‹ La psychologie inconnueChapitre 58 sur 91 · Revue de l'hypnotisme, nov. 1897, p · texte numérisé non relu

Revue de l'hypnotisme, nov. 1897, p

pratiques grossières du magnétisme ou même de celles plus simples et plus scientifiques de l'hypnotisme, eût été faite directement. On aurait établi que tel sujet, actionné par l'affirmation, peut réaliser de la catalepsie, de la contracture, de l'analgésie..., de la docilité automatique..., des hallucinations, des actes organiques, du sommeil, des effets thérapeutiques; on aurait constaté et étudié directement la suggestibilité de chacun, telle qu'elle existe ou telle qu'elle peut être accrue par diverses influences; la suggestibilité eût été découverte, et la découverte existerait sans être associée aux mots hypnotisme ou magnétisme. Ces mots n'auraient aucune raison d'être. On ajouterait tout simplement que certains sujets, peu suggestibles à l'état de veille, le deviennent davantage, quand on peut leur suggérer préalablement l'idée du sommeil ; mais que chez les sujets très suggestibles, cette suggestion préalable n'est nullement nécessaire. L'idée de suggestibilité ne serait pas associée à celle d'hystérie et la doctrine de la suggestion ne serait pas obscurcie par l'idée mystérieuse et anti-physiologiqne qui s'attache aux mots magnétisme et hypnotisme. »

Nous n'avons pas à prendre parti entre la théorie de Gliarcot et celle de Bernheim, entre l'école de Paris et l'école de Nancy. Quoi qu'en ait dit le Dr Milne-Bramvell dans l'étude qu'il a consacrée à James Braid, l'originalité du chirurgien de Manchester consiste non à avoir découvert la suggestion avant Liébault (puisque c'est Faria qui l'a le premier découverte), mais à avoir découvert l'hypnotisme, c'est-à-dire un état particulier du système nerveux susceptible d'être provoqué par des manœuvres physiques, état caractérisé, au moins partiellement, par une exaltation anormale de la suggestibilité, mais qui n'en est pas moins en lui-même tout à fait indépendant de la suggestion. Le braidisme, à notre avis, est et demeure distinct du suggestionnisme, quoiqu'ils s'unissent presque toujours pratiquement dans la plupart des phénomènes qu'il nous est donné d'observer.

Seulement, dans l'état actuel de la question, ce qui s'oppose le plus radicalement au mesmérisme, ce n'est plus l'hypnotisme, comme se l'imaginent encore la plupart des partisans du magnétisme animal, c'est la suggestion.

Le problème se pose désormais en ces termes :

Tous les phénomènes prétendus magnétiques, hypnotiques

ou suggestionnels, sont-ils dus uniquement aux idées que se font les sujets ou qu'on leur communique et aux convictions, émotions, etc., que ces idées déterminent chez eux, souvent à leur insu ? Ou bien ont-ils en outre pour cause une influence objective, occulte, que les jopérateurs rayonneraient à distance et qui exercerait sur le système nerveux des sujets une action comparable à celle que l'aimant exerce sur le fer ?

Quant à nous, nous croyons, avec Durand (de Gros), que la suggestion et le mesmérisme sont deux agents distincts, également réels, indépendants l'un de l'autre, qui peuvent se suppléer et se contrefaire mutuellement, comme ils peuvent aussi se combiner pour la production d'effets communs. Il peut donc y avoir suggestion sans mesmérisme et mesmérisme sans suggestion ; bien mieux il peut y avoir un pseudo-mesmérisme qui n'est que de la suggestion et aussi une pseudo-suggestion qui n'est que du mesmérisme ; enfin il peut y avoir à la fois et indivisiblement du mesmérisme et de la suggestion, du mesmérisme suggestif, ou si l'on aime mieux, de la suggestion mesmérique.

Tout d'abord, que la suggestion puisse exister sans le mesmérisme, les faits nous le prouvent à chaque instant. Lorsque sans regarder un sujet, sans le toucher, je lui dis : « Fermez les yeux. Vous ne pouvez plus les ouvrir » et qu'il essaie vainement de les ouvrir; lorsque j'ajoute : « Ils s'ouvriront d'eux-mêmes quand j'aurai compté jusqu'à sept » et que l'effet annoncé se produit, il paraît évident que le mesmérisme n'a rien à voir dans des phénomènes de ce genre et qu'ils doivent s'expliquer par la seule suggestion.

Mais la suggestion n'est pas seulement indépendante du mesmérisme : elle peut aussi dans bien des cas le suppléer ou, pour mieux dire, en simuler tous les effets.

