‹ La psychologie inconnueChapitre 87 sur 91 · Voir chap. vu · texte numérisé non relu

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triques d'appartement ; je tins une des extrémités dénudées du fil dans ma main droite et m'éloignai le plus possible du sujet, mon collègue lui présenta l'autre extrémité, après l'avoir enroulée autour d'une règle de bois qu'il tenait à la main, et nous vîmes la pointe produire le même effet qu'eût produit ma main droite présentée à la même distance, c'est-à-dire attirer la partie du sujet qu'elle visait. Je remplaçai la main droite par la gauche : le fil de cuivre transmit fidèlement l'influence picotante comme il avait transmis l'influence attractive. Je greffai sur le fil unique présenté au sujet un second fil de manière à agir simultanément avec les deux mains, et le fil unique conduisit sans les confondre les deux actions réunies, ce que le sujet appelait le gâchis. »

L'année suivante, je repris ces mêmes expériences avec un jeune étudiant en droit et en philosophie, Laurent Y..., qui voulut bien s'y soumettre pendant quelques mois, par pur dévoùment scientifique, avec une conscience et une patience vraiment admirables4.

Il venait chez moi deux fois par semaine, accompagné de deux de ses camarades, l'un,B..., élève de l'Ecole Normale Supérieure, agrégé de philosophie, l'autre, G..., alors candidat à l'École Normale Supérieure, aujourd'hui élève de cette école dans la section des sciences. B... me servaitde secrétaire, G... faisait l'office d'aide. Contrairement à ce que j'avais observé dans mes expériences antérieures avec Gustave P.. je ne remarquai aucune différence entre l'action de ma main droite et celle de ma main gauche ; l'une et l'autre produisaient les mêmes effets d'anesthésie et de contracture. 11 n'y avait attraction des parties visées, par exemple de la main ou du pied, du bras ou de la jambe que lorsque la main de l'opérateur, après être restée quelque temps immobile en face d'une de ces parties, exécutait elle-même le mouvement qui se trouvaitalors reproduit d'une façon presque synchronique. Cependant, si je tenais dans ma main le bout d'un fil de cuivre ou de fer et que l'autre bout fût présenté par C... au moyen d'une baguette de verre autour duquel le fil était enroulé, l'influence de la main était conduite par le fil et produisait, non sans quelque retard, les mêmes effets. Je pouvais même ainsi obtenir des anesthésies extrêmement restreintes, nettement localisées sur une étendue de quelques millimètres exactement sous-jacente à la pointe du fil métallique. En enroulant autour des cinq doigts de ma main des fils de cuivre dont les cinq pointes étaient ensuite dirigées vers la peau du sujet, il semblait que l'action fût consi-

1. Ce sont ces expériences dont j'ai résumé les résultats dans la note publiée par les Annales des Sciences psychiques, sous le titre « Une nouvelle méthode d'expérimentation pour vérifier l'action nerveuse à distance », et auxquelles l'Année psychologique de M. Binet, rendant compte de cette note, regrette que je n'aie pas fait assister pour les contrôler un prestidigitateur de profession. Voir plus haut, chap. vin.

dérablement intensifiée, au point que le sujet fit un brusque mouvement de recul en accusant la sensation de cinq griffes brûlantes qui se seraient enfoncées dans sa peau. — (Est-ilbesoin de répéter que le sujet avait les yeux étroitement bandés, que le plus profond silence était observé par B..., par G..., et par moi, qui ne communiquions entre nous qu'en écrivant sur des ardoises, et que tous les petits appareils employés, fils électriques, solenoïdes de cuivre, etc., soigneusement cachés avant l'arrivée du sujet, n'étaientmis au jour qu'après qu'on l'avait rendu incapable de rien voir ?) — Un fil de cuivre enroulé en solénoïde autour de mon bras, du poignet au coude, sur lequel j'adaptai un autre fîl de cuivre dont je présentai la pointe au sujet, eut la même action que s'il avait été tenu dans ma main ou enroulé autour de mon doigt.

Tous se passait donc dans ces expériences comme si la force psychique de l'opérateur, émanant vraisemblablement de toutes les parties de son corps, quoique sans doute en plus grande quantité de ses doigts, pouvait être recueillie et conduite à distance par un intermédiaire matériel, tel qu'un fîl de cuivre ou de fer.

Des expériences analogues, beaucoup plus nombreuses, beaucoup plus compliquées, ont été publiées par le Dr Baréty dans son livre Le Magnétisme animal. C'est ainsi qu'en tenant à la main trois aiguilles à tricoter disposées en triangle équilatéral au travers d'une lentille biconvexe, le docteur déclare avoir produit chez son sujet trois sensations de piqûres qui se confondaient en une seule quand la main du sujet, la lentille et les aiguilles étaient aux distances convenables. Le D1' Baréty prétend même avoir mesuré la vitesse de conduction des rayons magnétiques ; transmis le long d'une ficelle de chanvre, ils parcourraient, selon lui, environ un mètre par seconde. — La publication de résultats si intéressants n'a pas réussi cependant à vaincre l'indifférence dédaigneuse ou hostile du monde savant, peut-être parce qu'il n'apparaît pas assez dans le livre du Magnétisme animal que l'expérimentateur ait compris l'importance capitale de la méthode dans cet ordre de recherches et qu'il se soit systématiquement appliqué à exclure de ses expériences jusqu'à la possibilité de la simulation et de la suggestion.

