‹ La psychologie naturelleChapitre 17 sur 66 · LES TEINTES · texte numérisé non relu

LES TEINTES

Premières données.

On appelle teintes les accords ou sensations harmoniques qui nous renseignent sur la relativité des notes de hauteur.

Un œil doué des seules tonalités, très habile à différencier Tintensité des tons, ainsi qu'il apparaît aux yeux privés de la sensation de teinte (voir liv. III), est, au con-

traire, très inhabile à la distioction des hauteurs. Deux moyens accessoires sont à sa disposition à cette un, les phénomènes eux-mêmes sur lesquels on a édifié Téchelle des hauteurs et celle des chaleurs, à savoir : rinégalité d*efTet produit par les variations de l'intensité lumineuse objective (phénomène de Purkinje et ses corollaires) et les différences qu'offrent à ce point de vue le centre et la périphérie du champ visuel (phénomène et gamme des chaleurs). L'utilisation de ces phénomènes exige une grande attention et un réel effort de jugement.

Comment se fait-il que la très grande majorité des hommes reconnaît d*emblée et sans aucun appel au jugement la hauteur relative des tons, et donne à ces relativités des noms qui font partie du savoir le plus vulgaire, tels que vert, rouge, bleu, etc. La raison en est bien simple, c'est que les hommes sont doués d'une sensation spéciale, concernant la relativité des hauteurs, celle-là même que Ton appelle d'un nom commun^ la teinte.

Les notes de teintes sont : a), toutes les sensations plus ou moins saturées que Tœil parvient à différencier dans l'arc-en-ciel, et, en plus, le pourpre, note intermédiaire entre les extrêmes rouge et violet; 6), le blanc et son contraste, le noir, auquel nous apprendrons à reconnaître une qualité effective, en dépit de la physique courante, qui enseigne le contraire; c), enfin les dégradations par lesquelles chaque teinte tend à s'approcher progressivement du blanc.

Les principales teintes sont :

Rouge et ses dégradations vers le blanc et le noir. Roa^e-orangé — . - -

Orangé — — —

Jaune — — —

Jaune verdâtre — __

Vert — — —

Vert bleuâtre (vert d'eau) et ses dégradationa vers le blanc et le noir. Bleu — — —

Bleu violâtre (outremer) — — —

Violet — — —

Violet rouge (pourpre) — — —

Les teintes sont, disons- nous, des sensations de relativité, des intervalles et des accords, comme on dit en musique ; il s'agit de le démontrer et d'en exposer les principaux exemples, à savoir : les teintes fondamentales, l'accord de tonique ou teinte blanche, les teintes secondaires et complémentaires.

Les teintes sont des intervalles et des accords.

Gomme les intervalles et les accords en musique, les teintes n'existent pas par elles-mêmes, mais seulement par comparaison. En voici la preuve dans des expériences faciles à contrôler.

Entrons dans le laboratoire oii le photographe opère à l'abri dans une lumière absolument monochrome. Nous reconnaissons tôt à l'arrivée, en particulier à la vue de la fenêtre, que cette lumière est rouge. Mais, fermons la porte et attendons que toute impression du dehors soit effacée ; quel n'est pas alors notre étonnement de constater la disparition totale du rouge et son remplacement par de simples dififérences de clarté ! Nous savons, par le souvenir, que nous baignons en pleine lumière rouge, mais nous sommes incapables de nous en rendre compte. Le même fait est tout aussi frappant avec la lumière monochrome jaune d'une flamme de sodium, comme on l'observe en faisant brûler de l'alcool en présence du sel de cuisine. Tout y est absolument jaune, et, pourtant, je mets au défi qui que ce soit de le reconnaître sans la comparaison avec quelque rayon de lumière extérieure.

PSYCII. NATUn. 4

Une note de teinte quelconque perd donc la qualité de teintedès qu'elle se présente isolément, exactement comme un son perd la qualité musicale quand il est seul. Elle n'existe pas par elle-même, mais seulement par comparaison et représente une sensation harmonique de hauteur, une note d'harmonie dans le jeu habituellement polychrome de la lumière naturelle. Les teintes sont les accords de la couleur, et, plus précisément, les accords des hauteurs de la couleur.

Si, pour faciliter l'argumentation, l'on assimile provisoirement les hauteurs aux longueurs d'onde des physiciens, on constate ce qui suit :

Les longueurs d'onde des principales teintes forment ensemble une progression géométrique exactement comme, en musique, les octaves. On sait que chaque octave musical représente un nombre de vibrations double de Toctaye précédent et moitié de celui qui lui succède ; les octaves musicaux forment donc une progression géométrique de raison =: 2. Les principales couleurs se succèdent de même dans le spectre, et le rapport numérique entre les longueurs d'onde qui les provoquent est une constante, une raison géométrique = i,i25 ou 9/8.

Page 1