A. Bué Le magnétisme curatif. Paris, Charnue
souvent encore expérimentés que les effets produits sur les hommes : ils sont d'ailleurs de même nature, mais ils seraient peut-être plus probants, la part de la suggestion étant beaucoup moindre, souvent même tout à fait nulle.
C. Effets produits sur les plantes. — Ils ont été moins souvent expérimentés que les effets produits sur les animaux. Toutefois on en trouvera des exemples fort curieux dans le livre de M. Bué que nous citions tout à l'heure. Ils consistent principalement dans un accroissement de vitalité produit par l'action des passes. Ainsi des plantes étiolées auraient repris leur vigueur, des fruits auraient mûri un mois plus tôt et grossi de près d'un tiers de plus que d'autres portés sur le même tronc, mais non soumis à cette influence.
Psychodynamie matériklle. — Dans la psychodynamie matérielle, il convient de distinguer deux cas.
A. Psychodynamie indirecte. — L'action exercée par l'opérateur sur un objet matériel ne se manifeste pas directement par un changement observable dans l'état ou les propriétés de cet objet, elle ne se révèle que dans les effets qu'il produit sur des êtres animés, principalement sur des êtres humains et en particulier sur des sensitifs ou des sujets. — On sait les vertus curatives que les magnétiseurs attribuent à l'eau magnétisée.
D'autre part, nous avons vu nous -même un sujet ne pouvoir toucher, sans éprouver des sensations de brûlure ou d'engourdissement, des objets magnétisés à son insu et hors de sa présence.
B. Psychodynamie directe- — Ici les effets produits sur la matière sont directement visibles pour tous les observateurs ; ils consistent en mouvements, en modifications imprimés à la substance même des corps. — Une partie des phénomènes médianimiques (c'est-à-dire produits par les médiums) rentre dans cette catégorie. On peut se demander si les mouvements des tables tournantes n'ont pas pour seule cause les impulsions
inconscientes des assistants ; mais lorsqu'une table est soulevée sans contact, comme M. de Gasparin prétend l'avoir vérifié dans ses expériences de Valleyres, il faut bien avouer que les forces mécaniques ne suffisent plus à rendre compte d'un pareil phénomène, et admettre une action psychodynamique.
— Il en est de même de toutes les expériences faites par William Crookes avec Home, si toutefois le savant anglais a pris toutes les précautions requises pour constater scientifiquement les faits dont il a donné le rapport.
Aux phénomènes de lévitation doivent se joindre les phénomènes plus extraordinaires encore, de matérialisation, ou par une sorte de condensation de la force parapsychique peuvent être créés des objets visibles et tangibles, de tout point semblables à des corps et même à des corps vivants,
— comme William Crookes le raconte dans l'incroyable histoire de Katie King.
Les phénomènes télépsychiques forment un groupe assez difficile à délimiter et à diviser, car ils touchent d'une part aux phénomènes précédents et de l'autre à ceux que nous définirons tout à l'heure. Ils impliquent tous uns action exercée ou subie à de grandes distances ou du moins à travers des obstacles interposés.
Nous en avons donné ailleurs (Revue encyclopédique du 15 avril 1893) une énumération que nous reproduisons ici :
1° Faits de télépathie, si curieusement étudiés de nos jours en Angleterre, dans le livre des Fantômes des Vivants ou des Hallucinations télépathiques et en France dans les Annales des Sciences psychiques. Ils consistent en ceci, qu'une personne voit tout à coup apparaître l'image d'un parent ou d'un ami absent, le plus souvent au moment même où celui-ci est en danger de mort.
2° Faits de double vue, de clairvoyance ou de lucidité
absolument niés par la science officielle (on en a eu une preuve dans le récent défi de M. Pouchet) et que cependant la plupart des anciens magnétiseurs ont cru vérifier bien des fois : une personne, le plus souvent en état de somnambulisme, voit ce qui se passe là où la vue n atteint pas (intérieur de l'organisme, pays plus ou moins éloignés).
3° Transmission des sensations ou même des états corporels qui les accompagnent. En voici un exemple emprunté à M. Pierre Janet : « MmeB. . . semble éprouver la plupart des sensations ressenties par la personne qui l'a endormie. Elle croyait boire elle-même quand cette personne buvait. Elle reconnaissait toujours exactement la substance que je mettais dans ma bouche et distinguait parfaitement si je goûtais du sel, du sucre. » Dans cette catégorie, pour laquelle nous proposerions volontiers le nom de télés t hé sie (des mots télé> au loin, œsthesis, sensation), rentrent les faits encore controversés que M. de Rochas a désignés sous le nom ÏÏ extériorisation de la sensibilité.
