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INTELLIGENCES PRIMAIRES PROPREMENT DITES

Les intelligences primaires de cet ordre sont les appareils nerveux liés directement, d'une part, à l'impressioa première, et, d'autre part, non moins directement, à Texpression ultime dans ses deux formes motrice et sensorielle. On en connaît deux groupes localisés : Tun dans les ganglions accolés aux viscères et aux vaisseaux contractiles, l'autre dans la colonne nerveuse enfermée à rintérieur du racliis, la moelle épinière.

Intelligences ganglionnaires viscérales et vasomotrices.

Les mouvements des canaux vasculaires et ceux des viscères en général, expressions les plus infimes en apparence de la vie végétative, obéissent tous à un mécanisme d'innervation dont le jeu fait reconnaître aisément des signes indéniables d'opération intellectuelle.

Or, il existe au voisinage des vaisseaux et des viscères, et aussi dans Tépaisseur de leurs parois, des agglomérations de cellules nerveuses que Ton appelle ganglions, et plus spécialement ganglions nerveux, pour les distinguer d'organes semblables en apparence, mais entièrement différents, les ganglions lymphatiques. Ces agglomérations sont les foyers nerveux intellectuels primaires incontestés des mouvements vasculaires et viscéraux : ils reçoivent les courants de l'impression et commandent à l'expression. (Jn exemple doit suffire à la démonstration, celui du cœur, dont l'innervation a fait l'objet d'études cent fois confirn)ées et aujourd'hui incontestées*

Rappelez-vous cette expérience de physiologie élémentaire consistant à séparer le cœur vivant de toutes ses attaches nerveuses; on sait qu*il n'en continue pas moins ses pulsations rythmiques. Gela suppose Texistence, dans le cœur même, d'une innervation complète.

Le sang, lorsqu'il vient à remplir la cavité ou telle autre excitation périphérique corollaire de celle-ci, fournit l'impression. Gela suppose des organes capables de transformer l'excitation en courant nerveux et des appareils nerveux aptes à en subir les premières atteintes émotionnelles.

L'existence d'organes nerveux d'expression est non moins évidente, car les contractions du cœur mis à nu ont lieu dans toute l'épaisseur du muscle à la fois, et non pas seulement en des points isolés, dans des libres musculaires qu'on pourrait supposer directement excitées. Si les contractions sont générales, c'est qu'elles sont soumises à des excitations indirectes, telles que seuls les courants nerveux en peuvent fournir.

Enfin, l'intellection est non moins évidente si Ton songe au rythme des pulsations. Celui-ci exige un intermédiaire élaborateur des effets de l'impression.

Pour représenter ces diverses fonctions, il existe dans le cœur au moins deux sortes de cellules nerveuses différentes : les cellules en spirales et les cellules fusiformes. Ces dernières sont particulièrement abondantes dans les ganglions de Bidder, et ont, d'après Ranvier, un rôle évidemment différent des autres, parce que de leur conservation ou de leur destruction dépend la persistance des mouvements ventriculaires (1). Mais il n'est pas possible de différencier quels peuvent être leurs attributions res-

(1) Ranvier, Traité technique^ première édition, p. 84 5, note.

pectives. L'histologie ne nous a pas encore renseignés suffisamment sur les rapports de chacune déciles avec le réseau de fibrilles nerveuses où se confondent les origines des foyers de Timpression et les terminaisons des foyers de l'expression.

J'ajoute que les ganglions cardiaques sont en relation avec la chaîne nerveuse encéphalo-rachidienne par les filets nerveux du nerf vague et du sympathique qui en représentent les dérivations. Les dérivations sont prouvées par les modifications que ces nerfs excités ou sectionnés . apportent aux mouvements du cœur (voir à ce sujet ce qui a été dit à la fin du chapitre précédent).

Intelligences médnllo-spioales.

Moelle épinière, — La moelle épinière est formée, indépendamment des colonnes fibrillaires antérieure et postérieure, dont il sera question chemin faisant, des racines et cornes postérieures gauche et droite, des racines et cornes antérieures gauche et droite.

