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nition nominale et tonte relative à l'état actuel de notre science ou, pour mieux dire, de notre ignorance. A ce point de vue, on pourrait définir les phénomènes parapsychiques « tous les phénomènes qui, se produisant chez les êtres animés ou par un effet de leur action, ne semblent pas pouvoir s'expliquer entièrement par les lois et les forces de la nature déjà connues ».
11 résulte de cette définition même que toute classification des faits parapsychiques sera nécessairement artificielle. Sans doute elle pourra s'efforcer de les grouper d'après le peu que nous savons de leurs affinités naturelles ; mais elle ne prétendra pas résumer fidèlement tous leurs rapports. Elle n'aura pas d'autre but que de jalonner pour ainsi dire un immense champ de recherches où il serait sans cela presque impossible de s'orienter. — C'est à ce point de vue que nous nous sommes placé nous-même pour tenter la classification qui va suivre.
Nous diviserons tout d'abord les phénomènes parapsychiques en deux ordres principaux. Les phénomènes du premier ordre (et peut-être n'est-il pas nécessaire de les désigner autrement) comprennent tous ceux qui semblent pouvoir s'expliquer par les seules forces déjà connues, en supposant seulement que ces forces, dans certaines conditions, opèrent selon des lois que nous ne connaissons pas encore, lois plus ou moins profondément différentes de celles que nous connaissons déjà : tels sont par exemple les phénomènes d'hypnotisme et de suggestion. — Les phénomènes du second ordre, au contraire, semblent impliquer l'intervention de forces encore inconnues, d'agents distincts de tous ceux que les sciences ont déjà découverts et étudiés : tels sont par exemple les phénomènes du magnétisme animal, du spiritisme, de la télépathie, etc.
Tous les savants contemporains admettent les phénomènes
du premier ordre1. Presque tous rejettent les phénomènes du second ordre ou les ramènent, dans ce qu'ils ont de réel, aux phénomènes du premier. Il serait donc permis, à l'heure présente, d'appeler les premiers scientifiques et les seconds extra-scientifiques. Les premiers même, aux yeux de certains savants, auraient déjà cessé de paraître exceptionnels et anormaux, et c'est à peine si nous aurions encore le droit de les qualifier de parapsychiques .
Quoi qu'il en soit, nous distinguerons dans le premier ordre deux groupes plus ou moins distincts pour lesquels il faut bien nous résigner à forger des noms et que nous appellerons l'un psychopathique (des deux mots grecs, psyché , âme, pathos, modification), l'autre cryptopsychique (de cryptos1 caché, psyché, âme).
La psychopathie comprend tous les phénomènes qui ont essentiellement pour point de départ une certaine modification soit de l'état mental, soit de l'état nerveux des sujets chez lesquels ils se produisent, et qui consistent soit dans l'exaltation, soit dans l'inhibition anormales des facultés psychologiques ou des fonctions vitales. — Sous cette définition rentrent, si nous ne nous trompons, tous les phénomènes de suggestion et d'hypnotisme.
Il ressort de notre définition même que les phénomènes psychopathiques peuvent se produire de deux façons différentes.
Tantôt ils ont pour cause unique et suffisante une certaine modification de l'état mental du sujet, le plus souvent déterminée par la parole de l'opérateur; et ce sont alors les phénomènes de suggestion, si merveilleusement étudiés
1. Encore pourrait-on rencontrer, croyons-nous, plus d'un docteur en médecine qui doute de la réalité de l'hypnotisme ou de la suggestion, peut-être môme qui la nie; beaucoup en tout cas qui la réduisent à peu de chose.
par l'école de Nancy qui ne veut pas en admettre d'autres ; on connaît le mot du professeur Bernheim : il n'y a pas d'hypnotisme, il n'y a que de la suggestion. Par exemple, sa?is regarder une personne, sa?is la toucher, je lui dis ; « Avant cinq minutes, vos jambes ne pourront plus vous porter, vous tomberez à genoux, » et elle tombe. « Ce fauteuil vous attire, vous serez forcée d'aller vous y asseoir, » et elle y va. « Vous avez oublié votre nom, votre profession, votre adresse, » et elle ne s'en souvient plus. « Vous avez très chaud, très froid ; vous avez envie de vomir, de rire, de pleurer, etc., » et elle éprouve toutes ces sensations. « Vous allez dormir, dormez, » et elle s'endort, etc., etc. — La suggestion peut n'être pas verbale : elle peut résulter de gestes, de signes de la physionomie, etc. — elle peut même surgir spontanément dans l'esprit du sujet, être une auto-suggestion : dans tous les cas, c'est une cause mentale, une idée insinuée dans l'esprit ou imposée à l'esprit qui paraît être le point de départ de tous les phénomènes subséquents.
