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pour que tous ces rapports ne trahissent pas une parenté secrète. » Il est vrai que nous ajoutions : « Mais au point où en sont nos connaissances et nos recherches, on ne gagnerait rien et Ton perdrait beaucoup à vouloir les identifier. Ce sont peut-être des effets d'une même cause, mais ces effets, à coup sûr, se produisent dans des conditions et selon des lois différentes. » Seulement cette réserve s'explique par le point de vue essentiellement expérimental où nous nous placions exclusivement dans cette étude.

Or, tout ce qu'on peut dire à ce point de vue, c'est que le mesmérisme — comme le braidisme d'ailleurs — facilite singulièrement la besogne de la suggestion. Il prépare, en quelque sorte, le terrain sur lequel la suggestion pourra ensuite évoluer. Faites de but en blanc une suggestion à un individu, par exemple suggérez-lui qu'il ne peut pas se lever de la chaise sur laquelle il est assis : à moins qu'il n'ait reçu de la nature une suggestibilité excessive, anormale, il vous rira au nez et n'aura pas de peine à vous montrer l'impuissance de votre suggestion ; mais commencez par le soumettre à une action magnétique, par exemple, faites sur lui quelques passes, et malgré son incrédulité et sa résistance, il pourra parfaitement arriver que votre suggestion suffise cette fois pour l'immobiliser.

Il est donc permis de supposer que si certains opérateurs, comme par exemple le Dr Liébault, le professeur Bernheim, etc., réussissent si facilement à suggestionner un si grand nombre de personnes, cela ne tient pas seulement à leur grande habileté, à leur expérience consommée de la technique suggestive, cela tient aussi à ce qu'ils possèdent à leur insu une puissance magnétique exceptionnelle.

Par là s'expliquerait la très grande inégalité opératoire des différents suggestionneurs. En tout cas, nos expériences pei> sonnelles nous ont appris que la puissance magnétique n'était pas également répartie dans tous les individus de l'espèce humaine. Qu'on nous permette d'entrer ici dans quelques détails.

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Soit un sujet vraiment magnétique ou mesmérique, comme Gustave P. ou Laurent V. dont nous avons déjà parlé. Nous le supposons en état de veille, les yeux hermétiquement bandés. Il est convenu entre toutes les personnes présentes que l'on observera le silence le plus absolu pendant toute la durée de la séance : si l'on a quelque réflexion à se communiquer, on le fera par écrit. Dans ces conditions, dix opérateurs, d'âge et de sexe différents, vont successivement présenter leur main, comme je le fais moi-même, vis-à-vis de telle partie du corps du sujet qu'il leur plaît de choisir. On constate que, sur ces dix opérateurs, une certaine fraction produit les mêmes effets d'anesthésie, de contracture, de mouvements attractifs, etc., que je produis moi-même, avec plus ou moins de rapidité, plus ou moins d'intensité, etc., tandis que l'autre fraction ne produit aucun effet appréciable, même après dix, quinze, vingt minutes de présentation. Donc, parmi les assistants, les uns dégagent l'influence magnétique, les autres ne la dégagent pas, et sans que rien ait pu nous le faire savoir a priori. Ces résultats se maintiennent d'ailleurs d'une séance à une autre, c'est-à-dire que l'opérateur qui s'est montré efficace à une séance le sera en général aux séances suivantes, et de même celui qui n'a pas d'abord produit d'effet n'en produira pas davantage ultérieurement.

Mais voici un phénomène bien plus extraordinaire. C'est que l'influence magnétique peut se transmettre, au moins momentanément, de celui qui la possède à celui qui ne la possède pas. Soit par exemple un individu A qui, même après vingt minutes de présentation de la main, n'a produit aucun effet sur un sujet magnétique, lequel a été au contraire influencé en moins d'une minute par un autre individu B . Eh bien ! il suffira que A mette une de ses mains dans la main de B et présente au sujet l'autre main restée libre pour qu'en une minute environ un effet d'anesthésie, de contracture, etc., se produise dans la partie vers laquelle il la présente. Qu'il cesse de tenir la main de B et il redevient inefficace. Toutefois — et j'ai fait moi-même l'expérience avec un philosophe

français universellement connu que je m'honore d'avoir eu pour maître, M. A. F... — si l'individu qui n'agit pas luimême reste assez longtemps en contact avec celui qui possède naturellement l'influence magnétique, il accumule en quelque sorte en lui-même cette influence, et une fois qu'il s'en est sufsamment chargé, il peut, pendant un temps plus ou moins long, opérer seul avec succès.