Les racines postérieures appartiennent aux cellules de Vimpression tactile. Nés à la surface du corps, ces neurones suivent le trajet des troncs nerveux à Tétat fibrilkire ; ils ne trouvent leur noyau qu'au moment d'entrer dans la moelle^ dans Tépaississement de la racine postérieure que Ton appelle \^ ganglion*rachidien» Le ganglion rachidien ou spinal représente donc une agglomération des foyers de l'impression tactile. La fibre nerveuse périphérique représente un bâtonnet rétinien démesurément allongé ; la fibre centrale, beaucoup plus courte , pénètre dans la moelle pour s'y arboriser et entrer en contact avec les cellules des cornes postérieures.

Les cornes postérieures sont faites de substance grise

composée de cellules, petites comme les grains de la rétine ; elles s'en distinguent par une forme multipolaire. En contact par leurs arborisations, en arrière^ avec les organes de rimpression tactile, et en avant avec ceux de l'impression motrice^ les cellules des cornes postérieures représentent évidemment des foyers intellectuels.

Les cornes antérieures^ enfin, de substance également

(Impression.)

Corne postérieure

orne 2.

antérieure^

(Intalleetion). (Expression). c>

Fig. 19. — Schéma histologiqne de la moelle épinière.

grise, sont composées de cellules géantes multipolaires analogues aux grandes cellules de la rétine. En contact, en arrière, avec les foyers intellectuels, elles jettent en avant chacune un prolongement axile ; joint à ceux des cellules voisines, celui-ci va former les racines antérieures de la moelle, se poursuit dans les troncs nerveux et se termine, enfin, sous la forme de plaques nerveuses dans l'épaisseur des muscles. Les cellules géantes des cornes antérieures sont les foyers de Vexpression motrice.

Mais nul ne saurait méconnaître qu'une onde nerveuse, entrée par Tune des nombreuses arborisations postérieures dans la cellule géante multipolaire, doit s*y propager en tous sens. Non seulement elle alimente Texpression motrice, mais elle est aussi réfléchie en arrière dans ceux des foyers intellectuels qu'a épargnés l'impression. Cette déduction d'un raisonnement simple, et, me semble-t-il, irréfutable, attribue finalement aux cellules dites motriceSy des cornes antérieures, le rôle important de rétablir l'équilibre entre les foyers intellectuels des cornes postérieures; elle en fait, à côté de foyers d'expression motrice, qui est leur fonction déjà connue, des foyers d'équilibration nerveuse, une autre modalité de l'expression.

Des expériences simples montrent le fonctionnement du mécanisme dont on vient d'exposer l'architecture :

1° La qualité d'organes impressionnels, afférente aux racines postérieures, est prouvée par le résultat de leur excitation et de leur sectionnement : l'excitation produit la sen* sation , et le sectionnement insensibilise la surface du corps.

2° La qualité d'organes de V expression, afférente aux grandes cellules multipolaires^ est prouvée de même. Leur excitation provoque la contraction musculaire, et leur destruction, la paralysie.

3° Enfin, la qualité intellectuelle des cornes postérieures est établie par l'expérience qui consiste à isoler par une double section une tranche de la moelle comprenant la hauteur d'un couple complet de racines antérieures et postérieures. Un attouchement portant alors sur la surface du corps correspondante à la portion de moelle ainsi séparée du voisinage, provoque la contraction réflexe des muscles, et ces contractions présentent une certaine complexité régulière, indice, non pas d'un simple contact, mais d'une véritable intellection.

4** II resterait à marquer la place des dérivations cérébrales. Elles apparaissent très naturellement, d'une part, dans les fibres ascendantes des cordons postérieurs de la moelle, et, d'autre part, dans les fibres descendantes des cordons antérieurs. Les premières, nées au voisinage des organes de l'impression, conduisent les courants dans la masse cérébrale ; les secondes, nées dans le cerveau, en ramènent les courants et les abouchent aux organes de l'expression. Les dérivations elles-mêmes sont rendues évidentes par les expériences déjà rapportées au chapitre précédent : celles qui montrent les réflexes retardés ou même supprimés par l'activité cérébrale, et celles qui montrent ces mêmes réflexes accélérés et augmentés, au contraire, par la séparation de la moelle d'avec le cerveau.