Dans un livre plus récent, V Hynotisme scientifique , le D'Crocq fils, de Bruxelles, relate des expériences (p. 302-303)

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où il semble bien s'être trouvé en présence du phénomène de la conduction psychique, mais profondément imbu des idées suggestionnistes de l'école de Nancy, il n'a pas voulu le voir et ne Ta pas vu. Il s'agit d'un sujet endormi chez lequel l'approche de l'aimant déterminait un phénomène de transfert.

« Je lève le bras droit du sujet : ce bras reste immobile, dans la position que je lui ai donnée : j'approche un aimant sans rien dire * de son bras gauche ; au bout de quelques secondes, le bras droit s'abaisse insensiblement, le gauche s'élève et prend la position de l'autre. Je recommence cette expérience, elle réussit toujours : je la fais aux membres inférieurs ; même résultat; je place l'aimant derrière la tète du sujet ; ses bras s'élèvent, d'abord le droit, puis le gauche. On pourrait croire que le sujet se guide sur ma présence d'un côté ou de l'autre de son corps et qu'il sait encore de quel côté j'approche l'aimant, bien que ses yeux soient bandés. 11 n'en est rien. Vous voyez, Messieurs, que je viens de prier par signe M., R., K.., d'approcher raimantpendantqueje parlais à dessein du côté opposé : le transfert s'est produit. M. G... pense qu'il pourrait y avoir suggestion mentale : je me place loin du sujet, je lui tourne le dos, je ne sais ce qu'il doit faire, et le transfert réussit encore. Tout ceci semblerait indiquerl'existence réelle de l'action de l'aimant sur les sujets endormis ; mais si j'approche mes poings au lieu d'approcher l'aimant, les mêmes phénomènes se produisent derechef !

c< On pourrait m 'objecter que si Gharcot, Luys, etc., attribuent au fluide magnétique certaines actions sur le somnambulisme, Luys, de Rochas, etc., croient que l'homme est chargé d'un fluide analogue et par conséquent, quand j'approche mes poings, le fluide qui s'en dégage peut agir semblablement sur le somnambulisme. Malheureusement, si j'approche ma canne au lieu d'approcher l'aimant ou mes poings, le transfert se fait encore : je puis approcher un objet quelconque, toujours le phénomène se réalise, Il faudrait donc admettre que tous (?) les corps sont bons conducteurs du fluide humain et que ce fluide humain est analogue au fluide de l'aimant.

« Je ne crois pas pouvoir accepter une telle théorie et je préfère conclure de ces expériences une chose bien simple : c'est que

\. Les mots sont soulignés dans le texte. Il semble qu'il y ait là une contradiction : car ce passage reproduit une démonstration faite par le Dr Crocq devant d'autres médecins : dès lors, au moment même où il prétend expérimenter sans rien dire, il dit en réalilé quelle expérience il va faire, et informe par avanee son sujet, en même temps que les assistants, de ce qui va se passer

mon sujet sent lorsqu'on approche un objet quelconque de son corps, qu'il est hyperesthésié, qu'il possède en somme une sensibilité très grande, une espèce de pseudo-extériorisation de sa sensibilité l. »

Mais le mode de conduction de la force psychique qui nous paraît le plus intéressant au point de vue des applications à en tirer pour de nouveaux procédés de recherche expérimentale, c'est celui qui s'opère par l'intermédiaire du corps humain.

Tous les hommes possèdent-ils la faculté de rayonner la force psychique ? — A priori, il paraît vraisemblable que oui; mais, si nous consultons l'expérience, elle nous répondra que, chez certains individus, ce rayonnement est si faible qu'il ne se manifeste en tout cas par aucun effet sensible. Nous avons bien des fois constaté ce fait avec Laurent V., ainsi que nous F avons raconté ailleurs2 .

« Dans ces conditions (celles que prescrit notre méthode : sujet éveillé, les yeux hermétiquement bandés, assistants absolument silencieux), dix ou un nombre quelconque d'opérateurs d'âge et de sexe différents, vont successivement présenter leur main, comme je le fais moi-même, vis-à-vis de telle partie du corps du sujet qu'il leur plaît de choisir. On constate que sur ces dix opérateurs, une certaine fraction produit les mêmes effets d'anesthésie, de contracture, de mouvements attractifs, etc., quejeproduis moi-même, avec plus ou moins de rapidité, plus ou moins d'intensité, etc ; tandis que l'autre fraction ne produit aucun effet appréciable, même après dix, quinze, vingt minutes de présentation. Donc, parmi les assistants, les uns dégagent l'influence magnétique, les autres ne la dégagent pas, et sans que rien ait pu nous le faire savoir a priori. Les résultats se maintiennent d'ailleurs d'une séance à une autre, c'est-à-dire que l'opérateur

\. C'est nous qui mettons les italiques et le point d'interrogation. L'auteur reconnaît d'ailleurs que son sujet est anesthésique, puisqu'on peut le | piquer, le brûler, etc., sans produire de réaction, mais il prétend que cette anesthésie générale n'empêche pas en même temps son hypereslhésie spéciale. — Nous avons tenu à reproduire toutce passage, parce qu'il donne un exemple typique de la manière dont expérimentent et argumentent les partisans exclusifs de la suggestion.

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