‹ La psychologie inconnueChapitre 54 sur 91 · Voir Liébault : Thérapeutique suggestive · texte numérisé non relu

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l'hypothèse dd magnétisme ANIMAL 187

expressément dans ce but permettraient de déterminer dans chaque cas la part du magnétisme et celle de la suggestion.

Toutefois, en affirmant l'existence de la iorce magnétique, nous ne demandons pas que Ton nous croie sur parole : ce que nous demandons, au contraire, c'est que Ton veuille bien prendre la peine de vérifier l'hypothèse du magnétisme animal, comme on vérifie toute autre hypothèse scientifique, c'est-à-clire en la soumettant au contrôle de l'expérience.

Les hypothèses1, en effet, comme nous l'avons montré ailleurs, peuvent se présenter dans la science sous deux formes jusqu'ici plus ou moins confondues, que Claude Bernard a le premier nettement distinguées, l'hypothèse théorique et l'hypothèse expérimentale.

La première, très vaste et très générale, en grande partie construite a priori, a pour but d'expliquer tout un ensemble de phénomènes et de lois qu'on ne peut par aucun moyen coordonner en système : on la confirme, plutôt qu'on ne la vérifie, en faisant voir qu'elle introduit dans cet ensemble la liaison et l'unité. Elle figure, dans la science, avec son nom, avec sa physionomie propre, soit au début, parmi les principes (telle l'hypothèse des atomes), soit à la fin, parmi les conclusions (telle l'hypothèse de l'éther), c'est de l'hypothèse ainsi comprise que Newton disait : hypothèses non fingo.

La seconde, très restreinte, très particulière, suggérée par l'observation, a pour but de susciter immédiatement une ou plusieurs expériences dont elle détermine rigoureusement les conditions : elle peut, elle doit donc être immédiatement contrôlée, et par suite on la chercherait en vain dans la science une fois faite, du moins sous le nom d'hypothèse ; car

1. Grande Encyclopédie, article Hypothèse. Voir après ce chapitre, l'appendice Hypothèse.

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si elle a été vérifiée, elle y prend place à titre de vérité ou de loi ; et dans le cas contraire, elle disparaît, sans laisser de trace. Seule l'histoire de la science peut en conserver quelque souvenir. C'est l'hypothèse ainsi comprise qui est d'après Claude Bernard le grand ressort des sciences de la nature.

Jusqu'ici le magnétisme animal n'a été qu'une hypothèse théorique. Il faut qu'il devienne une hypothèse expérimentale. On l'a vu : ce sont les faits qui nous l'ont suggérée ou pour mieux dire imposée, nullement des spéculations a priori, et notre première préoccupation n'a pas été de la développer, de la construire dans tous ses détails, d'en faire une ample et minutieuse théorie, mais simplement de nous en servir comme d'une idée directrice, comme d'un fil conducteur, pour instituer des expériences et découvrir des faits qui la vérifient et la précisent. Cette marche, il est vrai, paraît bien lente, mais elle est la plus sûre. Comme certains pèlerins du moyen âge, la science ne progresse qu'en faisant trois pas en avant et deux pas en arrière. Partir des faits et revenir aux faits en passant par l'hypothèse, voilà tout le secret de la méthode expérimentale.

Précisément parce qu'elle reste toujours en contact avec l'expérience, cette méthode peut sans crainte donner libre carrière à l'imagination et au raisonnement. Certains savants voudraient borner toute la science à la seule observation des faits : on croirait qu'ils ont peur de la pensée. Or les faits n'ont de valeur que pour qui sait les interpréter. La nature récompense toujours magnifiquement les chercheurs qui ont foi dans sa logique. Lorsqu'elle-même, par un nombre suffisant d'indices, nous suggère une hypothèse, soyons sûrs qu'elle en vérifiera toujours tôt ou tard les conséquences, même celles qui paraissaient aux esprits ignorants ou prévenus les moins vraisemblables. Que celui qui se trouve en face d'une telle hypothèse n'hésite donc pas à tirer hardiment les conséquences qu'elle enferme et à tracer le plan des expériences destinées à les vérifier une à une : il est sur le chemin des découvertes.

