‹ La psychologie naturelleChapitre 15 sur 66 · AQ · texte numérisé non relu

AQ

lorsqu'on a -—-=—, n étant une constante qui mesure U n

ce que les physiologistes désignent sous le nom de « sensibilité pour les différences ». Cest la loi de constance des plus petites différences perceptibles.

Cette loi, exacte pour les radiations de même espèce, cesse de Têtre d'une façon régulière si l'on compare entre elles des radiations différentes.

La répartition de cette irrégularité est celle du phénomène de Purkinje ; la sensibilité de l'œil pour les différences croît rapidement des radiations les plus réfrangibles jusqu*au vert moyen de longueur d'onde = [x, 5 17, puis beaucoup plus lentement à partir de ce point.

En d'autres termes, la sensibilité aux différences, constantepour une même lumière^ croît et décroit avec la hauteur. Sa courbe de répartition dans le spectre est celle du phénomène de Purkinje, celle de la fîgure 4, et doit en être considérée comme un corollaire naturel.

La raison en est fort simple. En effet, les différences

minima de la loi de Bouguer-Masson sont des différences de clarté apparente. Or, les hauteurs de ton sont précisément des différences dans la puissance de clarté inhérente à chaque radiation. Cette puissance de clarté propre doit nécessai renient influer sur les valeurs minima de différenciation, les accroître ou les diminuer suivant les cas, lorsque, au lieu de comparer des radiations de même espèce, on établit la comparaison entre des radiations différentes.

Phénomàne de Javal.

Les mesures précédentes sont basées indifféremment sur la comparaison photoptométrique des diverses radiations au moyen des deux procédés indiqués : celui qui prend pour base Tégalité des lumières au point de vue distinctif ou procédé des acuités visuelles égales, et celui qui est basé sur Tégalité apparente des ombres qu'elles projettent ou procédé des clartés égales.

Comparés entre eux, les résultats obtenus par les deux procédés se trouvent présenter une différence remarquable (Macé de Lépinay et Nicati, deuxième mémoire des Annales de chimie et de physique^ p. 53) et qui est la suivante :

Dans les lumières de haute tension et jusqu'à OiJ., 517, acuités et clartés donnent des coefficients d'égalité sensiblement identiques, quelle que soit l'intensité de l'éclairage, tandis qu à partir de ce point ils s'écartent l'un de l'autre progressivement, les clartés exigeant des coefficients inférieurs aux acuités, et Técart s'accentue très rapidement lorsque l'intensité de l'éclairage augmente (il a atteint jusqu'à 1/18).

La distribution des acuités et des clartés dans le spectre

(inverse des coefficients nécessaires pour établir l'égalité) prend la disposition figurative de la figure 5, et la loi du phénomène peut être formulée : la faculté de distinguer^ comparée à la sensation de clarté, croit et décroît avec la hauteur. Étroitement lié au phénomène de Purkinje, le phénomène de Javal en est une conséquence en même temps qu'une accentuation.

CJartés

Clartés Acuités

• lia.

Violet Bleu Vert Jaune Orangé Rouge

Fig. 5. — Distribation spectrale des acuités et des clartés.

(Phénomène de Javal.)

En application usuelle, cela signifie que des traits noirs sont plus sûrement et plus aisément distingués sur papier nuancé de jaune, d'orangé et de rouge, que sur papier nuancé de bleu, et que, d'autre part, ces mêmes traits seront d'autant mieux distingués, par opposition, que l'encre dont ils sont faits sera, au contraire, teintée d'extrême violet.

Cet enseignement est conforme à Texpérience des des* sinateurs de noir sur blanc^ graveurs, écrivains et impri*

meurs. Voyons d'abord pour le trait, c'est-à-dire pour Tencre. Après des tâtonnements nombreux, c^est Tencre violette qui l'emporte depuis bien des années, détrônant les teintes bleues, vertes, brunes et rouges, dans lesquelles on avait trouvé cependant des noirs bien caractérisés. Voyons ensuite pour le fond, c'est-à-dire pour le papier. II est aujourd'hui notoire que du papier légèrement teinté facilite la lecture. M. Javal Ta montré le premier et n*a pas eu de peine à persuader les imprimeurs qui, sur son conseil, ont adopté les papiers teintés tirant sur le jaune, l'orangé et le rouge.

Je réponds donc, à qui me demande pourquoi l'on préfère pour la lecture le blanc orangé des papiers modernes au blanc bleuté du linge, que cette lumière produit sur le sens de la vue un effet de tension plus élevée, ou, comme on dit en électricité, d'un voltage supérieur. Lorsque, dans la suite, la force des faits nous aura appris à assimiler le courant nerveux à un courant électrique^ il ressortira que cette manière de parler, apparemment métaphorique, n'est, au contraire, que l'exacte vérité.

Page 1