CHAPITRE IX
Lorsque Mesmer expliqua les étranges phénomènes qu'il produisait par ses attouchements, par ses passes et par son fameux baquet en les attribuant à un fluide universel de même nature que le fluide de l'aimant, on sait quelle opposition formidable cette explication rencontra chez tous les savants de son époque. Plutôt que de l'admettre, ils aimèrent mieux nier les faits ou les déclarer sans importance.
Déjà cependant on voyait apparaître une explication toute différente de celle de Mesmer, et les commissaires du roi y firent timidement allusion dans leur Rapport, sans se douter qu'elle deviendrait plus tard le principe de toute une théorie nouvelle et de tout un art nouveau, la théorie de la suggestion et Fart de la psychothérapie.
Cette explication est celle qui attribue tous les faits observés à l'imagination du sujet plus ou moins excitée et dirigée par l'opérateur, le plus souvent sans que celui-ci en ait l'intention et alors même qu'il s'imagine de très bonne foi dégager une influence objective. Elle a été expressément proposée par l'abbé Faria et ses deux disciples, le Dr Bertrand et le général Noizet et opposée par eux en termes très clairs à l'hypothèse du mesmérisme ou du magnétisme animal.
On l'a un moment perdue de vue, lorsque Braid a cru trouver l'explication des phénomènes produits par les magnétiseurs et de ceux qu'il produisait lui-même dans un état particulier de fatigue nerveuse et cérébrale, dans un engourdissement ou un épuisement siri generis des centres, déterminé par une
SUGGESTION ET MESMÉRÏSME 203
tension excessive ou prolongée des sens et du cerveau. Alors s'est formée une troisième doctrine, celle de Y hypnotisme qui a, pendant quelque temps, éclipsé les deux autres, surtout lorsqu'elle fut adoptée et professée, — on sait avec quel retentissement — par le professeur Gharcot et toute l'école de la Salpêtrière. Gharcot croyait d'ailleurs l'avoir complétée en ajoutant que cet état particulier — l'état hypnotique — ne pourrait être provoqué que chez des névropathes ou, plus précisément, chez des hystériques.
Mais depuis que l'école de Nancy s'est substituée de plus en plus à l'école de la Salpêtrière dans l'étude méthodique de tout cet ordre de phénomènes et surtout dans son utilisation pour le traitement des maladies, les vues de Liébault et de Bernheim ont primé presque partout celles de Gharcot. Actuellement tous les médecins, tous les savants qui s'occupent de la question inclinent fortement à penser, avec Bernheim, que « la suggestion est la clé de tous les phénomènes de l'hypnose » ou même « qu'il n'y a pas d'hypnotisme, qu'il n'y a que de la suggestion ».
« Quand Mesmer, dit le professeur Bernheim1, à la suite de certaines manipulations ou passes, constata l'extase, l'hallucinabilité, l'analgésie, les vertus thérapeutiques, etc., il crut à un état nouveau de l'organisme créé par ses manipulations et qu'il appela état magnétique.
Braid remplaça l'ancien magnétisme par l'hypnotisme; c'est la fixation d'un point brillant et l'attention concentrée qui créent un sommeil artificiel dans lequel existent la suggestibilité, l'hallucinabilité, etc.
Liébault remplaça l'hypnotisme de Braid par le sommeil suggestif. C'est la suggestion seule qui fait le sommeil, qui développe la suggestibilité, qui fait la guérison.
Enfin, je crois avoir dégagé la suggestion du sommeil provoqué artificiel, suggestif ou braidique, et avoir montré que les phénomènes dits hypnotiques ne sont pas fonction d'un état particulier de l'organisme artificiellement créé, mais d'une propriété du cerveau plus ou moins développée suivant les sujets: la suggestibilité.
Je suppose que la découverte, au lieu d'être faite à la suite des