4° Transmission des idées. — C'est proprement le phénomène de la suggestion mentale. Le sujet devine et comprend la pensée non exprimée : il répond par exemple à des questions qu'on lui pose mentalement. Tel était, au dire du marquis de Puy-Ségur, qui découvrit le somnambulisme provoqué, le fameux Victor Vielet : « Je n'ai pas besoin de parler, je pense devant lui, et il m'entend, me répond. »
5° Transmission de la volonté. — Le sujet obéit à la volonté non exprimée de l'opérateur, soit qu'il la comprenne, et alors il y a en même temps transmission des idées, soit qu'il ne s'en rende pas compte, et ceci paraît être le cas de Pickman, si on admet la sincérité des expériences faites avec ce médium. On rangerait aussi sous ce chef le sommeil produit à distance, comme dans les fameuses expériences du Havre où MM. Gibert et Janet ont endormi seize fois leur sujet à des distances qui variaient de 6 ou 7 mètres à 2 kilomètres.
Le dernier groupe de notre classification, Yhyloscopie, comprend tous les phénomènes où la matière paraît exercer sur des êtres animés, principalement sur des êtres humains, une action qui ne semble pas complètement explicable par ses propriétés physiques ou chimiques déjà connues, et qui semble par conséquent révéler en elle une force irréductible à toutes celles que la science a étudiées jusqu'ici. Gomme on le voit, les phénomènes hyloscopiques sont en quelque sorte inverses et complémentaires des phénomènes de psychodynamie matérielle. En voici les types principaux :
1° Influence du mouvement. — Ilsuffitde tourner de gauche à droite autour d'un sujet, sans le prévenir du résultat attendu, pour qu'au bout d'un certain nombre de tours il perde la sensibilité tactile et la mémoire. En continuant à tourner, on le met successivement en catalepsie, en somnambulisme, etc., et il repasse en sens inverse par les mêmes états jusqu'à l'état normal si on tourne de droite à gauche. Le même effet peut être obtenu soit par la rotation du sujet sur lui-même ou autour d'un point fixe, soit par la rotation d'un objet matériel autour du sujet.
2° Influence des courants atmosphériques. — Certaines personnes très nerveuses pressentent, souvent longtemps à l'avance, les changements de temps : elles sont pour ainsi dire des baromètres vivants d'une extrême sensibilité.
3° Influence des courants souterrains . — Tout le monde a entendu parler des chercheurs de sources et de leur fameuse baguette. Si ces faits ne sont pas controuvés, ils se rangent naturellement sous la rubrique de l'hyloscopie.
4° Influence du magnétisme terrestre. — Elle est encore très obscure. Certains sujets paraissent la ressentir. Elle
contribue peut-être à former ce sens de la direction, ceiinstinct de l'orientation, que beaucoup de naturalistes attribuent à différentes espèces d'animaux.
5° Influence de l'aimant. — Les partisans de la suggestion la nient : elle est admise non seulement par les anciens magnétiseurs, mais encore par toute l'école de l'hypnotisme (Charcot et Luys) . L'aimant, mis en rapport avec le sujet à son insu, déterminerait chez lui non seulement des sensations de fraîcheur, d'engourdissement, etc., mais des phénomènes objectifs tels que la contracture, le sommeil, le transfert des mouvements et des attitudes, etc. Cette influence peut même recevoir des applications thérapeutiques. — On découvrirait sans doute des effets analogues produits par l'électricité, la chaleur, la lumière, le son, les cristaux, etc., etc.
6° Influence des métaux. — Elle a été étudiée par le docteur Burq sous les noms de métalloscopie et de métallo thérapie. On trouvera un très intéressant compte rendu de ses observations et de ses expériences dans deux conférences faites par le Dp Dumontpallier, en 1879, à l'hôpital de la Pitié.
