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Bonne. — Psychologie inconnue. 22

338 ESSAI DE GENERALISATION

Nous venons de voir comment les effets physiques et physiologiques les plus simples, les plus grossiers de la force psychique, anesthésie, contracture, mouvements attractifs etc. , peuvent se transmettre par conduction ; des effets plus complexes, plus délicats, où l'élément psychologique intervient, obéissent, nous allons le voir, à la même loi.

Dirigée sur le cerveau d'un sujet, la force psychique y détermine, d'abord, d'une manière générale, une sorte d'exaltation de la suggestibilité, puis, si son action est suffisamment intense et prolongée, ces états particuliers que Gharcot a le premier nettement distingués sous le nom de catalepsie, léthargie et somnambulisme.

Or « il me suffisait de présenter la main droite ouverte pendant une demi-minute devant le front de Gustave P., pour le mettre dans un premier état caractérisé par une suggestibilité extraordinaire (état de charme ou de crédulité), mais où il conservait toutes les apparences extérieures de l'état de veille ordinaire. Dans cet état, si l'un des assistants l'interpellait pour lui suggérer une hallucination, une paralysie, etc., le sujet qui l'entendait parfaitement et se rendait compte du sens de ses paroles n'obéissait nullement à ses suggestions mais si l'interlocuteur me tenait par la main (le sujet, cela va sans dire, ayant les yeux bandés) , aussitôt ses suggestions devenaient aussi efficaces que si je les avais faites directement moi-même i ». Ainsi le pouvoir de suggestionner un sujet peut se transmettre par conduction d'un individu à un autre.

Je n'ai pas fait d'expérience sur la léthargie et la catalepsie au point de vue de la conductibilité ; mais le somnambulisme m'a donné l'occasion de constater un certain nombre de faits très curieux.

Pour mettre Gustave P. en somnambulisme, il me suffisait Ou 1. Voir chap. ix.

de lui présenter la main droite devant le front pendant un certain temps, ou de lui faire un certain nombre de passes du vertex à l'épigastre. Une fois endormi, il n'était plus, sauf de très rares exceptions, en rapport qu'avec moi-même. Si une autre personne lui adressait la parole, il ne paraissait pas l'entendre ; en tous cas, il ne lui répondait pas ; seul, je semblais être en communication avec lui, et cela sans que je lui eusse fait aucune suggestion à ce sujet. Cependant, une autre personne pouvait se mettre en rapport avec lui en lui prenant la main, ou, ce qui est plus extraordinaire et nous ramène aux phénomènes de conduction, en me prenant la main à moi-même.

Dans certaines séances, le phénomène se produisait avec une régularité, une précision merveilleuse, le sujet, cela va sans dire, ayantles yeux étroitement bandés, et les assistants prenanttoutes leurs précautions pour qu'il ne put être renseigné par aucun indice sur ce qui se passait autour de lui. Par exemple, un de mes bras était étendu à demeure sur une table auprès de laquelle se tenait l'interlocuteur : chaque fois que celui-ci appuyait un de ses doigts sur ma main, le sujet l'entendait et lui répondait; dès que le contact cessait, fût-ce au milieu d'une phrase, le sujet montrait spontanément par ses questions, son silence ou son attitude qu'il avait cessé d'entendre. Pour donner encore plus de rigueur à l'expérience (tout en combinant la conductibilité matérielle avec la conductibilité vivante), je plantai deux clous aux deux extrémités d'une table et je les reliai par un fil de cuivre isolé dont les deux bouts dénudés pendaient de part et d'autre. J'étais assis à l'une des extrémités de la table et tenais l'un des bouts dans ma main ; les assistants étaient assis à l'autre extrémité, et chacun d'eux touchait du doigt l'autre bout ou suspendait le contact à sa volonté. C'est dans ces conditions que nous constations l'établissement ou la suppression instantanés du rapport entre le sujet et tel ou tel des assistants qui touchait ou cessait de toucher le bout du fil.

« Dans certaines autres séances, il se produisait des variations que je ne parvenais pas à m'expliquer. Par exemple, il fallait, parfois, pour que le rapport s'établit entre un des assistants et le sujet, que je prisse moi-même contact, soit immédiatement, soit médiatement avec l'un et l'autre à la fois. Tel fut sans doute le cas dans une séance à laquelle assista M. Ed. Gasc-Desfossés et qu'il raconte ainsi dans son livre du Magnétisme animal1. »

« M. B..., ayant mis son sujet Gustave P... dans l'état de somnambulisme, cause avec lui; le sujet n'est en rapport qu'avec lui seul et a les yeux bandés avec un double bandeau noir très épais qui couvre la moitié de sa figure et l'empêche de voir quoi que ce soit autour de lui. M.B. touche alors d'une de ses mains une partie quelconque du corps du sujet pour entrer en contact physique avec

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