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Y. plus haut chap. h. Les paradoxes de causalité

2. Système de logique déductive et induclive, trad. par Peisse, t. I, p. 485, F. Alcan, éd.

spontanément, par l'effet de causes naturelles qui nous sont encore inconnues ; mais il n'est pas douteux, croyons-nous, qu'on puisse aussi les produire expérimentalement par la mise en jeu de deux actions très différentes, l'action hypnotique et Faction suggestive. Personne ne conteste plus aujourd'hui que la suggestion ne suffise dans un grand nombre de cas à provoquer tous ces phénomènes, et sur ce point l'École de Nancy a cause gagnée. Mais s'ensuit-il qu'une autre influence ne puisse en d'autres cas produire les mêmes effets? Sans doute, dans une expérience qui a pour but d'endormir nne personne, il est souvent bien difficile d'éliminer la suggestion. Cependant, lorsqu'on met un coq en catalepsie par le procédé du père Kircher, en lui appliquant le bec sur une raie tracée à la craie, il faut être fermement résolu à se payer de mots pour attribuer à la suggestion un pareil effet. Certaines attitudes, certaines manœuvres ont, par elles-mêmes et indépendamment de toute suggestion, la propriété d'engourdir les centres nerveux et de produire le sommeil : cela nous paraît aussi certain, quoique aussi peu expliqué que la vertu dormitive de l'opium * .

En somme, pour quiconque observe les faits sans parti pris, il existe au moins deux actions parfaitement distinctes, dont chacune peut suffire séparément à produire tous les effets produits par l'autre, bien qu'on les rencontre presque toujours jointes et combinées, à savoir l'action suggestive et l'action hypnotique, l'une d'ordre physiologique, l'autre d'ordre mental2.

1. « Je fis monter, dit Braid, un de mes domestiques qui ne connaissait rien du mesmérisme et, dans les instructions que je lui donnai, je lui fis croire que son attention fixe m'était nécessaire pour surveiller une expérience chimique devant servir à la préparation d'un médicament. Cette recommandation lui était assez familière, il n'en fut donc pas étonné. Deux minutes et demie plus tard ses paupières se fermaient lentement, avec un mouvement vibratoire, sa tête retomba sur sa poitrine, il poussa un profond soupir et fut instantanément plongé dans un sommeil bruyant, » Neurhypnologie, trad. par le Dr Jules Simon, p. 25.

2. De là tout un ensemble de questions et de recherches qui sont en quelque sorte supprimées a priori par les théories des deux écoles rivales : nous voulons parler de toutes celles qui concernent les rapports de l'hyp-

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Nous pouvons comprendre maintenant pourquoi les découvertes de Faria et de Braid n'ont nullement ruiné, quoi qu'on en ait pu dire, l'hypothèse du magnétisme animal. De ce que l'hypnotisme et la suggestion existent, il ne s'ensuit pas que le magnétisme animal n'existe pas. Il n'est nullement absurde de supposer que les effets produits par ces deux causes puissent l'être encore par une troisième. Tout ce que l'on est en droit d'exiger, c'est qu'on prouve expérimentalement l'existence de cette troisième cause, et qu'on n'attribue pas au magnétisme des effets manifestement produits par la suggestion ou l'hypnotisme, comme le faisaient avant Faria et Braid, et comme continuent à le faire, il faut bien l'avouer, les partisans exclusifs du magnétisme animal.

Toute la difficulté, et elle est pratiquement énorme, c'est de recueillir des observations ou, mieux encore, d'instituer les expériences d'où l'hypnotisme et la suggestion soient rigoureusement exclus et où cependant on constate des effets absolument inexplicables par toute autre hypothèse que par celle d'une influence allant de l'opérateur au sujet, plus ou moins analogue par conséquent à celle du magnétisme physique. Or, s'il paraît possible d'exclure l'hypnotisme, en est-il de même de la suggestion, qui intervient en quelque sorte fatalement dans toute expérience, surtout sous la forme de l'autosuggestion, par cela seul qu'il s'agit d'une expérience et que le sujet s'attend dès lors à ce qu'il se produise quelque chose, imagine par avarice un résultat et le provoque ainsi lui-même à son insu? Là est le grand écueil qui a fait échouer jusqu'ici tous les efforts des magnétistes. « Prenez garde à la suggestion », tel est le conseil qu'on ne saurait trop répéter à tous ceux qui s'aventurent dans cette étude.

En ce qui nous concerne, nous avons commencé par être profondément convaincu de la vérité absolue, exclusive des doctrines actuellement régnantes en cette matière, et lorsque

notisme et de la suggestion. Par exemple, tout individu hypnotisable estil par cela môme suggestible et réciproquement? — Ces deux susceptibilités sont-elles toujours inséparables et en proportion l'une de l'autre ? etc., etc.

nous entendions des partisans du magnétisme parler de leur prétendu fluide, nous ne pouvions nous empêcher d'admirer leur ignorance. En particulier, nous avions vérifié si souvent la toute-puissance de la suggestion sur les sujets que nous n'étions pas éloignés d'y voir, avec l'école de Nancy, la clé de tous les phénomènes de cet ordre, quoiqu'il nous parût bien aussi qu'elle-même devait dépendre d'un état cérébral et mental particulier, de nature inconnue, susceptible d'être provoqué chez certains individus par les manœuvres hypnotiques et probablement existant d'une manière naturelle et permanente chez certains autres. Or, si nous continuons toujours avoir dans la suggestion ainsi comprise une grande, une incontestable vérité, comment se fait-il que nous ayons cessé d'y voir la vérité unique et totale? Répondre à cette question, c'est faire l'histoire de nos recherches.

Tout le monde se rappelle sans doute les fameuses expériences du Havre dont M. Pierre Janet présenta le compterendu en 1885 à la Société de psychologie physiologique sous ce titre modeste : « Notes sur quelques phénomènes de somnambulisme » (Revue philosophique XXI, p. 190).

Dans ces expériences, un sujet avait été endormi à plusieurs reprises par un ordre mental envoyé inopinément à son insu par un opérateur placé à des distances qui pouvaient aller jusqu'à deux kilomètres, dans des conditions qui excluaient tout hasard, toute simulation, toute suggestion possible. Ne voulant pas supposer que les expérimentateurs avaient pris plaisir à se mystifier eux-mêmes et que le rapport de leurs expériences avait pour but de mystifier ceux qui les prendraient au sérieux, suppositions injurieuses et inadmissibles, je me demandai, comme sans doute plus d'un lecteur de cette note, si la vieille hypothèse du magnétisme animal plus ou moins modifiée n'était pas seule capable de rendre compte de pareils faits à

Boibac. — Psychologie inconnue. 11

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Fexclusion des théories académiques de la suggestion et de l'hypnotisme. Mais ce doute ne fit qu'effleurer mon esprit, car on n'est guère touché par des faits rares, exceptionnels, dépendant d'une multitude de conditions inconnues, impossibles à reproduire expérimentalement chaque fois qu'on le désire, comme me paraissait être le fait du somnambulisme provoqué à distance i .

Il m'en resta seulement ce vague soupçon qu'il y avait peut-être quelque chose au delà de l'hypnotisme et de la suggestion.