Moelle allongée. — Arrivées à la région supérieure appelée moelle allongée ou bulbe médullairCy les diverses parties que nous avons appris à connaître dans la moelle se dispersent.

La continuation des cornes antérieures est néanmoins reconnaissable aux noyaux « bulboprotubérantiels » groupés dans le plancher de ce que l'on appelle le quatrième ventricule cérébral» Là est l'origine des nerfs moteurs des XIP, XI% X«, VII% VI% IV« et III* paires crâniennes, c'est-à-dire le foyer nerveux d'expression pour la plupart des muscles de la région céphalique, cervicale et thoracique.

Les foyers intellectuels correspondants sont, pour une partie certainement, dans les corps quadrijumeaux. (Leur connexion avec les mouvements oculaires est établie par la physiologie expérimentale, et l'on y signale des grains ou petites cellules en abondance.)

Quant aux foyers d'impression, ils ont leur origine à la surface du corps : dans les yeuX; dans les narines, dans

la bouche, sur la peau de la face et sur la peau du cou, car il nait^de toutes ces parties, des réflexes qui mettent en mouvement les yeux, la face, la langue, le cou, la poitrine, tous les muscles, en un mot, qu'innervent les nerfs bulbaires.

INTELLIGENCES ANNEXEES A L IMPRESSION.

Nous groupons dans cet article l'histoire d'appareils intellectuels reliés d'une façon directe aux foyers impressionnels de Témotion, et indirectement à ceux de l'expression. Nous allons les passer en revue et terminer par un aperçu concernant la physiologie du cervelet, le plus important dVntre eux.

Le bulbe olfactif.

(Fig. 20.)

On sait que les nerfs olfactifs^ après être sortis de la muqueuse nasale, avoir traversé la lame criblée de Tethmoïde et avoir pénétré dans le crâne, vont se perdre dans une saillie des lobes cérébraux que l'on nomme le bulbe olfactif. Voici longtemps déjà queLuys et aussi Meynert, avaient, par intuition, comparé cet organe à la rétine avec laquelle la parenté est, en effet, on ne peut plus étroite. J'ajoute que la parenté est non moins étroite avec le cervelet, ainsi qu'il sera démontré dans la suite.

Les organes de première impression correspondants des cellules à cônes et bâtonnets de la rétine sont représentés par la cellule olfactive^ organe cilié situé à la surface de la pituitaire, au milieu des cellules épithéliales, ayant là son noyau, et se prolongeant ensuite en une longue

fibrille à travers la muqueuse et Tos jusqu'au bulbe olfactif.

Les organes de V expression sont représentés par les cellules mitraleSy grands neurones multipolaires à arborisations multiples faisant face, d'une part, aux organes de l'intellection et se prolongeant, d'autre part, en un cylindre-axe à destination lointaine.

Dérivation '^ de la oonnaiseaDoe.

Intellect ion (grains).

Expression (cellule xnitrale).

Réseau fébrillaire superficiel.

Impression (cellule olfactive).

. Fig. 20. — Schéma histologique du bulfe olfactif.

Les organes de Vintellection^ enfin, sont des grains^ petites cellules de forme généralement triangulaire et à triple arborisation.

Les contacts intermédiaires entre ces divers foyers ont un siège commun placé tout à la surface du bulbe olfactif sous la forme d'un épais réseau fibrillatre (couche moléculaire des anciens auteurs).

On doit noter que, contrairement à ce qui a liçu dans la rétine, les grandes cellules de Texpression occupent le milieu entre les deux autres; elles se trouvent semées dans le réseau fibrillaire^ près de la surface de Torgane. Cette disposition paraît résulter de circonstances topographiques particulières qui entraînent les cellules mitrales en bas et en arrière dans la direction de leur prolongement axile, tandis que les grains sont attirés vers le haut dans la direction de Técorce cérébrale la plus voisine.

Elle 'paraît aussi résulter du fait à signaler encore : qu'une relation directe, un court-circuit, est établi entre l'impression etTexpression par la voie d'organes spéciaux, les glomérules olfactifs.

Suivons maintenant la marche d'une émotion née à la surface de la pituitaire par une impression chimique des cellules olfactives.

