Voir chap. ix
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qui s'est montré efficace à une séance le sera en général aux autres séances suivantes, et de même celui qui n'a pas d'abord produit d'effet n'en produira pas ultérieurement.
« C'est ainsi que des deux camarades de Laurent qui l'accompagnaient chez moi, l'un, B... s'est révélé actif dès la première séance et Test resté jusqu'à la fin ; l'autre, G... n'a jamais produit aucun effet, du moins toutes les fois où ilne se mettait pas en contact soit avec B.., soit avec moi. En effet l'influence magnétique peut se transmettre momentanément de celui qui la possède à celui qui ne la possède pas. Soit par exemple un individu A qui même après vingt minutes de présentation de la main n'a produit aucun effet sur un sujet magnétique, lequel a été au contraire influencé en moins d'une minute par un autre individu B. Eh bien ! il suffira que A mette une de ses mains dans celles de B et présente au sujet l'autre main restée libre pour qu'en une minute environ un effet d'anesthésie, de contracture, etc., se produise dans la partie vers laquelle il la présente. Qu'il cesse de tenir la main de B, et il redeviendra inefficace1. »
Nous avons souvent observé, quoique dans des conditions moins rigoureuses, le même phénomène de conduction dans certaines expériences où nous employions le procédé du D1 Moutin, qu'il a décrit dans sa thèse sous le nom du « Diagnostic de la Suggestibilité'2. » Ce procédé consiste, on le sait, à appliquer sur les omoplates d'une personne les mains largement ouvertes, les pouces se rejoignant sur un nœud de la colonne vertébrale. Il arrive très souvent, quand on expérimente avec une personne sensible à la force psychique, qu'on l'attire avec force au point qu'elle en perd l'équilibre ou qu'elle est forcée de marcher à reculons. L'attraction peut même être sentie sans contact à cinq ou six mètres de distance. Mais ce qui est plus significatif, c'est qu'elle peut s'exercer sur un
1. Nous ajoutons : « Toutefois, — et j'ai fait moi-même l'expérience avec un philosophe français universellement connu que je m'honore d'avoir eu pour maître, M. A. F., — si l'individu qui n'agit pas reste assez longtemps en contact avec celui qui possède naturellement l'influence magnétique, il accumule, en quelque sorte, en lui-même cette influence, et une fois qu'il s'en est suffisamment chargé, il peut pendant un temps plus ou moins long opérer avec succès. » Ainsi la force psychique serait non seulement conductible, mais encore accumulante : telle est la conclusion qui semble ressortir de cette expérience faite avec Laurent pour sujet et dont l'idée revient d'ailleurs tout entière à M. A. F.
2. Le Diagnostic delà Suggestibilité, par le Dr Moutin. Paris, 189-3.
sujet au travers d'un individu qui lui-même ne la ressent pas. Ainsi il m'est arrivé plusieurs fois, chaque fois que je l'ai essayé, d'attirer un de mes amis, le Dr S., très sensible au procédé de Moutin, au travers du corps d'une autre personne absolument insensible et incrédule, celle-ci le touchant à peine sur les épaules tout en présentant son dos à l'application de mes mains.
On retrouvera la même conductibilité des effets attractifs de la force psychique dans l'expérience si extraordinaire et presque incroyable dont j'ai fait le récit dans un précédent chapitre1.
Il s'agit, on s'en souvient, d'un jeune homme des Pyrénées, âgé de quinze ans, Jean M., que j'ai eu pour domestique pendant six mois et dont la sensibilité hypnotique ou magnétique était extrême. On nous excusera de reproduire en partie ce récit.
« Un dimanche après-midi de janvier 1893, rentrant chez moi vers trois heures, après une courte absence, j'appris que Jean, ayant achevé son service, et se sentant fatigué, était allé se coucher. Sans entrer dans sa chambre dont la porte était entr'ouverte, je restai sur le palier à le regarder dormir. Il s'était étendu sur son lit, tout habillé, la tète dans l'angle opposé à la porte, les bras croisés sur la poitrine, les jambes posées l'une sur l'autre, les pieds pendant légèrement hors du lit... J'eus l'idée de faire une expérience. Toujours debout sur le palier, à une distance d'environ trois mètres, j'étendis ma main droite dans la direction et à la hauteur de ses pieds. Après une ou deux minutes (probablement moins, quelques secondes), je levai lentement la main, et à ma profonde stupéfaction, je vis les pieds du dormeur se soulever et suivre en l'air le mouvement ascensionnel de ma main. Trois fois je recommençai l'expérience, trois fois le phénomène se reproduisit avec la régularité et la précision d'un phénomène physique. Emerveillé, j'allai chercher Mmo B... en lui recommandant de faire le moins de bruit possible. Le dormeur n'avait pas bougé. De nouveau, à deux ou trois reprises, ses pieds parurent attirés par ma main... Mmo B... me prit la main gauche et, de la main restée libre, fit comme j'avais fait moi-même ; elle réussit comme moi ; mais dès qu'elle cessa de me toucher, elle n'exerça plus aucune action. »