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LA. SUPPRESSION DES TONALITES DE CHALEUR

(héméralopie.)

La disparition ou Taltération de la gamme des chaleurs de ton est caractérisée par un symptôme connu de toute ancienneté : V héméralopie^ mot indiquant que la vue faiblit avec la chute de la lumière, d'où aussi le nom de nyctamblyopie donné par quelques-uns.

Ce signe est plus exactement défini : V insensibilité rela^ tive des parties excentriques du champ visuel aux éclairages faibles. En effet, la vision centrale n'est j>as affectée dans l'héméralopie, seule la vision excentrique est affaiblie, et cet affaiblissement est d'autant plus sensible, que Féclai-*

rage est plus faible. Il arrive, en conséquence, que, le jour baissant, et quoique Ton voie encore nettement le point fixé, il devient impossible de se conduire, parce que, autour de ce point étroit, tout est noir. Or, on sait que^ pour se conduire. Ton a besoin surtout de voir un peu de tous les côtés à la fois.

Nous voulons illustrer par des faits Thistoire de Théméralopie et en esquisser la théorie.

Observation des faits d'héméralopie.

<( L'héméralopie épidémique » frappe les marins et les prisonniers entassés et mal nourris, placés dans les conditions qui,d*ordinaire, provoquent le scorbut; elle frappe aussi les jeunes soldats soumis à des marches excessives, en même temps qu^àune nourriture insuffisante. De nombreux sujets d'une même habitation ou d'un même corps de troupe sont alors atteints à la fois^ ainsi qu'il nous est arrivé de l'observer il y a peu d'années encore, dans un régiment, à l'époque des premières manœuvres de l'été. Le médecin du régiment voit alors venir à lui nombre de recrues se plaignant de n'y plus voir à se conduire aussitôt la nuit venue, tandis que, de jour, elles y voient comme tout le monde, et que, pour lire ou distinguer les objets fixés, la vue n'a nullement souffert. L'acuité visuelle centrale est, en effet, trouvée intacte en toute circonstance, seule celle de la périphérie se trouve extrêmement réduite quand le jour baisse. Le mal consiste donc en un affaiblissement de la vision périphérique exclusif aux éclairages faibles. On constate, en outre, par un examen attentif, une diminution dans les quantités proportionnelles de lumière bleue perçue, signe que d'autres formes de la maladie mettront mieux en évidence. Cet état peut durer

des semaines et même des mois^ mais, enfin, il cesse aYec le retour à la saine hygiène sans laisser de trace. Les lésions observées sont, du reste, presque nulles, et^ telle une hydropisie légère des papilles optiques, indiquent un simple trouble superficiel de nutrition organique.

« L'héméralopie maligne » est une affection congénitale, le plus souvent héréditaire. On s*en aperçoi t d*abord faiblement dans la première enfance ; et puis , progressif yement, le mal va augmentant, entraînant avec lui la disparition concentrique du champ visuel, et enfin la cécité totale aux environs delà quarantième année. C'est un spectacle attristant que celui de ces personnes d'abord simplement héméralopes et considérant leur infirmité presque en riant, mais dont la vue va se perdant progressivement comme enserrée en un étau fatal. La lecture des plus fins caractères persiste presque jusqu'à la fin, tandis que, contraste frappant, c'est la nuit noire tout autour avec l'impossibilité devoir, sans le fixer, l'endroit où l'on pourra poser le pied. La lésion qui accompagne ce mal est appelée rétinite pigmentaire ; elle co nsiste en une atrophie progressive de la rétine commençant par Tépithélium, dont le pigment se détache et se trouve entraîné dans les voies lymphatiques, continuant ensuite par les autres couches. Les vaisseaux sanguins deviennent peu à peu filiformes et finissent par s'effacer presque entièrement. Il semble que la cause primitive du mal réside précisément dans une obstruction vasculaire et les obstacles progressifs qu'elle apporte à la nutrition. Je citerai^ à Tappui de cette thèse, le fait des déplacements pigmentaires analogues observés après la ligature des vaisseaux rétiniens dans des expériences sur les animaux, que j'eus l'occasion de faire autrefois et que d'autres que moi ont, je crois, signalées.