Cette émotion rencontre tout d'abord le plexus : elle y est triée en raison des tensions et des résistances en courants de différentes hauteurs (les odeurs) que recueillent séparément les grains, foyers intellectuels de l'appareil •

Les cellules mitrales fonctionnent comme il a été dit, en général, des grands foyers multipolaires et servent en premier lieu à ramener l'jêquilibre détruit par l'impression dans le champ intellectuel olfactif : l'émotion entrant par une voie sort par toutes les autres, gagne ea retour les foyers intellectuels ménagés par l'impression, les allume à son tour et donne naissance aux contrastes de l'odorat.

Les cellules mitrales servent en outre, parleur prolongement axile, à l'expression motrice. Ce prolongement rallie, en effet, les régions profondes au voisinage des noyaux moteurs supérieurs de l'intelligence médullo-spinale. Il noue aussi, nous dit-on, des relations avec Vécorce cérébrale (écorce de l'hippocampe) ; nous en verrons tout

à l'heure le rôle probable. Le réflexe moteur le plus connu de cette intelligence est réternuement. Peut-être le courtcircuit dont nous avons signalé Texistence dans le glomérule joue-t-il un rôle dans son mécanisme. Ce qui me le fait croire^ c'est que Téternuement succède aux excitations mécaniques comme aux excitations chimiques de la pituitaire ; il est indifférent à Tintellection olfactive et peut se passer par conséquent des plexus et des grains.

Telestle résumé succinct des opérations de Tintelligence primaire de Tolfaction. Il reste à en préciser les dérivations. L'une émane des foyers intellectuels et gagne Técorce •cérébrale immédiatement au-dessus. Là est évidemment le foyer des perceptions harmoniques de Todorat ; Tautre, la dérivation en retour, coupe au besoin les réflexes par un courant de sens contraire, ou interfèrent; elle est représentée logiquement par l'articulation des cellules mitrales avec Técorce de Thippocampe signalée ci-dessus.

La rétine.

(Voir fig. 18, p. 247.)

La rétine contient des organes nerveux d'impression : les cônes et les bâtonnets ; elle possède des foyers intermédiaires d^intellection : les grains ou cellules interplexiques, séparés des précédents par un réseau (plexus basai) et séparés des suivants par un autre réseau (plexus cérébral) ; des organes d'expression nerveuse : les grandes cellules multipolaires, dont le cylindre-axe gagne- le cerveau par le nerf optique ; enfin des fibres nombreuses qui relient directement le plexus cérébral avec le nerf optique et le cerveau.

Le mécanisme de la rétine longuement étudié antérieurement et déjà rappelé plusieurs fois, est supposé le suivant :

Le courant nerveux de la couleur né par transformation chimique puis électrique de la lumière, impressionne les cônes et les bâtonnets.

L'émotion, divisée et triée en hauteurs ou tensions diverses par les arborisations du plexus basai, gagne les foyers intermédiaires intellectuels et par eux les organes de l'expression.

Des organes rétiniens de l'expression, ou grandes cellules multipolaires, le courant est réfléchi donnant naissance aux sensations de contraste ou d'équilibration.

Des cellules multipolaires, le courant se poursuit aussi directement dans le sens de leur prolongement cérébral et c'est là un point qu'il ne nous a pas encore été donné de discuter. La fin de ce courant me paraît être d'aboutir aux foyers des nerfs moteurs pupillaires, palpébraux et oculaires proprement dits, dont on connaît les nombreux réflexes.

Il reste les fibres qui ont pris leur origine dans le plexus cérébral. Celles-ci seules, assez nombreuses pour un pareil rôle, représentent la voie par où les couleurs sont propagées à la connaissance (à Técorce cérébrale).

L'analogie avec le bulbe olfactif nous fait admettre enfin un courant de retour émanant de Pécorce cérébrale et aboutissant dans les cellules multipolaires pour en neutraliser l'action motrice.

Ainsi sont représentées les quatre fonctions essentielles et caractéristiques d'impression, d'intellection, d'expression dans ses deux formes, équilibrante et motrice, de dérivation enfin, nécessaires à l'intelligence complète de la vision. On comprendra qu'il ne soit pas insisté plus longuement sur un sujet déjà, semble-t-it, épuisé.

