Logique de Port-Royal, III, ch. xx
L HYPOTHESE DU MAGNÉTISME ANIMAL 19i
La vérité du magnétisme animal est pourtant assez importante, elle a des conséquences théoriques et pratiques assez sérieuses pour qu'il vaille la peine de s'en assurer. On ne s'en assurera pas tant qu'on ne renoncera point aux vieux errements : opposer des raisonnements ou des railleries à des faits; insinuer contre ceux qui les rapportent le soupçon de crédulité ou d'imposture; se dispenser de faire soi-même aucune des expériences indiquées, mais exiger qu'on les improvise à jour et à heure fixes devant une commission académique, en grande partie prévenue ou hostile, ou si l'on fait soi-même les expériences, ne tenir aucun compte des conditions nécessaires, constater hâtivement qu'elles ne réussissent pas et en conclure que la question est enterrée pour toujours. Croit-on que la science de l'électricité eût pu jamais se constituer, si pareil traitement avait été infligé à ceux qui en furent les initiateurs ?
On se souvient peut-être en quels termes le regretté professeur Georges Pouchet s'exprimait naguère (dans le journal le Temps du 12 août 1893), au sujet du phénomène de la transmission de pensée qui n'est en somme qu'un cas particulier du magnétisme animal.
« Démontrer qu'un cerveau, par une sorte de gravitation, agit à distance sur un autre cerveau, comme Faimant sur l'aimant, le soleil sur les planètes, la terre sur le corps qui tombe, arriver à la découverte d'une influence, d'une vibration nerveuse se propageant sans conducteur matériel !...
Le prodige, c'est que ceux qui croient peu ou prou à quelque chose de la sorte ne semblent même pas, les ignorants ! se douter de l'importance, de l'intérêt, de la nouveauté qu'il y aurait là-dedans et de la révolution que ce serait pour la science, pour le monde de demain. Mais trouvez-nous donc cela, bonnes gens, montrez-nous donc cela, et votre nom ira plus haut que celui de Newton dans l'immortalité, et je vous réponds que les Berthelot, les Pasteur vous tireront leur chapeau bien bas. »
Non, les chercheurs dont on parle ne sont pas aussi naïfs qu'on le suppose; ils savent fort bien tout le prix de la découverte qu'ils poursuivent et c'est pour cela qu'ils ne se laissent décourager ni par les difficultés ni par les sarcasmes. Mais ils feraient volontiers bon marché de la gloire et des honneurs
dont on leur t'ait l'ironique promesse, s'ils pouvaient seulement obtenir que la science, rendant enfin justice à leurs efforts, consentît à reconnaître et à étudier une vérité si importante pour l'esprit humain.