Les faits de psychopathie suggestive étant, au moins en apparence, les plus simples de tous, sont évidemment ceux que l'on doit étudier en premier lieu, et comme ils se retrouvent toujours plus ou moins dans tous ceux qui suivent, on doit aussi se demander s'ils ne suffisent pas en effet, comme le prétend l'école de Nancy, à les constituer et à les expliquer entièrement.
Dans d'autres cas, il semble que la cause des phénomènes soit plutôt physiologique et consiste dans une certaine modification des centres nerveux, produite soit par la fixation prolongée d'un objet brillant, soit par la pression d'un point déterminé du corps, soit par toute autre manœuvre de nature physique; et ce sont alors des phénomènes d'hypnotisme que l'école de la Salpêtrière, reprenant la tradition de Braid, a principalement étudiés et qu'elle considère comme inséparables de cette diathèse morbide du s} stème nerveux qu'on appelle V hystérie. D'après cette école, ils revêtiraient trois formes prinpales nettement caractérisées : la léthargie, la catalepsie, le
somnambulisme, et. loin d'être les effets de la suggestion, ils en seraient plutôt les causes, en ce sens que tout sujet hypnotisé est par cela même suggestible mais présente d'ailleurs toutes sortes de phénomènes complètement indépendants de sa suggestibilité (par exemple le phénomène de l'hyperexcitabilité neuro-musculaire dans la léthargie, celui du transfert des contractures par Faction de l'aimant dans la catalepsie ou le somnambulisme, etc.).
Dans l'état actuel de la science, il est très difficile de décider le débat entre les partisans de la psychopathie suggestive et ceux de la psychopathie hypnotique (qui serait peut-être mieux appelée hystéro-hypnotique) .
La cryptopsychie comprend tous les phénomènes où semble se manifester une action intelligente, une action psychique, sans que cependant le sujet en qui elle se manifeste ait à aucun degré conscience d'exercer une telle action. Plus ou moins étroitement unie à la psychopathie, elle en est cependant distincte et peut se produire sans elle. Le prophétisme des camisards est un exemple historique de cryptopsychie spontanée. Mais le meilleur type de cette classe de phénomènes est récriture automatique. Une personne tient une plume dans sa main droite et, sans qu'elle en ait conscience, sa main écrit toute une suite de phrases qui ont un sens et souvent même répondent d'une façon très exacte à des questions posées. M. Pierre Janet, dans son livre de l' Automatisme mental, a commencé l'étude de la cryptopsychie qu'il appelle le plus souvent « dédoublement delà personnalité » ; .on peut souhaiter qu'il en relie toutes les formes diverses dans l'unité d'une théorie générale. Est-il besoin de dire que le spiritisme rentre, au moins en partie, dans la définition de la cryptopsychie, et qu'il en est même une des formes les plus importantes et les plus dignes d'être étudiées ?
Les phénomènes du second ordre qui attendent encore à la porte de la science le moment d'entrer et qui, nous nous en souvenons, paraissent impliquer des forces encore ignorées, peuvent se ranger en trois groupes que nous apppellerons psychoclynamiqiies {psyché, âme, dynamis, puissance,) télépsychiques (télé, sa loin, psyché, âme), hyloscopiques (hylé, matière, scopein, examiner, percevoir).
La psychodynamie comprend tous les phénomènes où un être animé paraît agir soit sur d'autres êtres animés , soit même sur la matière brute, par l'intermédiaire d'une force sut generis, distincte de toutes les forces connues, bien qu'analogue aux forces rayonnantes ou circulantes, telles que la chaleur, la lumière, l'électricité et le magnétisme. Quand cette action s'exerce à de grandes distances, sans intermédiaires visibles, les phénomènes produits sont télépsychiques, H n'y a donc qu'une différence de degré, comme on le verra plus loin, entre les deux premiers groupes des phénomènes du second ordre.
Les phénomènes psychodynamiques sont très divers, et il serait évidemment nécessaire de les subdiviser.
