LES MÉGANISUES INITIATEURS DE L* ÉMOTION
L*impression nenreuse.
On appelle impression Tacte par lequel il est imprimé une variation à la force électrique contenue en un foyer nerveux; c'est l'acte initiateur de Témotion. On l'appelle aussi excitateur^ parce qu'il excite ou met en mouvement l'activité nerveuse, d'où le mot excitation souvent employé comme synonyme d^impression.
Il n'y a certainement qu'un moyen de varier la force contenue en un foyer, c'est d'en modifier les éléments tension et quantité. On ne peut l'obtenir que par adjonction ou soustraction des mêmes éléments, ainsi qu'il a étév exposé lorsque nous montrions que l'éleclricité est la seule force universellement capable d'exciter les mouvements de la pensée. Nous prenions alorsj pour exemple la pression et nous disions que, pour l'augmenter ou la diminuer, il n'y a pas d'autre moyen que de presser davantage ou moins; la chaleur, l'électricité, peuvent y parvenir, mais
non sans avoir subi dans une opération accessoire leur préalable transformation.
Il en est de rélectri cité comme de la pression ; nul changement ne peut y être apporté qui ne soit une addition ou une soustraction de cette même force, et, pour le produire, nul autre moyen ne se présente que le contact de réceptacles électriques en état de charge différente. La cause dernière de l'impression nerveuse est donc à chercher exclusivement dans les apports et soustractions de force électrique, et rexpérimentation ya nous fournir Texemple de Tun et de l'autre.
Voici comment on opère : on met à nu Tun des nerfs facilement accessibles de Tanimal vivant, et Ton en comprend une partie dans un circuit électrique en plaçant sur le nerf, à quelque distance Tun de l'autre, les deux électrodes d'une pile. La pile est naturellement armée d'un rhéostat sensible à l'aide duquel on peut graduer à volonté la tension de sa force. Partons de la tension zéro et l'augmentons par étapes successives. L'effet est d'abord nul, et cela dure aussi longtemps que la force de la pile, encore minime, ne dépasse pas un certain degré qui est, nous l'avons vu antérieurement, celui-là même de la tension électrique nerveuse de repos au point touché. Puis, brusquement, un effet se produit de sensibilité ou de contractilité, suivant qu'on a choisi un nerf de l'une ou de l'autre catégorie: c'est un cri de douleur dans le premier cas, une contraction musculaire dans le second.
Remarquons bien alors ce qui se passe : leffet se produit au moment de l'entrée en contact des deux forces électrique nerveuse et électrique étrangère, puis il cesse tout aussitôt, alors pourtant que le contact persiste, mais pour se reproduire ensuite au moment de la rupture. C'est ce que Ton exprime en disant que les excitations nerveuses
sont produites par ks seules ouvertures et fermetures des courants électriques, mais noD par la continuité des courants.
Gomme tout cela est naturel à la lumière de ce que nous savons maintenant de la force nerveuse, et, pour le bien faire comprendre^ voici d'abord une comparaison.
Considérons le fleuve dans le courant duquel on a bâti un égout. Celui-ci est assez solide pour supporter le poids du fleuve sans être défoncé, et pour supporter sans rompre les pressions internes ordinaires. Mais voici venir un orage et J'égout se remplit, subissant des pressions très élevées qui le font éclater. Quand cela se produit, l'on s'en aperçoit à une crue subite du fleuve ; elle reste la même aussi longtemps que Texcès de pression interne persiste ; elle baisse ensuite quand, Torage ayant cessé, c'est au contraire Teau du fleuve qui se déverse dans Tégout. Il y a donc une variation dans le niveau des eaux au moment de l'irruption de Tégout dans le fleuve et au moment du déversement du fleuve dans l'égout. De même il y a une variation dans le nerf en contact avec un foyer électrique à la fermeture du courant qui est le moment de l'orage, puis stabilité^ et enfin nouvelle variation en sens inverse à Pouverture du courant qui répond à l'évacuation finale.