Nous ne pouvons donner ici un programme de recherches : signalons seulement deux directions.

Tout d'abord, il est infiniment probable que le système nerveux des personnes sensibles à l'agent magnétique ne diffère pas en nature de celui des autres personnes : cette sensibilité doit dépendre d'un certain état de la substance nerveuse qui, même chez les sujets, varie avec différentes circonstances, principalement avec l'exercice et l'habitude. Dès lors est-il défendu de supposer que certaines substances ou certaines pratiques, encore inconnues, peuvent produire cet état dans tous les systèmes nerveux et développer en eux, au moins pour un temps, la sensibilité magnétique? Le jour où le révélateur de la sensibilité magnétique sera découvert, nous pourrons reproduire à volonté chez tous les hommes les phénomènes que nous n'avons jusqu'ici observés et expérimentés que chez un très petit nombre; mais surtout nous pourrons aussi les reproduire chez les aninaux, ce qui facilitera singulièrement, on en convient, l'étude expérimentale des propriétés de la force magnétique.

D'autre part, il est possible que cette force ne rencontre pas dans la nature d'autre réactif capable de déceler son action qu'un système nerveux dans certain état particulier. Mais le contraire est aussi possible, et même probable. On devra donc chercher si l'on ne pourrait pas construire quelque appareil, magnétoscope ou magnétomètre, qui fût pour cette force ce que le thermomètre est pour la chaleur, l'élétroscope pour l'électricité statique, le galvanomètre pour l'électricité dynamique, etc.1

Tant que ces deux recherches n'auront pas abouti, nous devrons nous contenter d'étudier la force magnétique en expérimentant sur des sujets. Le nombre en est sans doute plus considérable qu'on ne le croirait ; et comme les expériences d'attraction magnétique peuvent très bien réussir à l'état de veille (le cas de Julio M... le prouve), il serait peut-être plus facile

1. Voir Annales des Sciences Psychiques, v. II. Un appareil pour expérimenter l'action psychodynamique.

d'obtenir leur concours que pour des expériences d'hypnotisme.

Mais la condition absolue de la valeur de ces expériences, on ne saurait trop le répéter, c'est que la suggestion en soit rigoureusement exclue. A cet effet, les yeux du sujet devront être hermétiquement bandés; on s'abstiendra de prononcer aucune parole ; si les opérateurs — qui devront toujours être peu nombreux — ont quelque chose à se communiquer, ils le feront par écrit; ils s'étudieront à faire le moins de bruit possible. Les expériences enfin seront menées, non en les improvisant séance tenante, mais d'après un programme arrêté dans les détails. Les résultats en seront notés au fur et à mesure par un des assistants.

Pour mener à bonne fin toutes ces recherches, un seul investigateur ne suffit pas : il y faudrait la coopération longtemps continuée de tout un cercle de physiciens, de physiologistes et de philosophes1. Pour mieux dire, le champ qui s'ouvre à nous de ce côté est infini : c'est toute une région de la nature, encore inconnue, à explorer. Les savants s'obstineront-ils à passer outre, en tournant même la tête pour éviter de la voir ? Estimeront-ils que la dignité de la science lui commande d'ignorer systématiquement la question sous peine d'avoir à confesser un jour que les anciens magnétiseurs, les Mesmer, les Puységur, les Deleuze, les Du Potet, les Lafontaine, et tant d'autres, méritaient de sa part un autre accueil que Findifférence et le mépris? La remarque de Nicole est, hélas! de tous les temps. « Il y en a qui n'ont point d'autre fondement pour rejeter certaines opinions que ce plaisant raisonnement : Si cela était, je ne serais pas un habile homme : donc cela n'est pas. C'est la principale raison qui a fait rejeter longtemps certains remèdes très utiles et des expériences très certaines, parce que ceux qui ne s'en étaient point encore avisés concevaient qu'ils se seraient donc trompés jusqu'alors2. »

1. C'est une idée de ce genre quia inspiré, du moins à l'origine, les fondateurs de l'Institut Psychologique général (actuellement 14 rue de Gondé à Paris).

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