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JE SUIS UN FOTER DE FORCE ÉLECTRIQUE

DÉMONSTRATION ET DÉTERMINATION DE LA FORCE PSYCHIQUE A SES MANIFESTATIONS CELLULAIRES PROTOZOÏQUES.

La force psychique, ou nerveuse, ne circule pas seulement dans les nerfs, car, à ce titre, il y aurait des myriades d*ètres animés qui, n'ayant pas de nerfs, en seraient dépourvus. Elle se manifeste, au contraire, dans tout être cellulaire indépendant, et cela est aisé à démontrer.

Il est, en effet, une manifestation de la pensée qui se traduit au dehors d'une façon très apparente par des mouvements. C'est sous l'impulsion de sa pensée que l'animal marche, qu'il saisit et qu'il grimace. Le mouvement, en d'autres termes, est, dans le monde animé, un produit de transformation de la force psychique, il en signale les évolutions et partant l'existence.

Or, de pareils mouvements appartiennent aux êtres unicellulaires que Ton nomme protozoaires, et l'on doit sans peine établir quelle espèce de force les anime. C'est ce que nous allons faire en examinant successivement les diverses catégories connues de mouvements cellulaires : les tropismes ou mouvements notoirement provoqués et les mouvements d'apparence spontanée.

Les tropismes cellulaires.

On appelle de ce nom les déplacements cellulaires, attractions ou répulsions, exercés sous l'influence de foyers déterminés.

En voici Texemple typique.

ExpéHence de Verworn. — «Si Ton dépose sur un porteobjet, entre deux électrodes impolarisables, une goutte d*eau contenant le plus grand nombre possible d'individus de l'espèce Paramœcium aurelïa et que Ton ferme ensuite le courant galvanique, alors on voit au moment de la fermeture du courant toutes les paramécies quitter Tanode et se précipiter, en masse serrée, vers la cathode où elles s'accumulent. Après quelques secondes, tout le restant de la goutte d'eau est complètement dépourvu d'infusoires ; seule, la partie cathodique en montre une vraie fourmihère. Les infusoires y restent pendant toute la durée du courant. Si alors on ouvre le courant, on voit toute la masse des infusoires quitter la cathode et se diriger vers Tanode.' Néanmoins, ils ne s'amassent pas tous à l'anode, mais une partie d'entre eux restent uniformément disséminés dans la goutte d'eau, sans se {)lacer cependant, au début, au voisinage de la cathode, ce qu'ils ne font que progressivement quelque temps après l'ouverture du courant. Finalement tous les protistes se trouvent de nouveau répartis uniformément dans la goutte d'eau.

« D'autres espèces, certaines bactéries, des flagellâtes comme cryptomonas et chilomonas^ au Heu de se diriger vers la cathode, se dirigent vers l'anode et s'y accumulent. Si, dans une goutte d'eau, il existe simultanément des ciliés et des flagellâtes, lors de la fermeture du courant constant, ces organismes se précipitent en sens inverse, de telle sorte que, finalement, ils sont répartis en deux groupes^ les flagellâtes à Tanode et les ciliés à la cathode. Si alors on renverse le courant, les organismes se jettent les uns sur les autres, comme des ennemis, jusqu'à ce qu'ils se soient de nouveau accumulés aux pôles opposés. Toute fermeture du courant établit ainsi en quelques se-

condes une séparation nette de ces organismes, précédemment emmêlés les uns dans les autres {i). »

Peut-il être expérience plus claire et plus démonstratiye ?

Les cellules, corps légers et librement suspendus dans le liquide qui les baigne, véritables électroscopes entraînés dans le courant^ tantôt dans une direction et tantôt dans l'autre, toujours la même pour une même espèce, sont des êtres naturellement polarisés^ : autant, en d'autres termes, de foyers électriques.

La cellule des protozoaires, foyer d'électricité, représente à ce titre la première ébauche de Torgane perfectionné que nous ayons reconnu dans la cellule nerveuse. Elle est un foyer nerveux unicellulaire, et, nous pouvons le dire maintenant, un foyer de force psychique. Gomme nous-même, le protozoaire possède une âme et une âme distincte de son corps, produite par lui, incessamment entretenue et renouvelée jusqu'au moment de la mort qui est celui de l'extinction de ce foyer. Et cette âme est la force électrique développée et entretenue en son intérieur.