Toutefois lorsque je commençai à expérimenter personnellement, seul moyen de se former des convictions précises dans cet ordre d'études, je fus frappé à plusieurs reprises dans le cours de mes expériences de certains phénomènes où ce « quelque chose » semblait se laisser entrevoir, mais sans qu'il me fût jamais possible de le saisir définitivement.

Un des premiers sujets avec lequel j'expérimentai, Robert G., ouvrier mécanicien âgé de dix-neuf ans, accusait lorsque je présentais ma main droite au-dessus de la sienne préalablement mise en contracture une sensation de chaleur cuisante, et dès que je soulevais ma main, la sienne montait en même temps comme attirée, mais lui ayant fait fermer les yeux, le phénomène ne se produisit plus, de sorte que ce prétendu effet magnétique me parut visiblement du à l'auto-suggestion .

Etait-ce à la même cause qu'il fallait attribuer l'effet du procédé bien connu de l'expérimentateur Moutin? En appliquant sur les omoplates d'une personne les mains largement ouvertes, les pouces se rejoignant sur un nœud de la colonne

1. Cette disposition, qui est commune à tous les esprits et même aux esprits scientifiques, n'en est pas moins ce que Bacon appellerait un idolon tribus, car un fait de cette sorte appartient à l'ordre de la nature au même titre que tous les autres et se produit comme eux en vertu d'une loi virtuellement universelle. S'il est bien constaté et bien analysé, on peut, on doit en tirer une conclusion générale, ne l'eût-on observé qu'une fois. Procéder autrement, c'est considérer ce fait comme un miracle ou le traiter comme s'il n'existait pas. Je dois ajouter qu'il m'a été donné depuis de provoquer à plusieurs reprises le sommeil à distance dans des conditions qui m'ont convaincu de la réalité de ce phénomène. (Voir plus loin chap. x, p. 219.)

vertébrale on attire très souvent cette personne avec force, au point qu'elle en perd Féquilibre ou qu'elle est forcée de marcher à reculons. J'avais obtenu le phénomène bien des fois en dehors de toute suggestion verbale. — Mais ne peut-on dire que l'application des mains équivaut à la suggestion tacite d'un appui et leur recul à la suggestion tacite d'une perte d'équilibre ? Ce qui me rendait plus perplexe, c'est que j'avais constaté, surtout avec des sujets féminins, qu'en répétant l'expérience un certain nombre de fois, le sujet finissait souvent par se sentir attiré, même irrésistiblement, alors que l'opérateur placé derrière lui avait ses mains dans ses poches. D'autre part, il m'était arrivé aussi d'attirer dès la jwemièrc fois des sujets absolument ignorants de la nature et des effets de cette manœuvre, des sujets hypnotiquement ou magnétiquement vierges, en présentant mes mains derrière leur dos, sans contact, à cinq ou six centimètres de distance. J'avais même réussi à attirer un de mes amis, docteur médecin, très sensible à ce procédé, au travers du corps d'une autre personne, absolument insensible et incrédule, celle-ci le touchant à peine et présentant son dos à l'application de mes mains. Or chaque mouvement de recul de mes mains était immédiatement suivi chez lui d'un mouvement d'attraction. — Mais ne pouvait-on encore supposer dans tous ces cas des auto-suggestions produites par des perceptions inconscientes ou subconscientes, comme celles qui paraissent suffire à expliquer les expériences de cumberlandisme ?

Mon doute persistait encore même après avoir observé des phénomènes bien plus extraordinaires, précisément, si je puis dire, parce qu'ils étaient trop extraordinaires.

J'avais eu pour domestique pendant six mois un jeune pyrénéen de quinze ans, Jean M., d'une extrême sensibilité hypnotique ; et voici les notes que je retrouve dans le registre des expériences faites avec ce sujet.

Je n'ai qu'à présenter ma main ouverte derrière son coude ou une partie quelconque de son corps, pour y déterminer rapidement des secousses, des mouvements, etc., et cela sans que rien,

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autant que j'en puisse juger, l'informe de mon action, tandis qu'il me tourne le dos, est occupé à lire, à causer, etc. Plusieurs fois, nlors qu'il était endormi de son sommeil naturel , il m'a suffi d'étendre ma main au-dessus à huit ou dix centimètres pour voir son ventre se gonfler, monter en quelque sorte comme aspiré par ma main à mesure que celle-ci montait, et retomber quand la distance devenait trop grande. — Influence magnétique, peutêtre, mais peut-être aussi simple phénomène d'hyperesthésie du toucher.

La seconde hypothèse devenait plus difficile à admettre pour le fait suivant, tellement étrange que si quelqu'un me le racontait, je le taxerais vraisemblablement de mensonge ou d'illusion et dont je reproduis le récit tel que je le trouve dans mes notes.

Un dimanche après-midi de janvier 1893, rentrant chez moi vers trois heures après une courte absence, je demandai où était Jean. On me répondit qu'ayant achevé son service et se sentant fatigué, il était allé se coucher. Passant dans mon cabinet, je vis que la porte qui donnait sur le palier était ouverte; or, sur ce palier s'ouvrait aussi la porte de la chambre de Jean. Je m'avançai sans bruit et restai sur le palier à le regarder dormir. 11 s'était couché tout habillé sur son lit, la tète dans l'angle opposé à la porte, les bras croisés sur la poitrin-?, les jambes posées l'une sur l'autre, les pieds pendant légèrement au bord du lit. J'avais assisté la veille à une discussion sur la réalité de l'action magnétique. J'eus l'idée de faire une expérience. Toujours debout sur le palier, à une distance d'environ trois mètres, j'étendis ma main droite dans la direction et à la hauteur de ses pieds. Si nous avions été dans l'obscurité et que ma main eût tenu un fanal, c'est aux pieds que serait venu aboutir le jet de lumière. Après une ou deux minutes, probablement moins, quelques secondes, je levai lentement la main, et à ma profonde stupéfaction, je vis les pieds du dormeur se soulever d'un seul bloc par une contraction musculaire qui commençait aux genoux et suivre en l'air le mouvement ascensionnel de ma main. Trois fois je recommençai l'expérience, trois fois le phénomène se reproduisit avec la régularité et la précision d'un phénomène physique. Emerveillé, j'allai chercher Mme B. en lui recommandant de faire le moins de bruit possible. Le dormeur n'avait pas bougé. De nouveau à deux ou trois reprises ses pieds parurent attirés et soulevés par ma main. « Essayez, me dit tout bas MmeB., d'agir par la pensée ». Je fixai les yeux sur les pieds du dormeur et les levai lentement: chose incroyable ! les pieds suivirent les mouvements de mes yeux, montant, s'arrètant, descendant avec

eux. Mme B. me prit la main gauche et de la main restée libre fit comme j'avais fait moi-même; elle réussit comme moi ; mais dès qu'elle cessa de me toucher, elle n'exerça plus aucune action. Elle voulait continuer ces expériences mais j'étais si troublé par ce que je venais de voir que je m'y refusai, craignant surtout de fatiguer le sujet. En effet Jean se réveilla environ une demi-heure après et il se plaignit de vives douleurs dans les jambes, de mouvements convulsifs dans les genoux, que je calmai à grand'peine par des frictions et des suggestions.