Le cervelet.

(Fig. 21.)

Je considère le cervelet comme une annexe intellectuelle des ganglions rachidiens, du trijumeau facial et de tous les foyers de première impression nerveuse concernant le tact, l'audition et le goût. Il mérite à ce titre une place très importante comme intelligence primaire annexe à côté du bulbe olfactif et de la rétine.

Histologie. — Tous les nerfs du tact conduisent au cervelet : ceux de la face, par la cinquième paire de nerfs crâniens, ceux du reste du corps par la moelle épinière.

Le nerf auditif et le nerf gustatif {glossopharyngten) y plongent également. Ces nerfs sont les foyers de première impression de Tappareil que nous étudions ; ils ont leurs noyaux pour le tact dans les ganglions rachidiens et dans le ganglion similaire de Gasser (trijumeau), pour Touïe dans les neurones bipolaires du nerf auditif, pour le goût enfin dans le ganglion du nevf glossopharyngien.

Les foyers de Tintellection sont représentés par les grains semés d'abord sur le parcours de la moelle dans ce qu'on appelle la colonne de Clarke^ îlot tout à fait insuffisant complété plus haut par l'ample couche que Ton en rencontre sous Técorce du cervelet. Ces foyers, représentants de la couche interplexique dans la rétine, sont en contact par leurs arborisations inférieures avec l'impression. Ils émettent, d'autre part, une ample arborisation inverse.

Les foyers de l'expression sont constitués comme toujours, par de grandes cellules multipolaires, les cellules de Purkinje à arborisations multiples, d'une part en contact avec celles de Tintellection et émettant d'autre

part un prolongement cylindre-axiie à destinations lointaines, cérébrale profonde et cérébro-corticale.

Un abondant réseau fibrillaire (couche moléculaire), situé tout à la surface du cervelet, met en relation Jes arborisations des grains et celles des ceZ/ti/es^e Purkin/e; il sert en même temps de point de départ à des fibres nombreuses à destination cérébro-corticale.

Marche des émotions, — Considérons une impression tactile, celle des membres inférieurs par exemple. Arrivée aux premières arborisations de la cellule initiale, Témotion est partagée suivant les tensions et les résistances et répartie entre les grains.

De ce point, Témotion se déverse dans les grandes cellules multipolaires de Purkinje, Le courant qu'elle y allume est propagé dans deux directions : Tune s'en va par le cylindre-axe donner naissance aux contractions musculaires réflexes ; l'autre revient en arrière se déverser en retour dans toutes les voies laissées libres par le courant d'arrivée, rétablir l'équilibre dans le champ de l'intellection tactile, en éveillant les contrastes.

Restent enfin les dérivations : Tune, centripète, conduit des grains à l'écorce du cerveau les émotions une fois triées, pour en éveiller la connaissance; l'autre, en retour, est supposée venir de l'écorce cérébrale, s'aboucher aux terminaisons de la grande cellule multipolaire ; elle est la voie par où la connaissance arrête les réflexes.

Il est évident qu'un raisonnement identique conduirait aux mêmes conclusions concernant la marche des impressions auditives et celles des impressions gustatives et il nous est permis d'en faire grÀce au lecteur.

Expérimentation, Interprétation générale. — L'expérience fondamentale qui doit nous renseigner sur le fonctionnement du cervelet est son ablation pratiquée, à

L'INTËLLIOËNCE.

l'exemple de Flourens, surtout sur les oiseaui, parce que ces animaux survivent à l'opération (1).

Les oiseaux ainsi opérés ne présentent ni anesthéaie, ni paralysie, mais un défaut d'harmonie des mouvements et

(ganglion richidien), ( — gloHopturyng

en particulier un défaut d'équilibre qu'on a appelé rataxie cérébelleuse. On a l'occasion de l'observer sur l'homme lorsque des fojers morbides produisent la destruction de cet organe.

{() P. Floureas, tteehêrchei expérimentait» sur les propriétés et les fondions du système nerveux dans les animaux vertébi'is. Psrii, leit, Crevol, éditeur.