L'impression nerveuse u'est autre chose que le fait d'une addition ou d'une soustraction de force électrique nerveuse dans l'intérieur du nerf, son foyer. Elle est le facteur ou l'agent direct de l'émotion à laquelle on ne saurait reconnaître d'autre cause directe ou immédiate.
Les transformations nerveuses de forces extérieures.
Mais, s'il est vrai que l'électricité seule est la cause immédiate de l'émotion, il n'en est pas moins vrai aussi
que toutes les forces extérieures peuvent servir à ce but par leur transformation préalable en électricité.
Un appareil universel est préposé à cette transformation : la cellule épithéliale, dont le rôle transformateur, apparu pour la première fois dans la rétine^ doit être maintenant recherché dans toutes ses variétés. La définition de Tépithélium, primitivement liée à la circonstance anatomique d*un organe de revêtement (Itci, sur; OifjXiQ, mamelon), se trouve donc enrichie d'une quantité toute physiologique, celle que nous venons d'indiquer et qui réside dans le pouvoir de transformer les forces extérieures en électricité nerveuse.
Transformation nerveuse de la force lumineuse. — L'épithélium pigmenté rétinien possède, dans la photopsine qu'il enferme et celle qu'il sécrète sous forme de pourpre, les agents de transformation que la lumière décompose avec production d'électricité» La démonstration en a été fournie par l'observation galvanométrique directe, l'expérience d'Holmgreu, déjà plusieurs fois mentionnée dans cet ouvrage et exposée d'une façon assez explicite pour qu'il soit inutile d'y revenir (p. 91). Nous insistons seulement sur le fait que la lumière soumise à l'intermédiaire obligé d'une réaction chimique, use, en réalité, d'une double transformation. Le sens lumineux se trouve ainsi rentrer dans la catégorie des sens chimiques à côté de l'odorat et du goût.
Transformation nerveuse de la force chimique. — On sait, et nous venons de le rappeler par l'exemple de la photopsine, que les réactions chimiques donnent lieu universellement à des transformations de cette force en électricité. Les piles en sont l'application connue de tout le monde. La vue, l'odorat, le goût, lui doivent leur émotion. On vient de parler de la vue, voyons pour les autres.
On appelle odorat les émotions provoquées dans les nerfs par le contact des gaz odorants. La muqueuse pituitaîre, qui occupe le sommet des fosses nasales, en est le siège ; elle reçoit des nerfs, les nerfs olfactifs, qui la traversent et se terminent à sa surface en des expansions ciliées. Les cils terminaux baignent dans les sécrétions de la pituitaire au milieu des réactions chimiques qu*y provoquent les gaz odorants; une production d'électricité en est la conséquence, et c'est elle qui impressionne les cils terminaux. Ainsi, le rôle transformateur de Tépithélium apparaît ici dans son produit : la sécrétion de la pituitaire.
On appelle goût les émotions produites dans les nerfs par le contact des matières sapides. Une liqueur sécrétée par les cellules épithéliales des glandes salivaires, la salive, préside, dans la bouche, où se passent les phénomènes du goût, à leur dilution. Des cellules de forme spéciale, que j'ai le droit d'appeler épithéliales^ d'après la définition physiologique qui vient d'être donnée de Tépithélium, les cellules gustativeSy sont attachées aux terminaisons des nerfs que leur situation dans l'intérieur de la bouche a préposés à cet ordre d'émotions. Je les imagine sécrétant à leur surface une substance particulièrement sensible aux réactions chimiques. Les matières sapides sont celles qui sont aptes à provoquer ces réactions^ et, par elles, à développer l'électricité. L'impression nerveuse gustative en est le résultat. Elle apparaît en dernière analyse comme le produit électrique des actions chimiques qui ont leur siège dans les sécrétions des cellules épithéliales gustatives.