Le malheur de pareils faits, qu'il est d'ailleurs presque impossible de reproduire expérimentalement, c'est qu'on préfère tout supposer plutôt que de croire à leur réalité et d'admettre les conséquences qu'ils impliquent. Quelques heures après les avoir vus, on doute du témoignage de ses sens et de sa mémoire, et je ne serais pas autrement surpris si quelqu'un de mes lecteurs assurait que mon sujet ne dormait pas, et devinant mes int3ntions, a simulé tous ces phénomènes d'attraction magnétique.

Où donc trouver le fait qui pourrait enfin lever tous les doutes, le fait matériel, objectif, susceptible d'être reproduit à volonté,en dehors de toute simulation et de toute suggestion possible? Ce fait, le hasard me l'avait déjà présenté, comme il l'a déjà présenté sans doute à d'autres observateurs, mais je n'avais pas su le comprendre, je n'avais pas vu le parti qu'on pouvait en tirer pour une expérimentation méthodique. 11 fallut qu'un nouveau hasard me le présentât dans des circonstances propres à fixer mon attention pour qu'il devint le point de départ de toute une nouvelle série de recherches et me donnât enfin la certitude de la réalité du magnétisme animal.

Je dois ici présenter d'abord quelques détails sur le sujet avec lequel ces expériences ont été faites.

Gustave P., ouvrier électricien a été endormi par moi pour la première fois dans l'hiver de 1892 par la fixation du regard : il avait alors dix-huit ans. 11 n'a jamais eu de maladie grave, ni

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jamais présenté d'accident nerveux : sa sensibilité paraît normale. Il passe seulement dans son entourage pour rêveur et faible de caractère. Je ne fis avec lui en 1892 et dans les premiers mois de 1893 qu'un très petit nombre d'expériences, mais qui suffirent à me prouver qu'il était hynoptisable et suggestible au plus haut degré. Je l'avais entièrement perdu de vue lorsque je le retrouvai en février 1894. Je commençai alors à expérimenter régulièrement avec lui, et dès la première séance je constatai les particularités suivantes.

Sous l'action de ma main droite présentée vis-à-vis du front, il passe successivement par trois états différents. Au bout de trente secondes environ, sans qu'aucun signe extérieur, sinon peut-être un léger mouvement, trahisse l'effet produit, il entre dans un premier état, analogue à celui que certains auteurs ont appelé état de charme ou de crédulité ou état suggestif, caractérisé par trois caractères principaux : Amnésie : il n'est plus capable d'avoir aucun souvenir : il ne peut plus se rappeler son nom, sa profession, son adresse, etc.; Crédulité et Suggestibilité absolues : il croit, sent, fait tout ce que je lui suggère; Persistance de la sensibilité et des mouvements volontaires : ses membres, relevés en l'air retombent d'eux-mêmes, et il ressent naturellement les contacts, les pincements, etc., à moins que je ne provoque la paralysie et l'anesthésie par suggestion. —En présentant de nouveau la main droite vis-à-vis du front pendant trente secondes, il passe dans un second état, cataleptoïde. Les bras, les jambes, etc., gardent la position qu'on leur donne, les mouvements imprimés se continuent automatiquement; il y a en dehors de toute suggestion insensibilité complète de la peau. Il ne répond pas ou répond à peine aux questions qu'on lui pose. — Une nouvelle présentation de la main droite amène le somnambulisme, les yeux se ferment, et le sujet retrouve l'usage de la parole et de ses facultés intellectuelles. Si je présente la main gauche au front du sujet pendant qu'il est en somnambulisme, et que je la retire après trente secondes, il passe dans le second état ; de même si je la présente après le second état, il passe dans le premier. Présentée dans le premier état, la main gauche le réveille. Cet effet que j'ai obtenu sans aucune suggestion verbale, dès la première séance, est jusqu'ici resté constant. Je ne me charge pas de l'expliquer ; je ne fais que le constater. J'ajoute que ces trois états peuvent être produits par suggestion. Ainsi je lui ai suggéré pendant qu'il était endormi que le mot Mane le ferait tomber en état de charme, le mot Thecel en catalepsie, le mot Phares en somnambulisme, et cette suggestion a toujours régulièrement produit son effet. Elle a gardé son efficacité même après un intervalle de huit mois pendant lequel j'avais complètement cessé de voir le sujet.

En dehorsde cette singulière polarité de la main droite provoquant les différents degrés du sommeil et de lamain gauche provoquant

l'hypothèse du magnétisme animal 167

les différents degrés du réveil, je n'avais rien observé chez Gustave P. qui ne rentrât dans le cadre des phénomènes déjà étudiés par les écoles de l'hypnotisme et de la suggestion, lorsqu'un phénomène inattendu m'ouvrit tout à coup une nouvelle voie.

Il y avait à peu près deux mois que ce sujet se rendait chez moi, environ deux fois par semaine, pour se prêter à des expériences. Un dimanche matin, il venait d'entrer dans mon cabinet ets'était assis à côté de ma table de travail sur laquelle son coude gauche était appuyé. Tandis que j'achevais d'écrire une lettre, il causait à une troisième personne vers laquelle il était à demi tourné. J'avais posé ma plume, et mon bras étendu sur la table, les doigts allongés, se trouvait par hasard dans 1* direction de son coude. A ma grande surprise, je crus m'apercevoir que son coude glissait comme attiré par ma main. Sans dire un mot, le sujet continuant à causer, et paraissant tout à fait étranger à ce qui se passait là, je soulevai légèrement mon bras, et le bras du sujet se souleva en même temps. Mais comme si l'attraction en devenant plus forte avait éveillé la conscience, Gustave P. s'interrompit tout à coup, porta sa main droite à son coude gauche qu'il retira vivement en arrière et se tournant vers moi : « Qu'est-ce que vous me faites donc, » s'écria-t-il ?

Depuis lors, au début des séances qui suivirent ou dans les intervalles des expériences de somnambulisme, je m'ingéniai à détourner l'attention du sujet pour présenter à son insu ma main droite vis-à-vis de l'un ou l'autre de ses coudes, de ses genoux, de ses pieds, etc., et toujours j'observai le même phénomène : attraction du membre visé qui semblait cesser d'appartenir au sujet pour tomber sous l'empire de ma volonté, jusqu'au moment où par une sorte de brusque secousse le sujet était informé de ces mouvements involontaires et se dérobait à mon influence. — Oui, pensais-je, voilà bien le fait qui pourrait servir de preuve à la réalité d'une action personnelle, d'un rayonnement nerveux de l'opérateur, qu'on l'appelle magnétisme animal ou autrement, le nom n'importe guère à la chose, mais comment savoir si le sujet, quelque distrait qu'il paraisse, ne guette pas du coin de l'œil la main sournoisement tournée vers sa jambe ou son bras, et s'il ne simule pas, ou du moins comment savoir s'il ne la voit pas inconsciemment et s'il ne s'auto-suggestionne pas ? Gomment supprimer jusqu'à la possibilité de la simulation et de l'autosuggestion?