PSYCH. NATUn. 18

L*ataxie est frappante, reconnaissabie à l'insécurité de la station verticale, à l'incapacité d'exécuter des mouvements proportionnés; les mouvements dépassent le but ou ne l'atteignent pas, ils sont mal coordonnés et mal équi> libres entre eux. De même le pigeon s'agite d'une façon désordonnée, impuissant à marcher et à voler. On note, en outre, du vertige et, au point de vue mental, dit-dn, l'indifférentisme, mais avec conservation entière de la connaissance.

Cette expérience établit tout d'abord le rôle du cervelet comme organe intellectuel annexe, n'intéressant pas directement la connaissance et ne servant pas non plus aux communications directes entre elle et l'impression.

L'expérience affirme ensuite le rôle du cervelet comme ordonnateur et régulateur des réflexes de l'impression tactile. L'ataxie cérébelleuse en est la preuve.

Il n'existe pas de documents expérimentaux directs concernant le rôle du cervelet en ce qui concerne l'ouïe et le goût. Peut-être cependant, faut-il en voir un indice dans l'analogie qui existe entre les symptômes qui accompagnent les lésions du cervelet et les troubles provoqués par les blessures de certaines parties de l'oreille interne, les canaux semi-circulaires. Flourens, à qui l'on doit les premières expériences de ce genre (1), en a été frappé, et nous ne pouvons moins faire que de signaler à notre tour cette coïncidence.

Maïs à défaut même de preuves expérimentales^ Tanatomie me paraît être un guide sûr, et c'est en m'appujant en partie sur elle, que je me crois autorisé à cette affir-

(1) Flourens, Sur les conditions fondamentales de l'audition et sur les diverses causes de la surdité (Comptes rendus, 27 décembre 1824, avec addition du 10 janvier 1825 touchant le phénomène qui suit la section des canaux semi-circulaires).

mation toute générale : le cervelet est Torgane régulateur des sensations du tact, de Touïe et du goût.

Le cervelet est en particulier le siège essentiel de leurs réflexes sensoriels ou contrastes et à ce titre le grand facteur de l'équilibration tant sensorielle que motrice.

Annexe de Tintelligence médullaire dont les foyers d'intellection sont bien trop peu nombreux pour expliquer l'affinement du sens tactile^ il joue pour le toucher, comme pour le goût et l'ouïe, le rôle intellectuel dévolu pour le sens visuel à la rétine et pour le sens olfactif au bulbe de ce nom.

Puisse cet exposé mettre fin à l'embarras des physio> logistes en quête de localisations cérébelleuses exclusivement motrices ou exclusivement sensitives. Le cervelet n'est ni l'un ni l'autre au point de vue de la connaissance ; il est tous les deux à la fois au point de vue des réflexes. Il est, et c'est là sa définition fonctionnelle, équilibrateur de la sensibilité tactile, auditive et gustative, c'est-à-dire V équilibrateur par excellence de la sensibilité.

Beaucoup d'auteurs ont expérimenté, après Flourens^ surlecervelet,etontécrit à son sujet. Mais nul n'en a grandi la fonction comme le docteur Frédéric Gourmont. L'ouvrage (1) de cet auteur est une accumulation d'arguments de fait et de présomption tendant à prouver que le cervelet, en même temps qu'il joue secondairement le rôle que Ton sait dans l'équilibration des mouvements, est, par excellence, le foyer de cette espèce de sensibilité que la psychologie courante des littérateurs oppose en tant qu'irréfiéchie et brutalement réflexe aux produits du raisonnement et appelle à tort le sentiment. Cette thèse a fait

(1) Fréd. Gourmont, le Cet^elet et ses fonctions. Paris, 189i, F. Alcan, éditeur, in-So, 600 pages. — Le Cervelet^ organe psychique etsensitift même éditeur, 1894, 64 pages.

sourire, parce qu'il n'y a pas, nous le verrons, de réel sentiment sans connaissance, et que le cervelet n'appartient pas à la connaissance* Mais on aurait tort de faire à Gourmont une chicane de mots. Equilibrateur presque général de la sensibilité, foyer de contrastes ou réflexes sensoriels du tact, du goût, de Touie, régulateur des réflexes de motricité, le cervelet est, sans contredit, le grand maître de la sensibilité, et Frédéric Gourmont, pour Tavoir démontré à sa façon, mérite, dans l'histoire physiologique du cervelet, une place d'initiateur.