7° Influence de substances diverses, — Nous rangeons sous cette rubrique : \ ° l'action attribuée par la médecine homéopathique à ses globules infinitésimaux, action dont la puissance est pour ainsi dire en raison inverse de leur masse et qui, si elle est réelle, implique évidemment une force différente de toutes les forces connues ; 2° l'action des médicaments à distance étudiée par MM. Bourru et Burot dont les expériences furentsi discutées; 3° faut-il rapprocher de tous ces faits l'action attribuée par M. Brown-Séquard à ses extraits organiques?
Telle est la classification des faits parapsychiques qui nous paraît pouvoir servir de cadre à leur étude. — Nous ne prétendons pas en avoir épuisé la liste ; nous ne prétendons pas davantage garantir l'absolue réalité de tous ceuxquenous avons donnés comme exemples. L'avenir en fera sans doute découvrir
d'autres ; il montrera sans doute aussi que plusieurs d'entre eux ont fait illusion aux premiers observateurs ; nous n'en aurions pas moins rempli notre tâche si tous les faits connus ou à connaître dans cet ordre de recherches trouvaient naturellement leur place dans la classification que nous proposons
Remarquons d'ailleurs qu'en classant les phénomènes parapsychiques nous avons classé du même coup les sciences qui les étudient, de sorte que l'ensemble des sciences parapsychiques pourrait se décomposer ainsi : 1° psychopathie; 2° cryptopsychie (sciences du premier degré); 3° psychodynamie ; 4° télépsychie ;o° hyloscopie (sciences du second degré), le même nom pouvant servir à la fois et pour chacun de ces groupes de phénomènes et pour la science dont il constitue l'objet.
L'essai de classification qui précède a été exposé par nous pour la première fois en 1893, dans les Annales des Sciences Psychiques, du D1' Dariex, et nous avons tenu à le reproduire ici sous sa forme primitive .
Cependant nos idées ont évolué depuis cette époque et nous apporterions volontiers à cette classification certains changements qui, sans en modifier les lignes essentielles, contribueraient, croyons-nous, à la rendre plus large et plus complète.
On remarquera en effet qu'il ne s'y trouve pas de place distincte pour tout cet ensemble de faits que le vulgaire réunit sous l'équivoque appellation de spiritisme et qui pour beaucoup de nos contemporains est le groupe le plus important, sinon même le seul intéressant, des phénomènes psychiques.
Cette omission s'explique par les raisons que voici.
Si l'on fait abstraction de toute hypothèse sur l'origine des faits spiritiques ou médianiques (et en employant ces deux noms nous faisons nous-méme abstraction de toute hypothèse
de ce genre), il semble tout d'abord que ces faits pris en euxmêmes puissent rentrer dans Fune ou l'autre des différentes classes, psychopathie, cryptopsychie, psychodynamie, etc. que nous avons précédemment énumérées.
Par exemple, l'état de transe d'un médium n'est-il pas un simple phénomène de psychopathie spontanée, un cas d'autohypnotisation ou d'auto-suggestion, tout à fait de même nature que les faits d'hypnotisme et de suggestibilité expérimentalement étudiés par les écoles de la Salpêtrière et de Nancy?
De même, les messages obtenus parle médium soit au moyen delà table, soit par l'écriture automatique, soit partoutautre procédé, ne sont-ils pas des phénomènes de cryptopsychie spontanée, absolument comparables aux faits de dédoublement de la personnalité artificiellement provoqués par le professeur Pierre Janet et si magistralement décrits par lui dans ses remarquables ouvrages : Automatisme psychologique et Névroses et Idées fixes, etc.1?
Pareillement encore, les mouvements de lévitation, de translation, etc., produits par un médium sur des objets matériels, les apparitions de lumières et de formes, les matérialisations, etc. qu'on observe ou qu'on croit observer dans certaines séances de spiritisme, sont-ils autre chose que des phénomènes de psychodynamie spontanée, que la science parviendra sans doute à reproduire expérimentalement, s'ils sont réels, le jour où elle aura réussi à en déterminer les conditions nécessaires et suffisantes?
Enfin, peut-on voir autre chose que des phénomènes de télépsychie spontanée, ne différant de tous les phénomènes du même genre que par les circonstances spéciales où ils se produisent, dans les faits de lecture de pensée et de clairvoyance, qu'on trouve assez fréquemment rapportés dans les récits des séances spirites?
En se plaçant à ce point de vue analytique, les phénomènes du spiritisme ou médianisme ne constitueraient donc pas un
1. Paris, Félix Alcan éditeur Voir plus loin. La Cryptopsychie .