A force d'y rêver je me dis que le plus sûr moyen pour cela était d'aveugler le sujet en lui bandant hermétiquement les yeux. Je fis donc fabriquer un bandeau en drap noir assez épais pour intercepter complètement la lumière en encapuchonnant à la fois les yeux et le nez. Puis, sans dire au sujet quel genre d'expériences je voulais faire, je lui demandai de se laisser appliquer ce bandeau et de rester seulement immobile quelques instants sur sa chaise. M'étant alors approché, je pré-

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sentai sans faire de bruit ma main droite à environ huit ou dix centimètres de sa main gauche, et bientôt, en moins d'une demiminute, celle-ci fut attirée. Même effet produit sur l'autre main, sur le coude droit et le coude gauche, le genou droit et le genou gauche, le pied droit et le pied gauche, etc. Il va sans dire que je ne suivais aucun ordre, mais que j'entremêlais ces actions de toutes les façons possibles pour que le sujet ne pût deviner par aucun raisonnement quelle était la partie de son corps que je visais. Et cependant il y eut toujours concordance entre la direction de ma main et le mouvement obtenu. Du reste, ce n'est pas dans une seule séance, c'est dans plus de dix séances que j'observai ces mêmes phénomènes.

Je n'avais agi dans la première séance qu'avec la main droite: dans une seconde séance, après avoir reproduit et vérifié tous les résultats de la première, j'eus l'idée d'agir avec la main gauche, toujours, bien entendu, saus ouvrir la bouche. Aussitôt, au lieu de l'attraction attendue, je vis des tremblements, des secousses se produire dans le membre visé, et j'entendis le sujet s'écrier : « Vous ne m'avez pas encore fait cela, je vous en prie, cessez : cela est trop énervant, on dirait que vous m'enfoncez un millier d'aiguilles sous la peau. » Je cédai à sa prière et lui demandai de me décrire aussi exactement qu'il le pourrait son impression. Après y avoir réfléchi, il me dit que ce qu'il éprouvait lui rappelait tout à fait les sensations produites par une pile de cinq ou six éléments. J'avais dès lors un nouveau moyen de varier mes expériences, en variant non seulememt les parties du corps du sujet sur lesquelles j'agissais, mais encore mon action même, selon que j'employais la main droite, pour produire de l'attraction ou la main gauche, pour produire des picotements. Or s'il était difficile de supposer que le sujet pût, les yeux bandés, deviner les parties de son corps que je visais, il était encore plus difficile de supposer qu'il pût deviner avec quelle main je les visais.

Qu'arrivera-t-il, me demandai-je après cette seconde séance, si appliquant mes deux mains Tune sur l'autre, paume contre paume, je les présente ainsi au sujet ? Probablement leurs actions se neutraliseront, et leur effet sera nul. Mais lorsque, dans une troisième séance, après avoir expérimenté séparément avec la main droite et la main gauche, j'expérimentai tout à coup avec les deux mains réunies, le résultat fut tout autre que celui que j'attendais. Cette fois encore le sujet s'écria : « Que me faitesvous là ? C'est encore du nouveau, mais plus énervant que tout le reste. Je ne vois pas ce que c'est ; c'est un gâchis. Ah, je comprends. Vous m'attirez et vous me picotez en même temps! w De fait, le membre visé venait en effet dans la direction de mes mains tout en étant agité de tremblements presque convulsifs. Ainsi j'avais une triple action, attractive avec la main droite, picotante avec la main gauche, simultanément attractive et picolante avec les deux mains réunies ; et toujours, ou du

moins quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, dans toute cette première série d'expériences, cette action se produisait régulièrement.

Je priai un de mes collègues, M. Louis B., professeurde physique au collège M., de bien vouloir assister à une séance, et après lui avoir montré — sans explication verbale — tous les faits précédents, j'obtins avec son concours des faits nouveaux plus remarquables encore. Sur un signe de moi, il présenta sa main droite au sujet dans les conditions où je la présentai moi-même et au bout d'un moment, le sujet s'adressant à moi me dit : « Ou êtes-vous ? Vous devez être loin ? Je sens quelque chose dans ma main comme si vous vouliez m'attirer, mais c'est beaucoup plus faible qu'à l'ordinaire. » Je ne satisfis pas la curiosité du sujet, mais je constatai ainsi que le rayonnement nerveux est inégal chez les différents individus ou peut-être que la réceptivité des sujets est plus forte pour le rayonnement de certains individus que pour celui de certains autres.

Mon collègue et moi nous primes alors, toujours silencieusement, un fil de cuivre entouré de gutta-percha, comme ceux qui servent pour les sonneries électriques d'appartement ; je tins une des extrémités dénudés du fil dans ma main droite et m'éloignai le plus possible du sujet; mon collègue lui présenta l'autre extrémité, après l'avoir enroulée autour d'une règle de bois qu'il tenait à la main ; et nous vîmes la pointe de cuivre produire le même effet qu'eût produit ma main droite présentée à la même distance, c'est-à-dire attirer la partie du corps du sujet qu'elle visait. Je remplaçai la main droite par la main gauche; le fil de cuivre transmit fidèlement l'influence picotante comme il avait transmis l'influence attractive. Je greffai sur le fil unique présenté au sujet un second fil de manière à agir simultanément avec les deux mains, et le fil unique conduisit sans les confondre les deux actions réunies, ce que ic sujet appelait le « gâchis ».

Je passai dans une autre pièce; on ferma la porte, le fil seul dont je tenais un bout communiquant par-dessous la porte avec les personnes restées dans mon cabinet. L'action de ma main se transmit encore, mais les expériences ne purent pas avoir le même degré de précision, parce que nous ignorions de part et d'autre ce que nous faisions. Cependant, mon collègue ayant présenté le bout de cuivre au front du sujet, toujours à 10 ou 12 centimètres de distance, celui-ci très rapidement donna des signes d'un grand malaise, dit qu'il sentait sa tète s'échauffer et s'alourdir et porta ses mains vers son front comme pour éloigner cette influence, obligeant ainsi mon collègue à écarter le fil à chaque fois. Je constatai du reste dans un grand nombre de séances, qu'en prolongeant cette action de la main droite, soit directement, soit par l'intermédiaire d'un fil de cuivre, le sujet, malgré le bandeau interposé, s'endormait en passant successivement par les trois états habituels, et que de même l'action de la main gauche soit

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directe., soit conduite, provoquait à travers le bandeau les trois degrés du réveil.

Si au lieu de tenir le fil de cuivre, j'en plongeai une extrémité dans un verre d'eau et présentai à quelques centimètres au-dessus de l'eau les doigts de la main droite ou de la main gauche, la force inconnue rayonnée par la main traversait le liquide et se propageait par le fil de cuivre avec ses propriétés caractéristiques, produisant chez le sujet à l'autre extrémité du fil, soit l'attraction, soit le picotement.

Ce n'est pas ici le lieu d'exposer en détail toutes ces expériences : j'indique seulement les plus significatives.

