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LES CONFORMATIONS

Il existe, à côté du point, de la ligne et de la figure, d'autres harmonies de la forme. Nous les comprenons sous le nom de conformations parce qu'elles naissent de la combinaison des précédentes. Les conformations font vivre les formes par la variabilité qu'elles leur imposent de la même façon que nous verrons plus tard les nuances, de leurs variations incessantes, faire vivre les teintes. Elles pourraient être appelées par analogie les nuances de la forme.

Les conformations donnent naissance à deux phénomènes harmoniques essentiels : le relief et la symétrie.

Le relief.

Nous appliquons ce terme d'une façon toute générale pour désigner la notion harmonique qui nous fait reconnaître la position respective des points de Tespace dans la direction de la profondeur. Deux sortes de relations y sont employées ; celles de la perspective monoculaire et de la perspective binoculaire.

Perspective monoculaire, — Les objets apparaissent à nos yeux sur un fond commun : l'hémisphère iniini de notre champ visuel, qui, en réalité, nous apparaît comme un plan, le plan de projection. Chaque point de Tespace y est représenté par le lieu où vient tomber le prolongement de la ligne qui joint notre œil à ce point. On juge de la position des objets dans l'espace par leur relation dans le plan de projection ; cela s'appelle la perspective ou vue de Tespace (proprement : vue à travers, de per, au travers, et spicef^Cy voir).

La position relative des points de l'espace dans le pian de projection peut être établie par rapport au point tixé, ou^ comme l'on dit dans la langue technique du desaîo, le point de vue.

On fixe, par exemple, l'horizon droit devant soi. Alors toutes les lignes verticales dans la nature sont projetées verticalement, de même la ligne de l'horizon et toutes les lignes qui lui sont parallèles sont projetées horizontalement; toutes les lignes normales au plan de projection convergent au point de vue; toutes les parallèles montantes convergent au-dessus de ce point ; toutes les parallèles descendantes convergent au-dessous, etc., etc.

Si, maintenant, au lieu de fixer l'horizon droit devant soi, on fixe un autre point quelconque de l'espace,, par

exemple le ciel, pour y dessiner le plafond d'un édifice, alors toutes ces lignes et tous ces points sont en relations nouvelles avec le nouveau point de vue et par conséquent aussi entre elles.

La perspective comprend non seulement les relations de chaque point avec le point de vue, mais aussi les changements de relation des points et des lignes qui accompagnent les incessants déplacements du regard. Par elle, des lignes verticales deviennent obliques, des montantes deviennent descendantes ; les courbes elles-mêmes s'infléchissent de mille façons, donnant lieu à des harmonies sans cesse renouvelées, dont le dédale est un jeu pour nous qui savons en déduire à chaque instant les relations efiFeclives de l'espace.

Perspective binoculaire. — On connaît le stéréoscope, cet instrument d'optique qui fait voir aux deux yeux simultanément des images quelque peu différentes du même objet > des photographies surtout^ que Ton a prises en plaçant l'appareil dans deux positions un peu écartées Tune de Tautre. Ces images donnent, à s'y méprendre, la sensation du relief.

Les conditions de cette expérience sont réalisées par la nature de la façon suivante. Etant écartés Tun de Tautre, les deux yeux ont nécessairement chacun leur champ visuel, dont la perspective diffère un peu de celle de son congénère. De la combinaison des deux, il naît une harmonie particulière, la perspective binoculaire, qui est par excellence la sensation du relief, et il en est naturellement de même qu'il s'agisse d'objets creux ou d'objets saillants. L'harmonie binoculaire du relief est une combinaison des perspectives propres à chacun des champs visuels monoculaires.

Quelques développements sont ici à leur place; ils doi-

LES GAMMES DE LÀ COULEUR. â5

Tent nous amener à définir ce que Ton entend par l*horoptère. ,

Le point et la ligne appartiennent aussi bleu à la vision par les deux yeux unis qu'à la vision monoculaire. C'est donc qu'il est des liaisons entre les sensations de cet ordre propres à. chaque œil : des harmonies supérieures binoculaires nées de la relation entre les harmonies monoculaires.

On appelle points correspondants ou points identiques des deux rétines les points harmoniques des deux champs, ceux dont l'impression simultanée donne lieu i une sensation simple. Ce sont tous les points qui se confondent lorsque les deux champs sont superposés par leur centre de fixation.