On comprend combien de telles expériences jetteraient de lumière sur les rapports et les différences de la suggestion et du mesmérisme si elles étaient méthodiquement reproduites et contrôlées par un grand nombre d'observateurs ; mais il faudrait pour cela ne pas se refuser systématiquement à les faire en partant de cette idée préconçue « qu'il n'y a pas de mesmérisme (pas plus que d'hypnotisme) ; qu'il n'y a que de la suggestion » .

Voici maintenant une expérience, que nous n'avons faite, il est vrai, qu'une fois (nous avons répété plus de cent fois les précédentes) et qui tendrait à prouver que le pouvoir de suggestionner efficacement un sujet a pour condition préalable un rapport mesmérique — médiat ou immédiat — entre le suggestionneur et le sujet.

Il me suffisait de présenter la main droite ouverte pendant une demi-minute devant le front de Gustave P. pour le mettre dans un premier état caractérisé par une suggestibilité extraordinaire (état de charme ou de crédulité) , mais où il conservait toutes les apparences extérieures de l'état de veille ordinaire. Dans cet état, si l'un des assistants l'interpellait pour lui suggérer une hallucination, une paralysie, etc., le sujet qui l'entendait parfaitement et se rendait compte du sens de ses paroles n'obéissait nullement à ses suggestions, mais si l'interlocuteur me tenait par la main (le sujet, cela va sans dire, ayant les yeux bandés), aussitôt ses suggestions devenaient aussi efficaces que si je les avais faites directement moimême.

Aussi croyons-nous pouvoir affirmer que dans bien des cas le mesmérisme joue, à l'insu des suggestionneurs eux-mêmes,

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un rôle prépondérant dans la suggestion. En tout cas, la question est assez importante pour qu'elle mérite d'être étudiée — non comme on le fait trop souvent, avec des arguments et des objections purement théoriques — mais avec les seules raisons qui soient vraiment décisives en pareille matière, c'està-dire avec des expériences.

Si Ton veut maintenant, pour satisfaire ce besoin d'explications qui est naturel à l'esprit humain, essayer de comprendre comment la suggestion et le magnétisme animal, qui paraissent à première vue deux agents absolument hétérogènes, peuvent ainsi se suppléer et se conditionner l'un l'autre, on sera conduit à supposer que la suggestion est elle-même une transformation du magnétisme, un cas d' « auto-mesmérisme spontané ou provoqué » .

11 est peut-être curieux de remarquer que l'hypothèse que nous venons d'énoncer, un contemporain de Mesmer, l'auteur des Doutes d'un provincial, proposés à MM. les Médecins commissaires chargés par le roi de l'examen du magnétisme animal (Paris, 1784) l'avait déjà proposée comme rattachant à un même principe les effets de l'imagination, seuls admis par les commissaires, et ceux du magnétisme animal. On nous pardonnera de citer ici quelques passages de cet écrit trop peu connu.

« Le fluide tant annoncé par M. Mesmer, ce fluide dont vous niez l'existence et l'utilité et que son apôtre regarde comme le ministre de toutes les fonctions vitales de l'homme, ne serait-il point aussi celui detoutes les fonctions intellectuelles ? Le ministre de la sensation, delà mémoire, de l'imagination enfin ? Et si l'imagination était elle-même l'un des phénomènes de cet agent, qu'auriez-vous fait, messieurs, en rapportant à la seule imagination tous les effets du magnétisme animal ? Vous auriez cru détruire partout la cause du magnétisme dans le temps que vous le faisiez agir très fortement dans un autre endroit : vous auriez conclu que cette cause n'existe pas parce que vous-mêmes la faisiez exister ailleurs ; enfin vous auriez prouvé qu'il n'y a point de magnétisme animal, à peu près comme je prouverais à un homme vigoureux qu'il n'a point de bras en le faisant garrotter d'importance.

« Quand vous avez voulu prouver que cette action réciproque appelée magnétisme animal était une chimère, vous avez tâché d'ébranler V imagination d'une personne sensible et vous avez aussitôt produit en elles quelques effets de magnétisme animal et puis vous avez conclu. Mais, de grâce, qu'est-ce qu'ébranler l'imagination? Pour moi j'entends par là qu'on détermine alors cette puissance

intérieure et inconnue que nous appelons l'âme à faire tout d'un coupaffluerdanslecerveauetducerveaudans quelque autre partie du corps, une plus grande abondance de ce fluide que vous appelez esprit animaux et M. Mesmer, fluide animalisé ; or l'afïïuence subite d'une plus grande quantité de ce fluide actif dans une certaine partie du corps peut produire sans doute une sensation très marquée, très vive, et même dangereuse : qui vous nie que l'âme n'ait sur le corps cet étonnant pouvoir ?