Dans quelle mesure la suggestion peut-elle influencer tous ces phénomènes et suppléer ou empêcher Faction du magnétisme animal ? C'est là, on le comprendra sans peine, un problème d'une importance capitale. J'essa}^ de le résoudre par les expériences suivantes :

l°Le sujet étant éveillé et les yeux bandés, comme à l'ordinaire, je le préviens que je veux expérimenter sur le temps nécessaire à la production de l'effet magnétique, et pour qu'il puisse me dire exactement à quel instant il commencera à le ressentir, je lui déclare que je vais agir exclusivement, par attraction, sur sa main droite et le prie de concentrer de ce côté toute son attention. Après cette suggestion préparatoire, je prononce les mots « je commence », faisant un mouvement quelconque de la main droite, mais sans la présenter vis-àvis de celle du sujet. Au bout d'une ou deux minutes le sujet, très attentif, murmure : « C'est bizarre, il faut croire que cela se détraque : je ne sens absolument rien. » Puis, tout à coup : « Ah mais non, je sens quelque chose ; seulement, c'est au genou gauche et ce n'est pas une attraction, mais un picotement. » Or, je viens en effet de présenter silencieusement ma main gauche à son genou gauche.

Tel est, sauf des différences de détail, le résultat que j'ai toujours obtenu, le sujet étant à l'état de veille.

Il prouve que chez ce sujet du moins, et pendant cette période de mes expériences, la suggestion à l'état de veille, est impuissante à simuler l'action magnétique.

2° Le sujet étant mis dans le premier état, où, comme on se le rappelle, il est éminemment suggestible, je lui fais la recommandation de fixer toute son attention sur une de ses mains, le prévenant qu'il va la sentir attirée par une force irrésistible. Dès que je lui ai dit « je commence », la main se soulève en effet, bien que je n'agisse sur elle en aucune façon, de sorte que, dans cet état, la suggestion suffit parfaitement à simuler l'action magnétique. Mais si en même temps, je présente, sans mot dire, ma main droite vis-à-vis de l'autre main, celle-ci est attirée, les deux effets ayant lieu simultanément, identiques en apparence, produits en réalité par deux causes distinctes, ici par le magnétisme et là par la suggestion.

3° Le sujet étant toujours en état de charme, je lui suggère qu'afin d'agir exclusivement sur un côté de son corps, je rends l'autre côté inerte et insensible, et je constate en effet la paralysie et l'anesthésie de ce côté. Ici encore, j'obtiens, par suggestion, en dehors de toute action réelle, un phénomène d'attraction dans les membres dont la sensibilité et la motricité sont restées intactes; mais si je présente ma main droite vers la main, vers le genou, vers le pied paralysés et anesthésiés, je constate, malgré la suggestion, des mouvements attractifs.

Non seulement donc la force magnétique peut produire ses effets indépendamment de la suggestion, mais elle peut, dans certains cas, contrarier, annuler les effets de la suggestion : voilà, si je ne me trompe, la conclusion qui se dégage de cette triple série de contre-épreuves.

Gustave P. étant parti pour la province vers la fin du mois de juin 1894, je dus à mon grand regret interrompre mes expériences. Elles m'avaient conduit à admettre comme une vérité d'observation l'existence du magnétisme animal (j'emploie ce nom faute d'un meilleur, parce que c'est le mot

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traditionnel) ; mais était-il légitime de tirer ainsi une conclusion générale d'expériences, nombreuses il est vrai et relativement précises, toutes cependant faites avec un seul sujet? N'aurait-on pu objecter que ces faits prouvaient seulement une disposition particulière, une idiosyncrasie de ce sujet, nullement une force ou action que Fopérateur rayonnerait en vertu d'une propriété commune à tous les hommes, peut-être même à tous les êtres vivants ?

L'objection, à vrai dire, est plus spécieuse que solide : car aucun cas n'est isolé dans la nature : il n'y a pas de fait unique en son genre. Les exceptions elles-mêmes dépendent de conditions telles que si nous les connaissions et pouvions les réaliser à volonté, l'exceptionnel se reproduirait à l'infini et deviendrait régulier. Toutefois des raisonnements ne sont jamais aussi convaincants que des faits.

Je me proposai donc de vérifier l'action magnétique sur d'autres sujets, mais je n'en rencontrai point tout d'abord qui eussent la sensibilité de Gustave P. La plupart ne ressentaient rien, ou les effets ressentis étaient vagues et se produisaient le plus souvent à contre-sens : ce qui me prouvait bien qu'ils étaient dus à la seule auto-suggestion.

J'obtins des effets plus satisfaisants en expérimentant sur des personnes dormant du sommeil naturel, principalement sur de jeunes enfants.

Présentant les doigts de ma main droite allongés à quelques centimètres au-dessus de leur poignet, j'observai chez eux, après deux ou trois minutes, des frémissements, des contractions de la main, parfois même de brusques mouvements du bras tout entier, comme ceux que pourrait produire un chatouillement. Il serait facile et intéressant de multiplier ce genre d'expériences.

Dans le courant du mois de janvier 1895, j'eus l'occasion de retourner dans les Pyrénées. J'y retrouvai mon ancien domestique, Jean M., dont j'ai déjà parlé. Il consentit, non sans difficulté, à se laisser endormir. N'ayant pas de bandeau sous la main, je lui jetai mon veston sur la tête de sorte qu'il était recouvert jusqu'à mi-corps. Dans ces conditions ma main droite présentée et maintenue immobile à huit ou dix centimètres vis-à-vis du bras, du genou, du pied, etc., provoqua rapidement une violente attraction : exercée sur la poitrine, l'action de la main attirait le sujet en avant avec une telle force qu'il se courbait sur le fauteuil et s'y cramponnait en grinçant des dents, au point que j'étais bientôt obligé de la suspendre.

l'hypothèse du magnétisme animal 173

Ayant toujours dans les mêmes conditions, attiré et soulevé son bras gauche, je décrivis en l'air avec mon bras droit les mouvements les plus variés, et son bras gauche les reproduisit instantanément comme s'il eût été lié au mien par d'invisibles fils. Toutefois, je ne remarquai avec Jean M. aucune polarité. Ma main gauche produisait, sauf peut-être une très légère différence d'intensité, les mêmes effets de secousse et d'attraction que ma main droite. — Ainsi les circonstances de l'action pouvaient varier avec les différents sujets : la réalité de l'action n'en demeurait pas moins constante.

Je devais bientôt m'assurer que cette action pouvait même être ressentie par des sujets nullement entraînés à des expériences hypnotiques, tels que ceux que j'ai déjà appelés des « hynoptiquement vierges ». L'expérience la plus intéressante en ce sens est celle que je fis tout à fait inopinément le 26 février 1895, jour de la mi-carême.

Me trouvant par hasard dans une société de jeunes gens, l'un d'eux me pria d'expérimenter sur lui ; l'effet produit fut insignifiant, mais un de ses amis, Julio M., jeune Espagnol, âgé de vingtdeux ans environ, fut assez fortement influencé par l'application des mains sur les omoplates pour que je pusse réussir avec lui différentes suggestions. La calvacade de la mi-carême commençant à défiler sur le boulevard, les expériences furent forcément suspendues, et tandis que Julio M. était occupé à regarder le défilé, je présentai ma main droite derrière son dos à plusieurs centimètres sans qu'il pût absolument me voir ni se douter de mon action ; dès que je retirai ma main, il bascula légèrement en arrière ; je répétai deux ou trois fois le mouvement, avec le même succès, mais l'attraction devint bientôt si forte et si irrésistible qu'il en perdit l'équilibre et tomba presque dans ma direction en s'écriant : « Qu'est-ce que vous avez donc à me tirer ainsi ? » Trois heures plus tard j'étais assis à côté de lui dans un café, et pendant que le dos tourné il causait avec son voisin, je reproduisis exactement les mêmes effets. Or ce jeune homme n'avait jamais été hynoptisé ; et même il ignorait complètement tout cet ordre de phénomènes.