Autres tropismes cellulaires, — Toutes les forces provoquent des mouvements cellulaires analogues. On appelle héliotropismeSy les attractions et répulsions exercées par la lumière ; chimiotropismeSy celles que Ton observe au voisinage de certaines substances chimiques ; thermotropismes, celles qu'entraîne l'approche des foyers caloriques.

Le pouvoir cellulo-moteur des radiations lumineuses est distribué dans le spectre solaire en raison inverse du pouvoir calorique. Si l'on interpose entre la source lumineuse et la préparation (il s'agit d'observations faites sous le microscope) un vase rempli d'une solution ammoniacale

(1) Verworn, PsychophysiologischeProtisten-Studien. léna, 1895 (d'après Hertwig, la Cellule. Paris, G, Carré, p. 102).

d*oxyde cuprique, qui ne laisse passer que les rayons bleus et yiolets, les zoospores réagissent comme si elles avaient été soumises à la lumière du jour. Par contre, elles ne réagissent pas sous Taction des rayons lumineux qui ont traversé soit une solution de bichromate potassique, soit la flamme jaune de sodium ou un verre rouge rubis (1). Cette loi de distribution spectrale est celle du pouvoir photochimique ; coïncidence remarquable, elle nous enseigne que l'intermédiaire chimique sert à la transformation électrique de la lumière dans les phénomènes du tropisme cellulaire.

C'est, en effet, par leur préalable transformation en électricité, suivant les modes qui seront ultérieurement étudiés, que s'explique naturellement l'effet moteur des diverses forces qui ne sont pas Télectricité elle-même. Et comment Texpliquerait-on autrement? Certes la lumière et les réactions chimiques se transforment directement en chaleur et celle-ci se transforme en mouvement de déplacement matériel en dilatant les corps. Mais les phénomènes d'attraction et de répulsion compris sous le nom de tro" pismes sont indépendants des courants que la chaleur produit dans les liquides et dans les gaz en les dilatant, et sont également indépendants des phénomènes de pesanteur qui les accompagnent. Certainement aussi la chaleur produit des réactions chimiques et celles-ci s'accompagnent de mouvements moléculaires dans l'intérieur des corps, mais les tropismes ne sont nullement assimilables aux mouvements moléculaires et l'on ne voit pas comment ils pourraient être produits par eux. Une seule explication re§te donc debout, c'est celle de la transformation électrique^ et, je le répète, nous en démontrerons les

(1) Straaburger, Wirkung der Lichts und dev Waerm? au f die Schwaermsporen. léna, 1878.

divers modes. L'action motrice de T électricité sera ellemême facile à expliquer. Il nous suffit, en cet instant, de ramener le cas actuel au précédent et de conclure par l'assimilation des tropismes, quels qu'ils soient, à l'expérience de Yerworn, dont ils représentent des cas particuliers. Tous sont, soit directement, soit par transformation, des électrotropismes.

Ils prouvent, tout comme l'expérience de Verworn, l'existence de l'électricité nerveuse dans les cellules des protozoaires et permettent de reconnaître en eux les manifestations rudimentaires de la pensée.

Les mouvements cellulaires d'apparence spontanée.

Tout mouvement est une équilibration de force entre les foyers qui en sont l'objet et leur entourage ; il suppose que l'inéquilibre a été préalablement provoqué. On le dit spontané lorsque la cause en échappe à nos sens, c'est une simple manière de parler, car, en réalité, il n'est pas de mouvements spontanés.

Quelles sont les causes des mouvements d'apparence spontanée, mouvements cellulaires, mouvements appendiculaires et déformations protoplasmiques ?

Mouvements cellulaires, — Qui acontemplé les bactéries et d'autres protozoaires sous le champ du microscope sait qu'il en est qui se déplacent en totalité sans être attirés ou repoussés par un agent apparent. Les uns, parmi les protozoaires, présentent de simples oscillations latérales, d'autres des mouvements de forme pendulaire, d'autres en culbute ; d'autres enfin, les infusoires supérieurs, des mouvements variés et intelligents. Nous négligeons ces derniers mouvements, que l'on retrouvera au livre de Tintelligence, pour nous arrêter aux premiers seulement.

mouTements brusques et qui font songer i. auta secousses comme l'électricité en pourrait produire pi décharges inlermiltentes.