Transformation nerveuse de la force calorique. — Les terminaisons des nerfs dans l'épithélium cutané ou épiderme sont le siège des impressions nerveuses produites par la chaleur. Il en résulte que, si notre formule géné-
îtO PSYCHOLOGIE INDIVIDUELLE.
raie de la transformation nerveuse des forces extérieures est vraie, c'est dans Tépiderme qu'il fout chercher l'origine des impressions caloriques, ou, autrement dit, la source des courants thermo- électriques nerveux.
Or, on sait que les piles \thermo-électriques sont faites de la soudure de métaux différents, et que l'on attribue la cause des phénomènes thermo-électriques à l'inégal échauffement d'éléments de structure et de densité différentes. Ces conditions sont remplies par Tépiderme.
L'épiderme est composé, en eff'et; de couches superposées absolument différentes les unes des autres, reliées ellesmêmes par des soudures d'une matière également différente. Les plus superficieUes de ces couches sont formées de cellules cornées, c'est-à-dire sèches et légères en même temps qu'aplaties ; elles vont en s'épaississant et en s'alourdissant à mesure qu'elles sont plus profondes ; tout au fond, elles sont cubiques ebcharnues, c'est-à-dire pleines de Nquide et lourdes.
On ne pourrait imaginer des circonstances plus favorables à la naissance des phénomènes thermo-électriques. Il nous semble donc tout à fait rationnel d'attribuer l'origine de l'impression calorique à la transformation électrique de la chaleur par les soudures superposées des feuillets épidermiques.
Transformation nerveuse de la force motrice. — L'air en vibration exerce tout aussi bien une pression que la main qui frappe ; on est donc en droit de ramener à un seul et même ordre de phénomènes l'impression tactile et l'impression auditive, et de voir dans tous deux une trans. formation nerveuse de la pression on force motrice.
Impression tactile : l'épiderme sert d'intermédiaire aux impressions tactiles comme aux impressions caloriques, et nous sommes invinciblement entraînés à formuler ici
L'ÉMOTION. 2dl
une théorie en tous points analogue à celle de la transformatio^n thermo-électrique. Nous rappelions tout à Theure que de Félectricité naît par Tinégal échauffement d'éléments de structure et de densité variables. Ne pourrait-il en naître aussi de Tinégale compression de ces mêmes éléments ? Ce n'est là qu'une hypothèse, et nous sommes obligés de la donner pour telle, n'ayant pas le loisir d'expérimenter à cette heure. Cette théorie est également applicable aux matières hétérogènes dont sont composées les cellules nerveuses, et se passerait, au besoin, de Fintermédiaire épithélial.
Une autre explication se présente encore. Que l'on suppose un étranglement ou toute autre déformation survenue en un réceptacle électrique, il semble naturel qu'il en résulte une répartition nouvelle de la force, partant un mouvement de celle-ci, une émotion. Qu'une dislocation pareille se produise dans un accumulateur, l'appareil avec lequel les cellules nerveuses pourront tantôt être assimilées, et je ne doute pas qu'il en résulte des variations dans son intérieur : de véritables émotions. Or, la pression doit produire des effets de ce genre dans les nerfs, et de même le toucher le plus délicat lorsqu'il est appliqué aux filaments très ténus qui les terminent.
Ainsi s'expliquent, de diverses manières, les effets de la pression comme générateur immédiat de^l'émotion : aussi bien la douleur connue de tout le monde au^choc du nerf du coude, que les résultats de l'expérience délicate de M. Ranvier sur le cerveau de la torpille. Effleurer, dit cet auteur^ de la barbe d'une plume le lobe cérébral électrique de cet animal, suffit pour donner naissance à la plus violente décharge électrique dont[il soit capable (1).
(1) L. Ranvier, Traité technique d'histologie, édition de 1875, p. 1098.
Et c'est ainsi qu'en même temps se trouve expliquée, de façon très simple et très naturelle, l'universalité d'action (voir p. 184) de la force motrice comme excitateur de l'émotion nerveuse. La substance même du nerf servant, par ses déplacements, à la formation des courants, on comprend que la pression ne soit jamais prise en défaut. Impression auditive : les terminaisons du nerf auditif dans l'oreille interne, sont armées d'un clavier d'une délicatesse de structure admirable, aux touches extrêmement nombreuses : Torgane vibratoire de Gorti et les cellules épithéliales ciliées derrière lesquelles s'épanouissent les terminaisons nerveuses. La sensibilité de ces cellules n'a d'analogue que celle des cellules nerveuses elles-mêmes dans l'expérience de M. Ranvier rappelée tout à l'heure.