Il ne peut donc plus être douteux pour moi que le rayonnement magnétique ou nerveux existe aussi réellement que le rayonnement de la lumière ou de la chaleur, et je suis convaincu que quiconque expérimentera, dans les conditions où j'ai expérimenté moi-même, pourvu qu'il ait la patience de chercher des sujets suffisamment sensibles, le vérifiera comme moi.

Reste, il est vrai, à déterminer les lois de cette action, et

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c'est ici qu'il faut se garder de généraliser précipitamment. Des expériences faites d'abord avec Gustave P., on aurait été tenté de conclure que cette action est naturellement polarisée, comme l'action électrique ou magnétique, puisque, nous l'avons vu, la main droite et la main gauche avaient chacune leur mode particulier d'influence. Et cependant cette conclusion eût été fausse, car cette action se polarise ou se dépolarise selon des conditions qui nous sont encore inconnues, et dont nous n'avons pas encore la moindre idée.

En effet, huit mois après son départ pour la province, Gustave P. revint passer quelques jours à Paris, et j'eus avec lui trois nouvelles séances. Je constatai qu'il était encore sensible à des suggestions faites huit mois auparavant, mais, lorsque lui bandant de nouveau les yeux je recommençai mes expériences d'action magnétique, je constatai aussi, non sans surprise, ni peut-être sans regret, qu'il était devenu beaucoup moins sensible à cette action. On aurait dit que le sens qui s'était développé en lui sous mon influence s'était émoussé pendant ces huit mois d'inaction. Ainsi les effets étaient plus faibles, plus lents à se produire, mais surtout ils ne présentaient plus aucune trace de polarité. La main droite et la main gauche produisaient à peu près indifféremment dans les régions visées des secousses, des picotements, de l'attraction, sauf au cerveau où la main droite continuait à produire le sommeil et la main gauche le réveil, toujours, bien entendu, à distance et malgré le bandeau interposé. Cependant dès la troisième séance ce chaos d'impressions confuses tendait visiblement à se débrouiller, et certains effets suivaient l'action d'une de mes mains plus régulièrement que celle de l'autre. D'où l'on pourrait supposer avec quelque vraisemblance qu'il n'y a sans doute entre l'une et l'autre qu'une simple différence d'intensité, c'est-à-dire en somme de quantité, laquelle cependant pour une sensibilité un peu délicate se traduit naturellement par une différence de qualité, comme c'est d'ailleurs la règle pour nos sens les plus affinés.

Ainsi de nouvelles expériences sont nécessaires pour déterminer les lois de l'influence magnétique, mais cette influence elle-même, nous croyons pouvoir l'affirmer hautement, n'est plus une hypothèse, c'est un fait, un fait matériel, positif, précis, que tout le monde peut observer, expérimentable à volonté, remplissant en un mot toutes les conditions d'un fait scientifique.

C'est donc par l'étude de ce fait, par la recherche expérimentale de ses conditions et de ses conséquences qu'il deviendra possible de tirer enfin de l'ornière la science des phénomènes psychiques, ou plutôt parapsy chique s, comme nous avons proposé ailleurs de les nommer. Toute autre voie est, si nous ne nous trompons, une impasse. Dans toute science un certain ordre s'impose : tant qu'on ne l'a pas trouvé, on erre au hasard. Nous ne voudrions pas décourager les chercheurs qui s'appliquent avec tant d'ingéniosité et de persévérance à éclaicir les mystères de la télépathie, de la suggestion mentale, de F extériorisation de la sensibilité, ou d'autres phénomènes aussi extraordinaires, mais nous avons bien peur qu'ils ne prennent la question par le mauvais bout. Il faut, dirionsnous, commencer par le commencement, c'est-à-dire par les faits les plus simples et les plus aisés à connaître : or il semble bien que les phénomènes de télépathie, de suggestion mentale, etc., soient parmi les plus compliqués et les plus obscurs.

Supposez un moment que nos savants ignorent absolument tout de l'électricité : ils ont seulement entendu parler d'un appareil en usage, au dire de certains voyageurs, en des pays lointains, tel qu'il suffit d'y prononcer quelques paroles pour être entendu instantanément aux plus grandes distances par les personnes avec lesquelles on désire converser et pour entendre soi-même leurs réponses (le téléphone). Faut-il croire de

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pareils récits ? La plupart des savants les traitent de fables et haussent les épaules. Quelques-uns cependant font une enquête ; ils prient tous ceux qui ont pu avoir quelques renseignements sur ce merveilleux appareil de vouloir bien les leur communiquer, et ils espèrentpar ce moyen non seulement s'assurer qu'il existe, mais encore surprendre le secret de son mécanisme. Là-dessus nombre de voyageurs leur envoient le récit détaillé des conversations qu'ils ont eues par téléphone, mais sans pouvoir expliquer, car ils l'ignorent eux-mêmes, comment se fait la communication. N'est-il pas évident qu'on n'arrivera jamais ainsi à découvrir l'électricité ? Il faut pour cela commencer par le commencement, c'est-à-dire constater tout d'abord que le frottement développe dans certaines substances la propriété d'attirer des corps légers, ou tout au moins que le zinc et le cuivre mis en contact avec de l'eau acidulée dégagent une force particulière, etc.. Pareillement, si l'on doit comprendre un jour les phénomènes de télépathie, ce sera seulement après avoir expérimentalement constaté les effets les plus simples et les plus directs de l'action que des êtres vivants peuvent exercer àdistanceles uns sur les autres, et si nous ne nous trompons, ces effets sont ceux-là mêmes que nous venons d'exposer.

Est-ce à dire qu'ils n'aient pas déjà été remarqués par d'autres observateurs ? Non sans doute, et même ils auraient pu dès l'origine les mettre sur la bonne voie, car ce sont précisément ces faits qui, observés par Jussieu, l'empêchaient d'adhérer sans réserve aux conclusions des commissaires du roi, conclusions défavorables, on le sait, à l'hypothèse du magnétisme animal.