Voici, par exemple, une expérience qu'il m'est arrivé de faire souvent avec certains sujets. Je place ma main ouverte au-dessus de la main d'un sujet prétendu magnétique : au bout de quelques instants il déclare ressentir une impression de chaleur très vive; bientôt cette impression devient intolérable

206 LES PHÉNOMÈNES MAGNÉTOÏDES

et il me supplie d'enlever la main. Je lui réponds que je ne l'empêche pas d'enlever lui-même la sienne, mais après quelques efforts pour la retirer, il proteste que cela lui est impossible. Sa main semble, en effet, paralysée ou contracturée in situ. Cependant elle se meut, elle monte, elle descend aussitôt que j'imprime tous ces mouvements à ma propre main, comme si un invisible fil les attachait lune à l'autre. Ne croirait-on pas être en présence d'un véritable phénomène magnétique ? Il n'y a là pourtant qu'une contrefaçon du magnétisme par la suggestion, un pseudo-mesmérisme suggestif.

Il suffit pour s'en convaincre de changer une seule des conditions de l'expérience, celle qui permet à l'opérateur de suggestionner ou au sujet de sauto-suggestionner sans que ni l'un ni l'autre en sachent rien. Je me contente de dire au sujet, comme plus haut : « Fermez vos yeux. Vous ne pouvez plus les ouvrir » , et en effet le sujet fait de vains efforts pour desserrer les paupières. Si alors je recommence à tenir ma main au-dessus de la sienne, à la faire monter, descendre, à la mouvoir de toute façon, comme il n'en est plus averti par la vue, il ne ressent plus rien, il ne bouge plus. Ma main, tout à l'heure si efficace, n'exerce plus aucune influence.

Des expériences de cette sorte font la joie et le triomphe des* adversaires du mesmérisme, des partisans exclusifs de la suggestion. « Vous voyez bien, s'écrierait Bernheim, que le fluide n'est rien et que la suggestion est tout, puisque le prétendu fluide n'agit qu'autant que le sujet qui est censé subir son action peut être suggestionné ou se suggestionner luimême ! » On sait que ce sont des cas de ce genre que les commissaires du roi opposèrent dès l'origine aux assertions de Mesmer.

Oui, sans doute, mais ces cas ne sont pas les seuls, et il y en a d'autres où la suggestion étant éliminée, les effets magnétiques persistent, tout aussi nets, tout aussi complets. C'est qu'on a affaire cette fois à des sujets vraiment magnétiques et non à des sujets pseudo-magnétiques et purement suggestibles.

Evidemment les sujets suggestibles avec lesquels on peut obtenir la contrefaçon du magnétisme sont plus communs que les sujets magnétiques vrais, et c'est pourquoi Bernheim et tous les suggestionnistes purs sont de très bonne foi lorsqu'ils s'imaginent avoir victorieusement réfuté le mesmérisme par des expériences comme celles que nous venons de rapporter et qu'il est très facile de reproduire ; mais avec un peu de patience on réussira toujours à trouver ces sujets plus rares, sensibles non seulement à la suggestion, mais au mesmérisme.

Pour ma part, j'en ai connu au moins cinq (et le nombre total des personnes sur lesquelles j'ai pu expérimenter n'est pas très considérable) qui présentaient cette remarquable propriété. J'ai en particulier fait de nombreuses expériences avec deux d'entre eux dans les conditions les plus satisfaisantes au point de vue de la rigueur du contrôle. L'un, G. P..., était un jeune ouvrier électricien dont j'ai parlé dans une communication à la Société d'Hypnologie publiée par la Revue de V Hypnotisme (novembre 1896) *; l'autre, L.V..., était un jeune étudiant en droit et en philosophie dont M. de Rochas a publié dans les Annales des Sciences Psychiques : « Les impressions d'un magnétisé racontées par lui-même. » (Mai-juin 1895.)

J'ai toujours expérimenté avec eux en prenant la précaution de leur bander hermétiquement les yeux et sans prononcer une seule parole ni sans permettre qu'aucun des assistants rompît le silence pendant toute la durée des expériences. De plus, dans la majorité des cas, je les laissais éveillés, ne faisant rien pour modifier l'état de leur cerveau. Je me contentais de leur dire, dès qu'ils arrivaient chez moi : « Ayez la complaisance de vous laisser mettre ce bandeau, asseyez- vous là, et dès que vous croirez ressentir quelque chose, veuillez m'en faire part. » Or dans ces conditions j'ai obtenu les effets les plus variés et les plus précis dans toutes les parties de leur corps en correspondance avec les positions et les mouvements de ma propre main (droite ou gauche) vis-à-vis de ces différentes parties.

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