Les explosions nerveuses.
Nous avons montré, au commencement de ce chapitre, que l'impression ne peut être le fait que d'un apport ou d'une soustraction de force électrique. Elle n'est donc jamais spontanée dans le sens étroit du mot. Mais il n'est pas moins vrai que Ton parle dans le langage habituel d'impressions spontanées, et que ce terme répond à un fait déterminé qui mérite d'être analysé.
En réalité, les impressions peuventvenir dedeux sources, ou bien être provoquées par des actions du dehors, ou bien être simplement des modifications électriques imprimées à la cellule nerveuse par les productions électriques intracellulaires. Ces dernières ont l'apparence de la spontanéité, et peuvent être dites spontanées si l'on applique à ce terme la signification d'une origine interne. Voyonsen brièvement la genèse.
Il paraît évident que la force électrique, incessamment
présente dans la cellule nerveuse, est un produit de sécrétion interne, et qu'elle résulte des opérations chimiques qui se passent naturellement en ce milieu comme dans l'intimité générale de nos tissus exposés aux échanges de la circulation nutritive.
Supposons que la production électrique nerveuse se maintienne dans certaines limites restreintes, cette force pourra être tenue en équilibre par la résistance des parois. Mais qu'une cause intervienne qui active cette production, alors les résistances naturelles seront impuissantes à la maintenir et un échappement aura lieu. Cet échappement pourra présenter Taliure d'une explosion.
Telle nous paraît être l'explication naturelle des « explosions émotionnelles » qui font tressaillir et culbuter les bactéries. Telle nous paraît être aussi l'explication naturelle de certaines productions spontanées de la pensée assimilables à des explosions comme on les connaît dans le phénomène pathologique de l'hallucination, et peut-être simplement aussi dans certains éveils apparemment spontanés de ridéation.
LE3 MÉCANISMES PROPAGATEURS DE l'ÉMOTION.
Gomment l'émotion produite en un point de la cellule nerveuse s'y propage-t-elle?
Est-il un mécanisme spécial à la transmission de cellule à cellule ?
Ces deux questions méritent d'être étudiées séparément, et c'est ce que nous allons faire en traitant :
1® Des courants nerveux ;
2** De leur transmission intercellulaire.
Mécanisme des courants neirenx.
Le courant nerveux est celui de la propagation de Tonde électrique, ou de Témotion, dans les nerfs. Il est reconnaissablé à Tépreuve galyanoraétrique. Les effets ordinaires de rémotion le signalent encore plus amplement à Tobservateur.
11 est indispensable, pour en comprendre le mécanisme, d'avoir présents à Tesprit les phénomènes de la conductibilité dans les chaînes électrolytiqnes ou chaînes d'accumulateurs.
Propagation des courants dans les chaînes d'accumu^ lateurs, — Les piles sont des appareils électrolytigues, c'est-à-dire des générateurs d'électricité produite par transformation de la force chimique; elles sont douées pratiquement de la seule faculté génératrice. La rétention ou Taccumulation de la force électrique y est un phénomène secondaire et perturbateur connu sous le Jiom de polarisation»
Les accumulateurs sont des piles façonnées pour utiliser la polarisation, retenir et rendre rélectricité qui les traverse.
Qu'est-ce que la polarisation ?
On appelle /ïoZama^zon dans les piles, des transformations d'électricité en force chimique sous la forme d'une décomposition et d'un dépôt de matière facilement dissociable qui donne lieu à des pôles nouveaux et à un développement d'électricité en sens inverse. Ce sont des transformations d'électricité en force chimique prête pour une retransformation inverse.
