Voir plus loin chap. x
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port cette transmission a-t-elle avec la suggestion ordinaire, laquelle consiste uniquement dans l'influence d'une idée du sujet (d'où qu'elle vienne d'ailleurs) sur l'organisme du sujet? Tout le mystère réside dans cette influence qu'un cerveau exerce à distance sur un autre. Mais qui ne voit que cette influence est justement un cas particulier de l'influence magnétique en général ? Au lieu de supposer que cette influence rayonne de toutes les parties d'un corps vivant sur toutes les parties d'un autre corps vivant, on suppose qu'elle rayonne exclusivement d'un cerveau sur un autre cerveau. Si donc les phénomènes que j'ai décrits s'expliquent par la suggestion mentale, cela revient à dire au fond qu'ils s'expliquent par le magnétisme animal, car j'imagine qu'on n'attribue pas à la pensée et à la volonté la propriété mystique de se communiquer d'un esprit à un autre sans aucune communication physique entre les cerveaux où elles ont leurs^conditions matérielles.
Mais est-il vrai que l'action d'un homme sur un autre soit toujours et exclusivement une action cérébrale, effet et signe d'une volonté et d'une'pensée ? Je ne vois pas en tout cas comment cette hypothèse rendrait compte de la plupart des faits que j'ai exposés. La première fois où j'ai attiré le coude de Gustave P., ni lui ni moi ne pensions aucunement à un pareil effet : il s'est produit à Tinsu de l'un et de l'autre, par cela seul que ma main se trouvait tournée, les doigts en pointe, dans la direction de son coude. Pareillement, quand je lui présentai la main gauche, je ne m'attendais en aucune façon à produire un picotement. Quand je lui présentai simultanément les deux mains, je m'attendais à voir leurs effets se neutraliser réciproquement, non à les voir se juxtaposer. Lorsqu' après huit mois d'absence, je répétai toutes ces expériences, je croyais et désirais obtenir l'attraction avec la main droite, le picotement avec la main gauche, etc. : on a vu que malgré ma croyance et mon désir, ces effets ne se sont plus réalisés. Du reste, j'ai plusieurs fois essayé de transmettre à ce sujet des pensées ou des volontés déterminées : sauf le sommeil et le réveil que j'ai plusieurs fois provoqués mentalement
à son insu et à l'improviste, je n'ai jamais obtenu de résultats bien satisfaisants.
Une seule conclusion reste donc possible, celle-là même que Cuvier formulait ainsi dans ses Leçons dAnatomie (t. II,
Il est très difficile dans les expériences qui ont pour objet l'action que les systèmes nerveux de deux individus peuvent exercer l'un sur l'autre, de distinguer l'effet de l'imagination de la personne mise en expérience d'avec l'effet physique produit par la personne qui agit sur elle. Cependant les effets obtenus sur des personnes déjà sans connaissance avant que l'opération commençât, ceux qui ont eu lieu sur d'autres personnes après que l'opération même leur eût fait perdre connaissance, et ceux que présentent les animaux, ne permettent guère de douter que la proximité de deux corps animés, dans certaines positions et certains mouvements, n'ait un effet réel, indépendant de l'imagination de l'un des deux. Il parait assez clairement démontré que ces effets sont dus à une communication quelconque qui s'établit entre leurs systèmes nerveux.
Nous refusera-t-on le droit d'admettre l'existence d'une force de nature encore inconnue, mais certainement analogue aux forces électriques et magnétiques, rayonnée par le système nerveux, sous prétexte que cette force n'a pas sa place marquée dans nos théories scientifiques actuelles ? Nous répondrons avec Laplace « qu'il est très peu philosophique de nier l'existence des phénomènes magnétiques par cela seul qu'ils sont inexplicables dans l'état actuel de nos connaissances » (Calcul des probabilités, p. 348). Ce n'est pas aux faits às'accommoder à la science, c'est à la science de s'accommoder aux faits. Si le magnétisme animal existe, une fois bien et dûment constaté, il prendra naturellement sa place dans la science, comme l'ont déjà fait l'hypnotisme et la suggestion qui, quoi qu'on en pense, ne sont pas beaucoup plus compréhensibles.
Le magnétisme en effet ne demande nullement à supprimer ou absorber la suggestion et l'hypnotisme ; il demande seulement à être admis avec eux et à côté d'eux. Sans doute les esprits systématiques seront peu satisfaits de cette solution : coûte que coûte, ils voudraient faire rentrer tous ces faits dans
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une formule unique, fallût-il pour cela effacer leurs différences essentielles. Il n'est pas interdit d'ailleurs d'espérer qu'on réussira un jour à découvrir l'unité de nature de ces trois ordres de phénomènes, comme on commence à découvrir l'unité de nature des phénomènes de chaleur, de lumière et d'électricité. Ils se ressemblent trop, s'accompagnent trop souvent, se fraient trop volontiers la voie les uns aux autres pour que tous ces rapports ne trahissent pas une parenté secrète. Mais au point où en sont nos connaissances et nos recherches, on ne gagnerait rien et l'on perdrait beaucoup à vouloir les identifier. Ce sont peut-être les effets d'une même cause : mais ces effets, à coup sûr, se produisent dans des conditions et selon des lois différentes.
Seulement s'il est une fois prouvé scientifiquement que le magnétisme existe, il devient désormais nécessaire d'avoir toujours égard à son intervention possible dans l'ensemble des phénomènes jusqu'ici attribués exclusivement par la science à l'hypnotisme et surtout à la suggestion. De même que nous nous sommes efforcé d'éliminer la suggestion de toutes nos expériences de magnétisme, on devra s'efforcer d'éliminer le magnétisme de toutes les expériences de suggestion. L'école de Nancy a dit avec juste raison que les anciens magnétiseurs n'avaient cessé de faire de la suggestion à leur insu : elle devra s'attendre à ce qu'on dise qu'elle-même a fait bien souvent du magnétisme sans le savoir1.
Il se peut que le regard, le contact, les passes, la personnalité de l'opérateur, etc., n'agissent sur certains sujets que par une influence purement suggestive ; mais il se peut aussi qu'à l'influence suggestive s'ajoute ou se substitue chez certains autres une influence magnétique. Du moment que les deux agents, aussi réels l'un que l'autre, sont susceptibles d'entrer en jeu simultanément et de combiner leurs actions, nul n'a le droit d'attribuer a priori les effets produits à l'un des deux à l'exclusion de l'autre : seules des expériences faites