Mettons tout d'abord à part — sans nous porter le moins du monde garant de leur réalité — tous ceux où l'action exercée est supposée venir, non de quelque être animé soumis à notre observation (homme ou animal), mais d'un esprit appartenant à l'autre monde et qui composent ce qu'on pourrait appeler la psychodynamie spirite, comme nous aurions pu tout à l'heure mettre à part une cryptopsychie spirite. Mais avant d'admettre ces deux classes de faits, il faut évidemment voir si elles ne peuvent pas s'expliquer par une hypothèse plus simple, à savoir par l'action inconsciente des sujets ou médiums qui contribuent à les produire.
Qu'on les admette ou non, il convient en tous cas de dis-
tinguer dans la psychodynamie exercée par des êtres animés deux formes prieipales, selon que la force émanée de l'âme agit sur un organisme vivant [psychodynamie vitale) ou sur la matière brute (psychodynamie matérielle). — Presque tous les phénomènes compris sous la rubrique du magnétisme animal (en tant que distincts des phénomènes de l'hypnotisme et de la suggestion) rentrent dans cette double catégorie. — Passons-les rapidement en revue.
Psychodynamie vitale.— A. Effets produits sur l'homme. — L'effet le simple est celui qui paraît avoir été découvert par M. Moutin et que nous avons nous -même expérimenté bien des fois. On applique légèrement les deux mains étendues sur les omoplates d'une personne sans exercer aucune pression et on les retire lentement : la personne est attirée, souventavec une telle force qu'elle en perd l'équilibre. 11 n'est même pas toujours nécessaire d'appliquer les mains. Certains sujets, dès la première fois, sentent l'attraction, les mains étant tenues à quatre ou cinq centimètres de distance. Bien entendu, on doit s'abstenir d'annoncer au sujet le résultat qu'on attend de cette manœuvre. L'expérience réussit aussi très souvent en appliquant les mains sur l'épigastre. De même, la simple application des mains sur les épaules, accompagnée de la volonté de faire tomber le sujet, amène assez rapidement la chute (surtout si le sujet s'est déjà montré sensible à l'attraction) . Le même effet peut s'obtenir en appliquant une main au bas de la colonne vertébrale et en présentant l'autre main, les doigts, en pointe, à la hauteur du genou.
Avec les sujets tout à fait sensibles, il suffit de présenter la main ouverte, derrière leur coude, par exemple, pour déterminer des mouvements du bras et une véritable attract ion, — et cela sans qu'ils aient paru s'apercevoir de votre manœuvre autrement que par le résultat produit. — De même le contact ou l'approche des mains de l'opérateur détermine chez eux des phénomènes d'engourdissement, de contracture, d'adhérence, qui semblent des effets de cette même force inconnue.
C'est encore à cette force que les magnétiseurs attribuent les effets des passes pour éveiller ou pour endormir les sujets, et la plupart d'entre eux admettent que, comme l'électricité et le magnétisme, elle est polarisée, c'est-à-dire à la fois positive et négative. (On sait que le Dr Luys a pris récemment sous son patronage cette théorie déjà ancienne de la polarité dynamique du corps humain.)
Il va sans dire que la plupart de ces phénomènes, ou sont contestés par les savants des écoles de Nancy et de la Salpêtrière, ou sont considérés par eux comme de simples effets de la suggestion et de l'hypnotisme. Nous pourrions faire d'ailleurs la même remarque à propos de tous les phénomènes dont il nous reste à parler.
La psychodynamie vitale ne produit pas seulement des effets externes : elle peut aussi agir à l'intérieur de l'organisme, et la série des effets qu'elle produit alors compose le magnétisme ouratif, sur lequel M., A. Bué vient de publier un très curieux travail1. Ainsi, en imposant les mains sur un organe malade ou en faisant sur lui des passes, môme à distance, on y rétablirait la vitalité, on donnerait en quelque sorte aux forces vitales la tension ou l'équilibre nécessaires pour résister aux causes de maladie et de mort. — L'inspirateur de l'école de Nancy, M. Liébault, a fait lui-même des expériences de cette sorte sur de tout jeunes enfants et il en a conclu qu'un être vivant pouvait, par sa seule présence, exercer une action salutaire sur un autre être vivant indépendamment de toute suggestion.
Il faut bien avouer d'ailleurs que la psychopathie suggestive semble elle-même impliquer une sorte de psychodynamie interne. Comment en effet l'idée de la guérison pourrait-elle guérir, si le cerveau, sous l'influence de cette idée, n'envoyait constamment dans les organes malades des courants qui en restaurent ou en régularisent les fonctions ?
B. Effets produits sur les animaux. — Ils ont été moins