A rencontre de ce qui a lieu dans les piles ordinaires, où elle est produite par le courant propre de l'appareil, la
polarisation est effectaée dans les accumulateurs au moyen d'électricité apportée du dehors. La force électrique y est introduite et accumulée pour être ensuite rendue.
On sait, enfin, qu'un accumulateur est formé de lauras superposées ou cellules d'oxyde de plomb retenues en des grillages de même métal et baignant dans Teau acidulée. Le courant de charge a pour effet la peroxydatien de Toxyde au pôle positif, qui prend alors la couleur rouge*du peroxyde, et la réduction du même oxyde au pôle négatif, qui preai, au contraire, la couleur noire du plomb métallique. Pendant la décharge, les deux lames retournent à Tétat d'oxyée de plomb par une transformation exactement înTerse, et Taccumulateur se retrouve à Tétat primitif. (En réalité, les choses sont un peu plus compliquées à cause de Taeide sulfurique du bain et de la formation accessoire dusuHfate de plomb, mais il n'importe pour la théorie,)
Un seul élément composé et formé comme il vient 'd'être dit est, en général, trop faible pour la plupart des appUeations qu'on a en vue, et Ton en associe alors plusieurs que Ton range comme les piles simples en série, c'est -indftDe en les mettant en contact par leurs pôles contraires.
Dans ce cas, les tensions et les résistances intérieaves s'ajoutent purement et simplement. Yeut-on, parexeafk, alimenter une lampe à arc exigeant une chute de 60 yaks au moyen d'éléments ayant chacun une tension de i,5'VfiiH,
fin on les obtiendra par -p3 = 40 éléments accouplés en série*
La force électromotrice de âO éléments sera de moilié moindre et ainsi de suite.
En une pareille série, la tension mesurée d'élément en élément sera trouvée successivement augmentée comme serait le poids dans une chaîne d'individus se transmettant une charge et y joignant personnellement le produit de Jeur
propre travail. On compare cet accroissement à celui de Tavalanche. La force de chute s'y accroît^ en cheminant, des quantités nouvelles de neige qui se joignent à la masse tombante. On le compare encore à ce qui a lieu dans Tâme d*un fusil où la combustion de chaque grain nouveau de poudre augmente d*autant la puissance d'explosion.
Enfin, la propagation du courant est nécessairement lente dans ces appareils. L'acte de la polarisation absorbe de l'électricité et demande du temps. Si donc Ton charge, à Taide d'une pile ou d'une source de résistance élevée, une série de cellules électrolytiques, l'effet de la pile ne sera plus instantané à cause de la quantité d'électricité. nécessaire pour polariser les cellules, mais d'autant plus lent que la résistance de la source sera plus grande.
Propagation des courants dans les nerfs, — Quand on pince ou qu'on excite d'une façon quelconque un nerf à terminaison musculaire, la contraction qui en est le résultat est d^autant plus forte, que le point excité est plus éloigné du muscle, et, par conséquent, que le chemin parcouru est plus grand. Ce fait a été signalé, puis contesté ; il est aujourd'hui généralement confirmé et comparé, comme nous l'avons fait tout à l'heure pour les accumulateurs, au phénomène de Tavalanche. Pflûger a, le premier^ constaté le phénomène et fait la comparaison (1). La comparaison avec les pressions progressives de l'âme du fusil est de Richet (2).
En excitant un nerf assez long sur deux points places à des distances différentes de son insertion dans le muscle, on constate une différence dans la durée de temps qui sépare
(1) E. Pflùger, Untersuch. ueber die Physiol. des Electrotonus, 1859.
(2) Gh. Richet, Essai de psychologie générale. F. Alcan, éditeur, Paris, 1891.