«Maisenconclurez-vous que, par une loi digne de la bienfaisance de la nature, un homme en touchant ou seulement en approchant son semblable d'une manière fort simple, n'ait aussi le pouvoir de produire dans certaines parties de son corps l'affluence d'une certaine quantité de ce fluide?

« Vous vous y êtes pris d'une autre manière et toujours en frappant l'imagination. Quand vous avez mis, en grand appareil, un bandeau sur les yeux de quelque sujet bien sensible, tout en le magnétisant réellement, vous l'assuriez qu'on ne le magnétisait pas; ou vous le distrayiez de toute idée de magnétisme par quelque conversation animée et ménagée avec art : qu'arrivait-il de là ? Vous faisiez affluer les esprits et le fluide intérieur de la pensée vers la partie du corps où se portait l'attention et l'imagination : et pour lors le plus vigoureux magnétiseur restait sans pouvoir et ne paraissait rien opérer, et cela devait être. Le fluide dont l'action produit le magnétisme animal était fortement excité par vous-mêmes à produire le phénomène de l'imagination; pouvait-il produire ces deux grands effets à la fois?

« 11 est donc vrai que dans votre fameuse objection de l'imagination vous n'avez vraisemblablement fait autre chose qu'opposer l'agent de M. Mesmer à lui-même, et que vous ne l'avez pas plus détruit que vous ne vous seriez insulté en vous appliquant bien fort sur la joue un soufflet de votre propre main ; ce qui prouverait seulement que vous avez une joue et une main et que tout cela est bien à vous. De même que l'agent de M. Mesmer produit l'imagination, il produit aussi le magnétisme animal : ces deux phénomènes appartiennent à cet agent, et quand l'un des deux combat l'autre, c'est la main qui frappe la joue. »

Sans attacher plus d'importance qu'il ne faut à une hypothèse qui ne nous paraît pas — du moins jusqu'à plus ample informé — susceptible d'une vérification expérimentale, on peut admettre que l'agent qui anime nos nerfs et qui conduit au cerveau les impressions sensitives en même temps qu'il conduit à la périphérie les impulsions motrices est aussi celui qui, s'extériorisant hors du système nerveux, sert de véhicule et d'instrument à l'influence magnétique exercée par un indi-

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vidu sur un autre. Dès lors, l'action par laquelle mon cerveau remue mon bras est au fond de nature identique à l'action par laquelle il remuerait le bras d'une autre personne. Mais la suggestion, du moins telle que la comprend Fécole de Nancy, n'est qu'une forme particulière de l'action du cerveau et du système nerveux sur le reste de l'organisme. Elle ne diffère donc pas essentiellement du magnétisme.

Seulement il semble que dans tous ces phénomènes plus ou moins extraordinaires, exceptionnels, la force inconnue qui en est l'agent — qu'on l'appelle force nerveuse ou force neurique — se manifeste dans des conditions de diffusibilité et de conductibilité tout à fait particulières. Chez les individus normaux, dans l'état normal, la force qui anime le système suit pour ainsi dire des voies constantes et préordonnées, et si quelque cause externe ou interne tend à troubler son équilibre, elle réagit immédiatement de façon à le rétablir. En outre, elle reçoit sans doute le rayonnement des systèmes nerveux étrangers, mais elle le neutralise en quelque sorte au fur et à mesure qu'elle le reçoit, de sorte que tout se passe en apparence comme si elle ne le recevait pas. Au contraire, toutes les fois que les phénomènes de suggestion et de magnétisme deviennent possibles, on dirait d'une part, que cette force a acquis la propriété de se mobiliser avec une extrême rapidité dans toutes les parties de l'organisme, si bien que sous l'action de l'imagination ou de la volonté, ou bien sous l'effet de certaines manœuvres et influences physiques, elle se porte et s'accumule instantanément en certain points, abandonnant et évacuant en même temps certains autres; d'autre part, qu'elle a cessé d'être impénétrable ou du moins indifférente à la force de même nature que lui envoie un autre système nerveux, et qu'elle se laisse désormais influencer par elle, comme si l'une et l'autre appartenaient à un même individu et étaient régies par une conscience unique.

En résumé, la condition commune de tous ces phénomènes paraît être une sorte de plasticité anormale de la force nerveuse, qui se trouve ainsi capable de subir docilement toutes

les impressions qui lui viennent soit du dedans, et c'est alors la suggestion ordinaire ou pour mieux dire l'auto-suggestion, soit du dehors, et c'est alors le mesmérisme, soit simple, soit compliqué de télépathie improprement nommée suggestion mentale.

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