L'argumentation de Gourmont est fort séduisante. En voici un aperçu que j'emprunte à mes notes :

« G'est une tradition ancienne que celle qui place dans la partie postérieure du cerveau , le siège des facultés affectives : Técole phrénologique s'y est rattachée, mais la phrénologie de Gall était un rêve. Luys a entrevu la vérité; d'autres ont pu la formuler sous forme d'hypothèse.

« Que faisait donc jusqu'ici le cervelet, cet organe si important par son volume, plus riche que le cerveau Jui* même en cellules dites psychiques? R\en ou presque rien. On l'enlevait, et les animaux, conservant l'intelligence, n'étaient remarquables que par une démarche titubante; d'où l'opinion courante qu'il est un organe moteur. Cette interprétation étonne aujourd'hui, d'autant plus qu'on voit les nerfs sensitifs en majorité y aboutir.

(( £h bien, non ; l'animal et l'homme atteints par le ceiTelet, qui ne présentent pas, en effet, d'altérations de rintelligence raisonnante, sont remarquables par l'aberration constante du domaine de la sensibilité intellectuelle. A l'absence du cervelet répond l'apathie, l'absence de toute émotion : cris, tressaillements, marquant la peur et autres. A son excitation correspondent toutes sortes d'observations dans le même domaine. Au contraire, que

le cerveau seul vienne à mauquer par malformation, atrophie, ou par le fait de Texpérience, les cris et toutes autres manifestations émotives persistent dans leur intégrité.

« L'ivresse alcoolique, caractéristique par l'exaltation ou par la dépression presque exclusive des fonctions dites de sentiment^ provoque des altérations du cervelet. Ce fait n'avait pas échappé à Flourens, qui avait même établi un parallèle entre l'animal alcoolisé et l'animal dont il manipulait le cervelet. ^

« Le nerf auditif plonge en entier dans le cervelet. Or, est-il un sens plus émotif que celui de l'ouïe? Les animaux et l'homme ne manifestent-ils pas l'émotion par le cri : cri de joie ou de souffrance, et la musique n'est-elle pas l'art sentimental par excellence ?

« Dans la série animale il est des types dont le cervelet est rudimentaire : les reptiles, les poissons. Ce sont des êtres égoïstes, sans nul souci de leur progéniture, s' entredévorant faute de mieux. Les oiseaux^ au contraire, qui couvent affectueusement leurs petits et les entourent ensuite de soins, qui se défendent mutuellement au prix de leur vie, qui présentent des exemples de sociabilité extraordinaire, dont plusieurs cultivent le mariage monogamique et donnent niême des preuves d'un véritable amour psychique, les oiseaux ont le cervelet déjà fortement développé.

« Chez les mammifères, enfin, on connaît un groupe d'êtres dont le cervelet est extraordinaire : les cétacés. Or, leur histoire abonde en traits d'afifectuosité. Non seulement ils pleurent (on dit : « Pleurer comme un veau marin»), mais ils se défendent les uns les autres ; lesindividus blessés sont soutenus et emportés par leurs compagnons. On a vu le mâle suivre, jusqu'au rivage, la femelle harponnée, ne point se laisser rebuter par les coups et s'installer auprès du cadavre tiré sur le rivage.

« L'homme, dont le cervelet est plus développé que celui de tous les animaux, offre, entre les sexes, une différence remarquable. Celui de la femme a été trouvé représenter les 126 millièmes du poids total de Tencéphale, tandis que celui de l'homme n'a donné que 122. On n'ose pas insister, mais on ne peut s'empêcher de rappeler la richesse sentimentale de la femme, telle que l'expérience de la vie nous la montre.

(c Le cervelet de Gambetta est considérable, celui de Bertillon, conservé dans le même musée, Test moins. Les cerveaux de ces deux hommes présentent des rapports inverses. On n'ose pas non plus insister sur ces différences, mais il semble que le remueur d'hommes, Tenthousiaste, ait été remarquable surtout par le cœur^ et le statisticien savant et réservé, plutôt par la froide raison.