Texcitation de la contraction. Cette différence correspond au temps nécessaire à Tonde nerveuse pour parcourir le tronçon compris entre les deux points excités. Gonnaît-on le temps et le chemin parcouru, il est possible d'en déd uire la vitesse de propagation, c'est ce qu'a fait HelmhoUz et que beaucoup d'autres ont répété après lui. Les résultats obtenus ont varié suivant les nerfs; HelmhoUz, lui, a trouvé dans ses expériences une vitesse d'environ 30 mètres à la seconde. On a indiqué des vitesses supérieures allant jusqu'à 65 mètres, et même, pour les courants sensitifs, d'après des procédés spéciaux plus sujets à caution, et qu'il serait oiseux d'exposer, jusqu'à 132 mètres. On a noté aussi des vitesses inférieures : jusqu'à 5 mètres dans le nerf pneumogastrique.
Le courant nerveux partage donc airec les courants électriques dans les accumulateurs en série ou chaînes de cellules électrolytiques,les deux propriétés fondamentales : i® d'aller en croissant avec le chemin parcouru comme fait une avalanche, et 2^ de n'être point instantané comme le courant électrique ordinaire, mais, au contraire^ d'une extrême lenteur relative. Ces deux circonstances réunies permettent d'identifier les deux sortes de courants et de formuler cette conclusion grosse de conséquence : les courants nerveux sont ceux cfune chaîne électroly tique.
Mécanisme des transmissions intercellulaires.
Question du réseau de Gerlach, — Les cellules nerveuses présentent des expansions fibrillaires qui les rapprochent les unes des autres et les mettent en contact. C'est par leur intermédiaire qu'a lieu certainement la transition des courants. Mais quel est le mode de liaison entre les éléments? Y a-t-il continuité des fibrilles de l'un avec les fibrilles de
fis PSYCHOLOGIE INDIVIDUELLE.
l'autre, avec formation d'an réseau Gontiou ainsi que le prétend Gerlach (1)? Ou bien, au contraire, les cellules nareoses demeurent-elles distinctes ?
On s'appuie aujoord'hui, pour nier la fiision, sur les fignres que donne l'action réductrice de la lumière appliquée aux tissus nerveux préalablement fixés parles bichromates alcalins et imprégnés ensuite d*une solution de nitrate d'argent. C'est la méthode d'imprégnation à l'urgent, d'après Golgi (2), employée systématiquemoit pour colorer les cellules nenreuses, et leurs expansions fibrillaires par Ramon y Gajal (3). En réalité, la méthode de (xolgi est impuissante à démontrer qu'il n'y a pas de fusion entre les expansions t^minales des fibres nerveuses. Les discontinuités de cette coloration d'aspect grenu et irr^ulier sont, avant tout, altribuables aux coagulations irr^ulières ou rétractions dues à l'acide chromique et à ses sels.
On s'appuie encore, pour nier la continuité du réseau de Gerlach, sur les raisons embryologiques et d'expérimentation qui ont permis à Ranvier de démontrer l'unité fibrocellulaire nerveuse (His [4], Forel [5]). Mais ce sont là deux questions différentes. L'unité du neurone ne contredit point à la fusion possible de ses extrémités terminales airec celles du neurone voisin.
(1) Gerlach, Von dem Bûckenmark, Stricker's Handb. der Gewebelehre, Leipzig, 1871.
(2) Golgi, Sulla fina anatomia degli organi centrait del systema nervoso. Milano, 1885-1886.
(3) Les travaux de Cajal sont très nombreux. Il les a réunis dans un opuscule intitulé : tes Nouvelles Idées sur la strticture du système nerveux chez l'homme et chez les vertéàrés. Reinwald, éditeur, Paris, 1894.
(4) His, Histogenèse und Zusammenhang der Nervenelemente. Arch. f.Anat, u. PhysioL, Suppl. bd 1890.
(5) Forel, Einige Hirnanatomische Betrachtungen und Ergebnisse, Arch. /". Psychiatrie u. Nervenkheiten, 1887, bd xviii.
L'ÉMOTION. tt9
En somme, la question mérite d'être réservée, et le mode de contact oa de séparation entre les neurones attend encore sa démonstration.