Placé à côté du baquet (le baquet de Mesmer)... vis-à-vis une femme dont l'aveuglement occasionné par deux taies fort épaisses, avait été un mois auparavant constaté par les commissaires, je la vis entrer d'un pas fort tranquille, et pendant un quart d'heure, paraissant plus occupée du fer du baquet dirigé vers ses yeux que de la conversation des autres malades. Dans le moment où le bruit de voix était suffisant pour mettre son ouïe en défaut, je dirigeai à la distance de six pieds une baguette sur son estomac

que je savais très sensible. Au bout de trois minutes, elle parut inquiète et agitée ; elle se retourna sur sa chaise et assura que quelqu'un placé derrière elle ou à côté d'elle la magnétisait, bien que j'eusse pris auparavant la précaution d'éloigner tous ceux qui auraient pu rendre l'expérience douteuse. Quinze minutes après, saisissant les mêmes circonstances, je renouvelai l'épreuve qui offrit exactement le même résultat. Les moindres mouvements magnétiques faisaient sur une autre malade une impression si vive que lorsqu'on promenait plusieurs fois le doigt à un demi-pied de son dos, sans qu'ellepùt le prévoir, elle étaitprisesur-le-champ de mouvements convulsifs et de soubresauts répétés qui lui annonçaient l'action exercée, et duraient autant que cette action. Si on agitait à l'un des malades le doigt sur leur tète ou le long de leur dos, sans les toucher et même à quelque distance, ils sautaient souvent avec vivacité, en tournant la tète pourvoir la personne placée derrière eux... Ces faits sont peu nombreux et peu variés, parce que je n'ai pu citer que ceux qui étaient bien vérifiés et sur lesquels je n'avais aucun doute. Ils suffiront pour faire admettre la possibilité ou existence d'un fluide ou agent qui se porte de l'homme sur son semblable, et exerce quelquefois sur ce dernier une action sensible1.

Nous trouvons encore ces mêmes effets relatés dans le rapport du Dr Husson à l'Académie de Médecine (1838). Ils ne se produisaient pas, il est vrai, chez tous les sujets avec la même constance, mais ce que nous savons des différences de sensibilité chez les sujets, de Fintercurrence toujours possible de la suggestion chez la plupart d'entre eux, suffirait à expliquer ces écarts. Le rapporteur constate cependant que l'un des sujets expérimentés a toujours eu, par l'approche des doigts, des mouvements convulsifs, soit qu'il ait eu ou qu'il n'ait pas eu un bandeau sur les yeux, et que ces mouvements ont été plus marqués quand on a dirigé vers les parties soumises aux expériences une tige métallique.

Voici un exemple de ces expériences emprunté au même rapport :

M. du Potet, après avoir mis un bandeau sur les yeux du somnambule, dirige sur lui à plusieurs reprises ses doigts en pointe à deux pieds environ de distance. Aussitôt il se manifeste dans les mains et dans les bras vers lesquels était dirigée l'action, une

1. Extrait du rapport de M. de Jussieu sur le magnétisme animal.

Bom.vc. — Psychologie inconnue. 12

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contraction violente. M. du Potet ayant approché ses pieds de ceux de M. Petit (le sujet), toujours sans contact, celui-ci les retire avec vivacité. Il se plaint d'éprouver dans les membres sur lesquels l'action s'était portée une vive douleur et une chaleur brûlante. M. Bourdois (le président de la Commission) essaie de produire les mêmes effets. 11 les obtient également, mais avec moins de promptitude et à un degré plus faible.

Dans sa note sur quelques phénomènes de somnambulisme, M. Pierre Janet indique en passant, et sans paraître y attacher d'importance, le phénomène de l'attraction magnétique, sans doute parce que dans les conditions où il l'observe, il n'y voit qu'un effet del'hypéresthésie du toucher. « Pourprovoquer la contracture générale, il suffit que le magnétiseur place sa main étendue à une petite distance au-devant du corps. On constate d'abord certains tremblements, puis le corps se soulève et suit la main, comme s'il était réellement attiré par elle. »

En 1887, le Dr Baréty publie un grand ouvrage. Le magnétisme animal étudie sons le nom de fore ? neurique, qui contient toute une série d'expériences destinées à prouver la thèse que nous soutenons ici, et c'est là certainement le plus grand effort qui ait été fait au point de vue scientifique pour établir la réalité du magnétisme animal. D'où vient cependant que le travail du Dr Baréty n'ait pas réussi à vaincre l'incrédulité ou l'indifférence des savants comme y avaient réussi, du moins un moment, les leçons de Gharcot pour l'hypnotisme, les livres de Bernheim pour la suggestion? La cause principale de cet insuccès est sans doute dans le parti pris, plus que séculaire, de la grande majorité des savants contre l'idée même du magnétisme animal, mais la façon dont le Dr Baréty a présenté ses expériences et ses conclusions n'y est peut-être pas étrangère.

D'une part, en effet, l'auteur du Magnétisme animal étudié sous le nom de force neurique ne semble pas suffisamment pénétré de l'absolue nécessité d'éliminer, chaque fois qu'il expérimente, jusqu'à l'ombre de la suggestion : du moins il

ne paraît pas avoir pris à cet égard toutes les précautions nécessaires.

Or toute expérience de magnétisme dans laquelle on n'a pas expressément prévu et exclu la suggestion, non seulement sous la forme ordinaire, mais même sous la forme de l'auto-suggestion, n'a plus par cela seul aucune valeur probante.

D'autre part, il a eu le tort, croyons-nous, de généraliser immédiatement et de transformer en lois des faits qu'il avait observés chez un seul sujet (ou peut s'en faut) et qui très vraisemblablement, observés chez d'autres sujets, ne se reproduiraient pas d'une façon identique.

Or l'heure n'est pas encore venue de théoriser, de systématiser, d'expliquer ; une besogne plus urgente s'impose : constater et prouver.

Nous n'osons guère espérer pour cette nouvelle tentative une meilleure issue, et nous nous attendons à rencontrer bien des résistances. Plutôt que d'admettre dans l'organisme humain l'existence d'une force inconnue ou tout au moins d'une modalité inconnue de la force, on aura recours à toutes les suppositions, souvent même sans prendre la peine d'examiner si elles ont quelque rapport avec les faits

Il ne sera donc pas inutile de passer ici en revue toutes celles qu'on pourrait imaginer et de les réduire à leur juste valeur.

Attribuera-t-on tous les effets que j'ai décrits au hasard \ <i'est-à-dire à une série de coïncidences ? Il faudrait donc supposer que, par l'effet de causes quelconques, des mouvements ou des sensations se produisaient chez les sujets précisément dans les régions et au moment où je dirigeais vers eux la pointe des doigts. Mais le hasard ne saurait avoir des effets aussi constants et aussi précis.

180 LES PHÉNOMÈNES MAGNETOIDES

On se rejettera peut-être sur la simulation. Tous les sujets, dira-t-on, sont des hystériques, partant des simulateurs. — C'est la banale objection tant de fois opposée déjà môme à l'hypnotisme et à la suggestion. — Mais tout d'abord, sauf Jean M. qui présentait en effet des stigmates d'hystérie, rien n'autorise à considérer les autres sujets comme des hystériques. Les enfants endormis sur lesquels j'ai expérimenté, Julio M. qui un quart d'heure avant de m'avoir rencontré, n'avait aucune idée de pareils phénomènes, pourquoi et comment auraient-ils donc simulé? Et quand Gustave P. et Jean M. auraient eu le désir de me tromper, je me demande comment cela leur eût été possible. Avec un bandeau sur les yeux assez épais pour intercepter toute lumière, est-il donc si facile de deviner si c'est la main droite ou la main gauche que vous tend une personne à plus de dix centimètres, et si elle la dirigea droite ou à gauche, vers votre front, votre coude ou votre genou? J'ai essayé plusieurs fois l'expérience avec des personnes dépourvues de sensibilité magnétique, et malgré tous leurs efforts, elles n'ont jamais pu discerner quels gestes je pouvais faire ou ne pas faire devant elles.

