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LA SUPPRESSION DES TONALITES DE HAUTEUR ET DE VALEUR

(amblyopie.)

L'espèce de dégradation qui nous reste à étudier mérite plus que toute autre l'appellation à'amblyopie, ou vision émoussée (àfxêXOç, obtus). Elle est caractérisée, en efFet^ par la disparition progressive des sensations lumineuses dans l'ordre des hauteurs.

Les hautes radiations, celles du rouge, s'éteignent d'abord.

Elles pei^sistent, au début^ dans les lumières intenses, pour ne s'effacer que dans les éclairages plus faibles, et il arrive, en conséquence, que l'acuité visuelle reste parfaite.

pourvu que le jour soit bon, mais elle baisse sitôt qu*il faiblit.

En même temps^ les teintes subissent une altération frappante : les radiations rouges n*étant plus perçues qu^en proportion moindre et^ finalement, plus du tout, le cas devient assimilable à celui du daltonien métachroïque. N'ayant plus à sa disposition que les deux intervalles bleu et jaune pour former Taccord de tonique, il en résulte que le mélange des deux, qui nous parait vert, est pour lui neutre ou gris. Le vert se confond d*autre part également avec le rouge, et cette confusion est aussi frappante que dans le métachroïsme ; elle constitue un des premiers signes de la maladie.

Plus tard^ les tensions du jaune sont à leur tour devenues impuissantes à surmonter les résistances de la conductibilité nerveuse, et le jaune s'éteint, lui aussi. A ce moment, le sujet est protochroïque^ n'ayant plus de point de comparaison possible dans les hauteurs de ton et, partant, plus d'harmonies possibles dans ce domaine. Les harmonies de forme lui restent encore, mais progressivement réduites à des lignes de plus en plus grandes et fortes jusqu^au jour où les lignes elles-mêmes s'éteignent. Alors on distingue encore comme deux points une partie éclairée d'avec une autre partie obscure. Finalement, toute comparaisQn simultanée devient impossible et l'on ne distingue plus que la succession du jour et de la nuit. C'est la dernière étape, elle précède immédiatement la cécité.

Entre tous les exemples propres à illustrer ce mal, l'un des plus connus et des plus remarquables constitue (d'amblyopie d'intoxication » des buveurs d'alcool et des gros fumeurs. Sa venue coïncide généralement avec la perte du sommeil et de l'appétit ou aussi avec les grands froids, et, d'une manière générale, avec toutes les circonstances qui

contribuent pour leur part à altérer la nutrition des nerfs. C'est surtout le matin que la vue est d'abord mauvaise ; elle va s'améliorant avec l'excitation de la journée. Un fait frappe encore, c'est que les deux yeux sont pris simultanément et au même degré. Enfin, signe caractéristique, il y a de la confusion pour les couleurs, localisée, d'une part, dans le centre du champ visuel, et^ d'autre part, tout à la périphérie du champ; ces deux régions correspondent aux deux points terminus de l'irrigation sanguine dans la rétine, ceux où la dénutrition se fait naturellement sentir en toute première ligne. La maladie cède avec le retour à rhygiène, sans qu'il soit besoin de nul autre traitement ; généralement, elle constitue, pour le buveur, un avertissement auquel il est sensible, et l'on a très rarement l'occasion de la voir conduire à la cécité avec atrophie des nerfs optiques. Il en est autrement d'une autre forme également importante d'amblyopie propre à certaines maladies du système nerveux : celle des atrophies progressives du nerf optiqueou «scléroses papillaires» .Celle-ci conduit presque fatalement à la cécité finale.

Une dernière forme mérite enfin d'être rapportée, ne fût-ce que pour détruire une légende, celle qui voit dans certain rétrécissement du champ de distinction des couleurs, caractéristique commune de l'amblyopie générale, un signe pathognomonique : « l'amblyopie hystérique » de Charcot, bien caractérisée pour la première fois par Landolt. C*est une affection transitoire et sans gravité, comme toutes les paralysies et anesthésies de Thystérie. Ici, comme dans les formes précédentes, la confusion des teintes est une conséquence ou un corollaire nécessaire de l'amblyopie générale. La preuve en est que les confusions signalées y suivent parallèlement et dans Tordre physiologique l'affaiblissement général de la vision. .

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