CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA TÉLÉPSYGHIE
qu'il ne l'avait jamais vue. «Donnez-moi la main, lui dis-je », et aussitôt qui me l'eût donnée : « Je pense le nom de cette personne : Quel est-il? » Presque immédiatement, sur un ton interrogatif : « Monsieur S. L...? » C'était exact, Je dois direqnele nomde cette personne est très connu dans la ville où nous habitons, bien qu'elle n'y fasse que des séjours intermittents.
2° Je mets entre les mains de Lud. S... une photographie en le priant de nie la décrire. Il le fait très exactement : « C'est une jeune dame ou demoiselle qui a dû être photographiée dans un jardin, car il y a derrière elle un treillage comme on en voit sur les murs des jardins. » — « Savez-vous son prénom ?» — « Pas du tout. » — « Donnez-moi la main ; je vais vous le dire mentalement.» Presque aussitôt, sur le même ton interrogatif : « Jeanne?»
— Bien deviné.
3° Je mets entre les mains de Lud. S..., toujours dans les mêmes conditions, une photographie d'assez grand format. « C'est, me dit-il après l'avoir explorée, un groupe de trois jeunes enfants. »
— « Les connaissez-vous? » — « Non. » — « Faites bien attention. »
— « Ah ! oui, ce sont vos enfants, mais beaucoup plus jeunes. »
— « Décrivez-les-moi. » — « A gauche, celui-là, qui a huit ans, est votre fils aîné ; à droite, ce petit garçon de six ans est votre second fils; au milieu une petite fille de quatre ou cinq ans que je ne connais pas. » — « Pourquoi dites-vous que c'est une petite fille ?» — « Parce qu'il a les cheveux longs. » — « Vous vous trompez, c'est un petit garçon. » — « Ah ! oui. » — Où est-il maintenant ? » — « Il est mort. » — « Comment s'appelait-il ? » — « Et en lui posant cette question, je lui prends la main. Il me répond aussitôt sans aucune autre indication : « Pierre. » La réponse est exacte.
4° La dernière observation s'est produite dans des circonstances un peu plus complexes. Je venais à peine d'endormir Lud. S... et de lui bander les yeux quand on frappe à la porte de mon cabinet. On m'informe que quelqu'un que j'attends est arrivé : il s'agit de mon médecin qui est déjà monté à l'étage supérieur. « Je suis obligé de vous laisser un moment, dis-je alors au sujet. Tenez, voici une revue : il y a là un article qui vous intéressera ; vous pourrez le lire en m'attendant. « Lud. S... prend la revue et commence à lire l'article en passant ses doigts sur les lignes. Je vais alors retrouver le Dr D... que j'ai appelé pour un de mes enfants indisposé. Une fois sa consultation faite, je lui demande s'il veut voir quelque chose de curieux, et sur sa réponse affirmative je l'introduis dans mon cabinet. Nous y trouvons le sujet en train de lire par le bout des doigts. J'interpelle Lud. S... « Eh bien! cet article vous semble-t-il intéressant ?» — Oui, Monsieur. » — « De quoi parle-t-il? » Docilement il commence à m'en faire le résumé. Je l'interromps pour lui demander d'en lire à haute voix les premières lignes et il obéit aussitôt. Me tournant alors vers le Dr D..., qui paraît plutôt étonné de ce spectacle,
270 LES PHÉNOMÈNES MAGNÉTOÏDES
p lui fais signe d'adresser la parole à Lud. S.,. Mais celui-ci ne bronche pas plus que s'il était sourd : il présente en effet, comme nous l'avons dit plus haut, le phénomène du rapport magnétique. De nouveau, sur un signe de moi, le docteur l'interpelle, mais sans plus de succès. Tout à coup, je touche le docteur pendant qu'il parle. Le sujet sursaute, comme pris de terreur : « Qui est là ? Qui me parle? Nous ne sommes donc pas seuls? »— • « Rassurez-vous, lui dis-je ; c'est un de mes amis qui est entré avec moi sans que vous y fassiez attention. » — « Ah! il peut se vanter dem'avoir faitune jolie peur. » — « Le connaissez-vous?» — « Ma foi non. » — « Prenez-moi la main ; je vais penser son nom. » — « Est-ce que ce n'est pas M. Bianchon ?» — Après un moment de réflexion, je reconnais le nom défiguré d'une personne qu'il a vue précédemment dans mon cabinet et que j'ai fait assister à quelques-unes de mes expériences. « Non, lui -dis-je ; n'essayez pas de deviner; écoutez plutôt ce que je pense. » — « Je ne distingue pas bien : il me semble que j'entends : Ort. ort, ort. » — « Ecoutez bien ; je vais penser l'une après l'autre les deux syllabes du nom : voici la première... Voici la seconde. Eh bien ? » — « Je ne suis pas sûr de bien entendre. » — « Mais enfin, qu'entendez-vous ? » — « Il me semble que la première syllabe est : Du et la seconde : sort. Est-ce que c'est cela? » — « Mais oui, c'est en effet le Dr Dussort1. »
Tels sont les principaux faits de transmission de pensée, ou comme on dit quelquefois de suggestion mentale, que nous avons observés avec Lud. S..., et dont le nombre se serait sans doute augmenté si nous avions pu avoir ce sujet plus souvent ou plus longtemps à notre disposition. Ils suffisent sans doute à montrer, ainsi que les autres faits télépsychiques précédemment étudiés, la radicale insuifisance des explications fondées sur la seule suggestion dans tout cet ordre de phénomènes et la nécessité d'admettre, à un degré ou sous une forme quelconques, l'existence d'une force plus ou moins analogue aux forces physiques rayonnantes, qui serve d'intermédiaire entre les systèmes nerveux des êtres humains.
1. Il va sans dire que, pour des raisons faciles à comprendre, nous avons modifié les noms, mais notre récit reste rigoureusement conforme à la réalité.