Sachant, du paragraphe précédent, que la cellu un foyer de force électrique, noua devons interpréti mouvements comme autant de secousses produit des décharges euccesaires. La cause en apparaît dan production incessante de la force à l'intérieur de Iule. Une résistance exercée par les parois empéci écoulement incessant. II y a secousse toutes les foii la résistance ayant été brusquement vaincue, l'équi tion se fait entre le foyer et le milieu qui l'entoure.

Mouvements appendiculâires. — Beaucoup de | zoaires sont armés d'appendices ciliés ou en forme di doués d'une motilité d'apparence spontanée. L'écoul du fluide électrique par les pointes oii toute résistar moindre, peut expliquer ces mouvements. L'électri( écoule comme fait le feu Saint-Elme, au mât des m et le mouvement est produit à la fafon des tourn hydrauliques par le recul qui en est la conséquence

Déformations proioplasmigues. — Les amibes et : espèces de protozoaires en grand nombre préaentei déformations de protoplasma dont les causes écbap l'observation immédiate.

Nous les rapprochons des contractions produites la libre musculaire, et rappelons que ces dernières sentà l'impulsion nerveuse. Tout comme le couran trique nerveux entraine la déformation du plasma culaire, de même l'électricité intérieure des amibe causer la déformation de leur protoplasma,

La nature même de la déformation sera inter bientât, et l'on y reconnaîtra un phénomène dedéc< sition chimique produit par la force électrique.

192 PSYCHOLOGIE INDIYID CELLE.

DéMONSTRATION ET DÉTERMINATION DE LA FORCE PSYCHIQUE Â SES MANIFESTATIONS PLASTIDULAIRES .

J*entends parler des mouvements d'apparence spontanée qui ont reçu le nom de caryocinese ou mouvement des noyaux (xipuov, noyau ; x,ivi]ai<;, mouvement), et qui aboutissent à la segmentation naturelle de la cellule.

Les phénomènes de la caryocinese consistent tout d'abord en l'apparition de filaments ou plastidules distincts à l'intérieur du protoplasma ; puis, secondairement, en leur groupement en deux foyers, ou pôles opposés, où cbaqueplastidule est plié en forme de Y» la pointe dirigée vers le pôle etTouverture vers le centre, comme suit < > ; troisièmement, en l'entraînement de lasubstance nucléaire fondamentale elle-même dans la direction des pôles et sa division en deux noyaux nouveaux. La masse de la cellule est enfin entraînée dans le double mouvement, et sa segmentation en est la conséquence.

Ces évolutions sont justiciables d'une interprétation toute physique : Thistoire en sera traitée dans mon prochain ouvrage à propos du mécanisme de formation des cellules, et ne peut être détachée utilement. Il doit suffire d'en présenter momentanément la conclusion qui est la suivante :

Le plastidule est un amas matériel isolé au point de vue électrique et ayant recueilli les parcelles de cette force nées des échanges chimiques qui ont lieu dans leur intérieur. Gomme les cellules auxquelles ils appartiennent, les plastidules exercent les uns sur les autres des attractions, et, comme d'autres cellules, ils exercent aussi des répulsions ;

la caryocinèse et la segmentation cellulaire, réductibles à des phénomènes d'attraction et de répulsion, en sont Texpression.

La démonstration directe de Télectricité plaslidulaire est à chercher dans des expériences qui permettent de noter les effets de l'électricité sur les mouvements microscopiques des noyaux, et, dune façon plus générale, sur la germination et la végétation des plantes et des animaux. Des nombreux essais faits dans ce sens, d'une façon peutêtre plus industrielle que scientifique, nul ne paraît avoir abouti à des conclusions réellement utilisables pour le but que nous poursuivons, aussi en sommes-nous réduits aux probabilités et au raisonnement par analogie avec ce que l'on a rapporté de la cellule. Cependant, il semble résulter d'observations déjà nombreuses, qu'une réelle impulsion peut être donnée par l'électricité bien appliquée à la végétation des plantes (1), et ces expériences, pour n'être pas concluantes au point de vue théorique, n'en doivent pas moins être indiquées.

Le plastidule enfermerait donc un foyer de force électrique, résultat des réactions chimiques qu'y entretient la nutrition, et d'un certain isolement individuel. Ce foyer représenterait à son tour une âme minuscule douée de conscience, d'individualité, de personnalité.

x\insi, notre corps enferme jusqu'en ses éléments infimes, l'esquisse rudimentaire , la première ébauche de Tâme humaine.

(1) L'historique de cette question est résumé dans VÊlectroculture, article de C. Crépeaux^in Revue scientifique^ 29 avril 1893.

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