Qttestion du déplacement des expansions nerveinses terminales. — Tont à Topposé du fusionnement entre les expansions nerveuses dans les fins plexus intercelhilaires des animaux supérieurs est Tobservation faite sur le Leptodera %a/tV}a.Wiedersheim aurait observé ^fue les cellules cérébrales de ce crustacé ont des expansions , non seulement entièrement séparées, mais encore mobiles, et se pouvant rétracter ou allonger, rapprocher ou éloigner spontanément les unes des antres (l)w.
Ge fait doit être rapproché d'un autre découvert par Fr. Boll et concernant le chevelu pigmenté des cellules épithéliales rétiniennes des vertébrés. Ge chevelu pigmenté est attiré entre les bâtonnets de la rétine pendant l'éclairement et se rétracte spontanément contre la cellule dans Tobscurité (voir première partie de cet ouvrage). Gertaines intoxications favorisent ces mouvements <m les ralentissent. On doit noter à ce sujet particulièrement l'effet de la strychnine (Ëngelmann [2]) qui immobilise le chevelu en état de rétraction, la plus vive lumière ne l'en peut alors éloigner.
Est-il permis de conclure de ces faits à une généralisation possible comme on a tenté de le faire? Nullement, me semble-t-il. Et rien ne peut autoriser à déduire de ce qui a lieu, en ces circonstances et pour des conditions anatomiques très spéciales, à ce qui doit être dans les dispositions histologiques toutes différentes propres aux plexus nerveux ordinaires des vertébrés supérieurs. Ainsi, dans
(1) Wiedersheim, Anat, Anzeiger, déc. 1890.
(2) W. Eo^elmann, Ueber Pigmentbewegung imAugcPfiûger's ArchiVj 1885, p. 46S.
cette même rétine où Ton observe le chevelu mobile de Boll, on connaît des plexus multiples de disposition entièrement feutrée, c'est-à-dire faite d'entrecroisements divers, tandis que des mouvements répétés sembleraient devoir entraîner plutôt une disposition parallèle et sans entrecroisements.
Un cas évident de transmission par propagation immédiate. — Le problème de la transmission se trouve éclairé par une expérience de M. Macé de Lépinay publiée en son nom et au mien (i), et confirmée ultérieurement par M. André Broca (2). Quoiqu'elle anticipe sur des faits à développer ci-après, il faut la relater ici.
Supposez qu'il existe quelque part, dans notre organisme, des conditions telles que des impressions venues de côtés différents soient fusionnées en un résultat physiologique unique, et que Ton puisse mesurer également l'effet de chacune d'elles agissant isolément, et celle des deux agissant simultanément. Admettez que Ton ait trouvé le résultat total égaler exactement le double de chacun des résultats partiels, qu'en faut-il conclure?
Il faut conclure, semble-t-il, que les forces venues Je côtés différents sont transmises sans déperdition aucune, car, dans le cas contraire, le total ne devrait pas être du double. Or, le cas supposé se présente naturellement si Ton compare avec la vision d'un œil seul celle des deux yeux réunis. La vision avec les deux yeux a été trouvée produire le même effet que si Ton avait doublé l'éclairage (voir plus loin loi du logarithme). Ainsi, comme dit fort bien M. Broca, les émotions, qui, par plusieurs voies ncr-
(1) De Vacuité visuelle binoculaire. Société française d'ophtalmologie, 1884, p. 56.
(2) A. Broca, Swr le fonctionnement de l'appareil nerveux visuel. Aasocïniïon pour ravancement des sciences, 1894.
veuses, viennent aboutir à un foyer central commun, s'ajoutent purement et simplement.
Si les émotions transmises de côtés différents s'ajoutent sans perte, il y a cent à parier contre un que la transmission est un phénomène simple et dépourvu de tout intermédiaire. Il ne laisse pas de place à un mouvement de rapprochement entre les terminaisons cellulaires qui entraînerait sans nul doute une déperdition de force.
Je suis, en conséquence, amené à conclure que la transmission de la force nerveuse de cellule à cellule a lieu dans les plexus nerveux des animaux supérieurs par simple contact ou par continuité, et non en vertu d'un déplacement des extrémités.