u L'héméralopie partielle » est un signe commun à plu-

LES Gradations de la couleur. 151

sieurs maladies oculaires. Elle est particulièrement instructive au point de vue théorique par les comparaisons fonctionnelles qu'elle permet entre les parties du champ demeurées saines et les parties malades. Le cas le plus frappant est celui où un œil est atteint à l'exclusion de l'autre. Alors le symptôme héméralopie n'est pas toujours celui qui frappe le pl^s, mais hien une altération des teintes. Je y ois Jaune » , disent les malades, et c'est tantôt un œil entier qui est atteint à l'exclusion de Tautre, ou bien une partie du champ visuel faisant tache sur le reste. Ety non seulement ils voient jaune, mais il est facile de s'assurer qu'un écran de cette couleur se trouve interposé sur le trajet des rayons lumineux. En effet, les tons bleus sont vus plus sombres, prennent une teinte verdâtre, et les rouges deviennent orangés, exactement comme lorsqu'on applique un verre jaunâtre sur un fond de tapisserie. Ces observations appartiennent aux « chorio-rétinites » , affections de la rétine ainsi nommées, soit parce que la lésion débute par la membrane choroïde pour gagnersecondairement Ja rétine, soit aussi simplement parce qu'elle a son siège dans Ja couche épi théliale ou profonde, immédiatement adjacente à la choroïde. Souvent il arrive que la lésion épithéliale n'est d'abord pas apparente à Tophtalmoscope, et que Ton constate, dans la rétine, un simple voile, ou bien que Ton ne trouve rien du tout, mais, plus tard, et pour peu que la maladie ait atteint un certain degré de gravité, la lésion de l'épi thélium se trouve démontrée à la dislocation du pigment. Il apparaît alors des taches dépigmentées plus ou moins blanches qui sont des plaques d'atrophie pigmentaire à côté de taches tout à fait noires qui sont des amas de pigment.

« L' héméralopie hépatique» , enfin, accompagne, avec la jaunisse, certaine maladie de foie que Ton nomme cirrhose

hypei^trophique. Dans cette maladie chronique grave, il arrive souvent que les malades se plaignent très instamment du trouble visuel qui les frappe pendant de longues semaines. On ne trouve alors aucune lésion ni aucun trouble fondamental de la fonction visuelle; la vision centrale est absolument intacte ; seule la sensibilité du champ visuel autour du centre est devenue obtuse pour les éclairages faibles, et cela se traduit^ au point de vue fonctionnel, par la difficulté à se conduire dans la nuit. En même temps, une certaine lacune dans la quantité du bleu parvenant à la perception, est constatée par Texamen attentif de la fonction.

Théorie de l'héméralopie.

Voilà les faits tels que les donne l'observation. Ils sont liés entre eux par ces deux circonstances : d'abord le symptôme même qui fait Théméralopie, à savoir l'insensibilité relative à la lumière dans les parties du champ visuel situées hors le centre; et ensuite une coloration jaune manifeste, soit à Tapparence de taches de cette couleur, quand le phénomène est localisé, soit à Tabsorption générale de certaines quantités de rayons bleus quand le phénomène est généralisé.

Ils doivent être interprétés, pour les formes malignes, par rinsensibilité de la rétine dans la périphérie, et, pour les formes bénignes, conformément à la théorie des chaleurs de ton, par des altérations du pourpre rétinien, ainsi que déjà Ta prétendu M. Parinaud (i). Le pourpre, bleuté dans la nuit, devient rouge, puis jaune à la lumière. Supposez qu'au lieu de reprendre sa couleur bleue dans Tobs-

(1) H. Pariaaud, VHéméralopie et les fonctions du pourpre visuel (Comptes rendus, avril 1881).

curité, il reste et demeure jaune. Alors il devient impossible aux rayons bleus d'exercer toute leur puissance : le jaune de Técran les absorbe. Or, les rayons de faible tension, qui sont surtout des rayons bleus, sont précisément les seuls qui conservent quelque vertu lumineuse dans Ic éclairages très faibles, nous l'avons démontré, mon ami Macé de Lépinay et moi, en étudiant le phénomène de Purkinje.

Tout comme les chaleurs de ton sont expliquées par les changements de coloration de la photopsine pourprée, sous Finfluence de la lumière, de même leur disparition, ou rhéméralopie, est expliquée par la disparition de ces changements et leur remplacement par une coloration jaune persistante.

Uhéméralopie est ainsi liée à une altération du pourpre rétinien devenu jaune d'une façon permanente au lieu de changer incessamment de couleur avec les degrés de l'insolation.

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