On démontre par les procédés de l'optique physiologique qu'il n'y a pas concordance absolue entre la position des moitiés du champ visuel et celle des moitiés des rétines : la verticale médiane du champ visuel correspondrait dans la rétine à une ligne légèrement inclinée en haut et en dehors, et le point de convergence de ces deux lignes serait situé, l'homme étant debout, à la hauteur du sol.

Les points vus simples par les deux yeux unis représentent dans l'espace un ensemble qui est « Thoroptère » (5poç, limite; îxnfîp, qui voit : limites des points vus simples).

La symétrie.

Il existe entre les parties d'un même complexe harmonique de forme des relations communes ou, en d'autres termes, une commune mesure qui est l'élément de ce que l'on appelle la symétrie.

Réflexes de symétrie. — Les rapports de symétrie s'appellent les uns les autres.

Ayant, par exemple, dessiné une partie quelconque d'édifice, le reste naît pour ainsi dire sous la pointe du dessinateur. Ou bien ayant dessiné le plan d'une construction, et voulant y introduire un détail nouveau, la nécessité s'impose au dessinateur d'obéir à la symétrie générale et au besoin d'en parfaire l'harmonie par l'introduction de détails siinilaires ou de moyens termes. C'est une nécessité de notre propre pensée. Les archéologues en fournissent la preuve lorsqu'ils ne craignent pas de reconstituer des édifices entiers d'après les données rudiment aires que leur apporte la découverte d'une seule partie.

Voici encore un dessin dont la symétrie tout incomplète n'est qu'indiquée; notre pensée y supplée complètement et d'une façon parfaite, mieux que, souvent, ne saurait le faire le dessinateur. G*est ainsi que l'on voit souvent dans les peintures une ligne indiquée par quelques fragments ne paraître nullement interrompue.

La symétrie exerce donc une influence évidente et très particulière sur les sensations harmoniques de la forme, elle les infléchit à sa guise et les soumet à sa loi. Cette influence, tout interne et spontanée, ne peut appartenir qu'à la catégorie des phénomènes « réflexes ».

Loi de distribution des réflexes de symétrie. — Le champ visuel, considéré au point de vue des symétries, est divisé autour du centre fixé comme autour d'un centre d'oscillations. Il peut être comparé le plus justement aux suspensions à la Cardan : ces lampes en usage à bord des navires, portées sur deux cercles concentriques accouplés et mobiles eux-mêmes suivant deux axes perpendiculaires. Imaginez un mouvement quelconque en un point de ce

système, tous le voyez basculer tout entier suivant la direction du mouvement et dans Taxe qui lui est perpendiculaire. Le champ visuel est constitué de même. Toute impression en un point détermine une oscillation du champ entier suivant Taxe perpendiculaire passant par le centre de fixation. Une juste comparaison est encore la marche des dépressions et des relèvements qui se produisent dans un bassin quelconque. Considérez, en effet, le liquide dans une lampe marine qui ne serait pas suspendue i la Cardan, vous le verriez sans cesse se déverser, mais en sens opposé, suivant la ligne du tangage ou du roulis.

Les associations visuelles de forme suivent la même loi d'équilibre spontané, et la symétrie ou mesure commune aux diverses parties d*un assemblage harmonique complexe en est Texpression.

La symétrie est « fondée, dit Pascal, sur ce qu'il n'y a pas de raison de faire autrement». C'est là une définition négative ; or, la symétrie n'est certes pas une négation, ainsi que l'établit la définition qui précède et l'exposé qui vient d'en être donné.

Contrastes spontanés de la forme, — Les réflexes de la symétrie doivent être mis en parallèle avec les phénomènes également réflexes que nous apprendrons bientôt à reconnaître dans les contrastes spontanés des nuances. Ils peuvent être appelés, par analogie, les contrastes spontanés de la fof^ie.

Il en existe de simultanés et de successifs; les figures de la danse fournissent les exemples les plus variés des deux sortes. Voyez cette position du bras, elle appelle une position simultanée symétrique de la jambe opposée ; voyez aussi ce pas latéral dans un sens, il appelle après lui un pas identique consécutif en sens inverse. Les exemples en peuvent être indiqués à l'infini, et je n'aurais, pour les

multiplier, qu'à consulter les traités de chorégraphie. Mais j'ai hâte d'entrer plus avant dans ia psychologie de la couleur, et Ton me pardonnera de ne pas insister sur ces problèmes pourtant bien intéressants. Il me suffît d'en avoir marqué les principes, identiques à ceux que Ton va rencontrer dans les harmonies de hauteur, et que Ton démontrera plus tard être le propre de toutes sorles d'harmonies.

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