Sera-t-on plus heureux en invoquant Yhyperesthêsie de l'ouïe et du toucher ? Le sujet, dira-t-on, grâce à l'excessive sensibilité que développe l'hypnose, entend les moindres mouvements que vous faites, perçoit les déplacements de l'air produits par vos gestes, sent la chaleur rayonnée par vos mains.

On oublie que sauf un très petit nombre de cas, j'ai toujours expérimenté avec des sujets éveillés ; en particulier toutes les expériences faites avec Gustave P.; ont été faites à l'état de veille. Julio M. n'avait jamais été hypnotisé ; je m'étais contenté de lui appliquer quelques secondes, selon le procédé de Moutin, mes deux mains sur les omoplates et de lui faire quelques passes le long des bras, accompagnées de snggestions d'ailleurs tout à fait étrangères aux phénomènes d'attraction magnétique. Il est donc tout à fait arbitraire d'attribuer à ces sujets une hyperesthésie qui, si elle avait

existé, se serait certainement manifestée au même moment par une multitude d'autres signes. Or leur sensibilité auditive ou tactile, directement mise à l'épreuve, s'est toujours comportée pendant ces expériences comme la sensibilité normale d'un homme éveillé. D'ailleurs, en admettant un toucher hyperesthésié, on est bien forcé d'avouer que ce sens ne peut rien percevoir s'il n'y a pas une cause externe, si faible qu'on la suppose, pour l'exciter. Quelle peut-être cette cause lorsque Gustave P., après une demi-minute d'intervalle, perçoitl'action de ma main droite comme attraction et celle de ma main gauche comme picotement ?

Dira-t-on que c'est la chaleur rayonnée par la main ? Etrange hyperesthésie que celle qui, à plus de dix centimètres de distance, perçoit une différence de température entre la main droite et la main gauche d'une même personne et traduit cette différence par deux faits aussi dissemblables qu'un mouvement d'attraction et une sensation de picotement — bien mieux, qui, lorsque les deux mains sont réunies, perçoit séparément leurs différentes températures — bien mieux enfin qui les perçoit lorsqu'elles lui sont transmises par un fil de cuivre de plus de deux mètres de longueur !

Une dernière ressource reste : la suggestion. Le professeur Bernheim a bien réussi à convaincre son maître, le Dr Liébault, que les impositions dp mains et l'eau magnétisée guérissaient des enfants àlamamelle parla seule suggestion l. Il ne faut pas désespérer de prouver que la suggestion suffit à rendre compte de tous ces prétendus effets magnétiques.

Vous avez, nous dira t-on, fait comprendre à vos sujets ce que vous attendiez d'eux,, non peut-être expressément, mais sans doute à demi-mot. Or si je dis à un sujet ou si je lui laisse supposer que je vais attirer son bras droit, il est certain que son bras droit sera attiré : nul besoin de lui présenter pour cela la main à distance et d'émettre un fluide imaginaire Nous ferons l'expérience aussi souvent que vous le voudrez..

1. Voir Liéb.ault : Du Zoomagnélisme cf Thérapeutique suggestive.

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Qu'on relise tout le récit de nos expériences, on verra que nous n'avons jamais eu qu'une préoccupation : agir sans ouvrir la bouche, avec le moins de bruit possible, afin d'écarter jusqu'à la possibilité de la suggestion. Que si nous avons employé la suggestion dans les expériences de contrôle, c'était non pour prévenir le sujet de l'effet que nous attendions, mais au contraire pour détourner son attention, pour le dépister, pour opposer en un mot la suggestion au magnétisme ; et malgré toutes ces précautions les effets magnétiques se sont produits. Nous avons donc le droit de dire que la suggestion n'en était nullement la cause. Dire après cela qu'on peut chez un grand nombre de sujets produire les mêmes effets par l'emploi de la seule suggestion, c'est enfoncer une porte ouverte ; qui le nie ? La question n'est pas là. De ce que je puis purger un malade sans ricin parla suggestion, s'ensuit-il que je ne puisse le purger sans suggestion par le ricin ? De même la possibilité d'attirer un sujet sans magnétisme par la Suggestion n'exclut par la possibilité de l'attirer sans suggestion par le magnétisme. Toute l'argumentation habituelle des partisans exclusifs de la suggestion est un des plus beaux spécimens du sophisme appelé par les logiciens ignorantia elenchi, c'est-à-dire déplacement de la question.

Mais si la suggestion échoue sous sa forme ordinaire, ne réussira-t-elle pas sous la forme plus complexe et plus obscure, soit de Y auto-suggestion, soit delà suggestioji mentale? Le sujet, pourrait-on dire, s'auto-suggestionne : il s'imagine que vous l'attirez, que vous le picotez, etc., et il réalise luimême l'effet imaginé.

Pourquoi, demanderons-nous à notre tour, a-t-il cette imagination, juste au moment où nous lui présentons la main droite et la main gauche et pour la partie de son corps à laquelle nous la présentons ? Aucune autre réponse n'est possible que celles que nous venons déjà de répéter : hasard, simulation, suggestion faite par l'opérateur lui-même, à moins qu'on admette une influence réelle, objective, ou, ce qui revient au même, le magnétisme animal.

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Ne pourrait-on supposer cependant que c'est encore la suggestion qui agit ici, mais une suggestion transmise de l'opérateur au sujet sans paroles, sans signes, par la seule force de la pensée et de la volonté, une suggestion mentale ? La main en réalité ne produit aucun effet, n'émet aucun rayonnement, mais il suffît que vous vouliez ou que vous croyiez exercer telle ou telle action sur le sujet pour que votre volonté, votre croyance pénètrent en lui, s'imposent à son cerveau et se réalisent dans son organisme.

Je ne sais si la suggestion mentale existe : pour ma part, je n'ai jamais réussi à provoquer ce phénomène que sous la forme du sommeil et du réveil provoqués par un simple ordre mental1 : mais si la suggestion mentale existe, elle n'est pas un phénomène de suggestion, elle est un phénomène de magnétisme. Ne nous laissons pas abuser par les mots : la prétendue suggestion mentale, très mal nommée, n'a rien de commun avec la suggestion proprement dite. Aussi l'école de Nancy ne s'y est pas trompée : elle rejette la première justement parce qu'elle n'admet que la seconde. Si je dis à une personne : levez- vous et qu'elle se lève malgré sa volonté, ce qu'il y a de particulier dans ce fait, ce qui constitue la suggestion, ce n'est pas que la personne ait entendu et compris mon ordre, il n'y a rien là que de très ordinaire, c'est qu'elle n'ait pu s'empêcher d'y obéir. Si sans rien dire je veux qu'une personne se lève et qu'elle ait aussitôt l'idée de se lever, soit qu'elle se lève en effet ou qu'elle reste assise, ce qu'il y a de particulier dans ce fait, ce qui constitue la suggestion dite mentale, ce n'est pas que la personne ait obéi à mon ordre, car cela c'est la suggestion pure et simple, c'est que cet ordre, elle l'ait entendu et compris sans que j'aie prononcé une parole ni fait un signe. Après cela, qu'elle ait obéi ou non, il n'importe guère : le phénomène existe, il est complet par cela seul que la transmission de la pensée ou de la volonté s'est faite d'un cerveau à l'autre. Or quelrap-

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