendre et d'expliquer tous les phénomènes qui s'y produisent, mais encore de les susciter et de les modifier à volonté. — Mais peut-être avant de les étudier en détail est-il nécessaire de leur donner un nom qui les distingue suffisamment de tous les autres et d'en faire une classification qui en facilite le dénombrement et l'étude. Tel est l'objet du présent chapitre.

II ne semble pas que l'usage ait encore fait prévaloir aucune appellation commune pour tout cet ensemble de faits où figurent cote à côte hypnotisme, magnétisme animal, spiritisme, télépathie, lévitation, etc., etc. — On les entend bien quelquefois nommer phénomènes occultes : mais cette désignation ne peut avoir un sens que pour ceux qui admettraient l'existence de sciences occultes à côté et en dehors des sciences positives, lesquelles, est-il besoin de le dire, sont à nos yeux les seules sciences possibles.

Parfois aussi on les désigne sous le nom de phénomènes psychiques, et on en fait les objets d'un groupe particulier de sciences, les sciences psychiques, comme en témoignent le nom de la Société anglaise pour les recherches psychiques [Society for psydiical research) et le titre de la Revue française : Annales des sciences psychiques. — Bien que cette appellation se répande de plus en plus en Angleterre, elle ne nous paraît pas très satisfaisante, car le terme « psychique » est aussi employé d'autre part — et avec plus de raison, ce nous semble, — comme synonyme de « mental ». Un plaisir, une douleur, un souvenir, un raisonnement, un acte de volonté sont proprement des états psychiques, c'est-à-dire des états d'âme, et il n'y a rien dans le mot qui permette d'en restreindre l'application à des phénomènes extraordinaires ou anormaux.

C'est pourquoi nous proposons le terme parapsychique, dans lequel le préfixe para marque justement qu'il s'agit de phénomènes exceptionnels, aberrants, paradoxaux, en dehors des lois à nous connues de la pensée et de la vie.

On peut, il est vrai, objecter qu'une telle appellation est nécessairement provisoire; car le jour où nous connaîtrons toutes les lois de la pensée et de la vie, les phénomènes parapsychiques rentreront sous la règle commune : ils nous sembleront aussi naturels et pourront devenir aussi fréquents que les phénomènes les plus simples et les plus vulgaires. — Mais aussi, répondrons-nous, l'idée que nous nous faisons en ce moment de ce groupe de phénomènes est-elle essentiellement provisoire : nous y réunissons justement tous les faits où la vie et la pensée nous paraissent se manifester par des propriétés encore inexplicables ; et il va de soi que le jour où nous en connaîtrons les lois et les causes véritables, ou bien ces faits iront se rejoindre avec d'autres dont nous les distinguons à tort aujourd'hui et dont ils partageront les noms, ou ils recevront une dénomination nouvelle et définitive tirée de leur véri table nature.

Il est donc impossible d'en donner autre chose qu'une défî-

Boirac. — Psychologie inconnue. 6

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