« Disparu de la poitrine, le cœur semblait évanoui. Il est retrouvé. »

En résumé, et laissant de côté maintenant la très artistique et très savante démonstration de Gourmont pour rentrer dans la pure mécanique, je conclus :

L*organe appelé, pour Timportance de son volume, le petit cerveau, mérite son nom par l'importance de sa fonction.

A la fois équilibrateur et régulateur annexé aux foyers de première impression, il représente les perfectionnements extrêmes d'un appareil rudimentaire de vulgaire mécanique : la soupape des machines à vapeur.

Gette comparaison suppose une soupape armée d'articles capables de réagir, non pas seulement d'une façon directe sur la pression totale de la chaudière, mais aussi partiellement sur les membres qu'elle manœuvre.

INTELLIGENCES ANNEXEES A L EXPRESSION.

Les noyaux des hémisphères cérébraux.

Deux expériences de vivisection sont le fondement de cet article. L'une consiste dans Tablation entière des lobes cérébraux suivant Texemple de Flourens (1), l'autre dans leur décortication d'après le procédé de GoUz (2). La différence entre leurs deux résultats doit marquer le rôle attribuable aux foyers cellulaires cachés dans la profon^ deur des lobes cérébraux : les corps optostriés et lenticulaires. Nous allons y reconnaître une intelligence annexe siège des instincts, « mouvements réflexes composés et généralisés» comprenant la marche, les soins élémentaires de la mère à ses petits, les soins élémentaires de Talimentalion, etc.

Ablation des hémisphères cérébraux.

L'ablation des hémisphères cérébraux a été pratiquée sur toutes espèces d'animaux.

La grenouille a l'attitude normale ; elle conserve seule* ment l'immobilité ; elle ne fait d'autres mouvements que ceux qui sont sollicités par une provocation extérieure ; elle ne mange pas seule et ne cherche pas à saisir les insectes qu'on place à sa portée ; mais si on lui introduit un peu de viande dans le pharynx, elle l'avale immédiatement; si on lui pince le pourtour de l'anus, elle saute

(1) Flourens, Recherches expérimentales jetc,^ loc, cit. (2J Goitz, Ueber die Verrichtungen des Grosshims (Arch, de Pflûger, t. XX).

en avant ou fuit en rampant; placée dans Teau, elle exécute des mouvements de natation parfaitement coordonnés ; mise sur le dos, elle se retourne. Elle a conservé le sens de Téquilibre ; si on la place sur une planchette et qu*on incline la planchette, dès que Tinclinaison dépasse 45 degrés et qu'elle est sur le point de tomber, elle saute pour se remettre en équilibre; si l'on passe doucement le doigt sur la peau du dos, entre les épaules, elle pousse un cri, et le reproduit toutes les fois que Texcitation cutanée se reproduit; enfin, si les nerfs optiques sont conservés, elle évite, en sautant, les obstacles placés au-devant d'elle.

Les oiseaux restent, les yeux fermés, perchés dans l'immobilité la plus complète, sauf les mouvements respiratoires ; si on les irrite, ils ouvrent les yeux, agitent leurs ailes, se remuent un peu, puis retombent dans leur apathie; jetés en Tair, ils volent; ils marchent quand on les pousse ; ils ne peuvent manger seuls. Les pigeons ainsi opérés peuvent vivre longtemps si l'on prend soin de les nourrir.

Chez les mammifères, les mêmes phénomènes sont observés, seulement l'opération est promptement suivie de mort.

En résumé, l'ablation des hémisphères cérébraux laisse subsister les réflexes, mais détruit en même temps toute liaison entre eux. La preuve enestque l'effet réflexe d'une impression demeure borné au champ étroit et limité de l'excitation : le sujet avale les corps mis en contact avec son arrière-gorge, mais des aliments étant placés sous ses yeux, avec lesquels il voit pourtant, il ne cherche pas à les saisir.

Décortication des hémisphères cérébraux.

Cette opération consiste à enlever, à Taide d'un courant d'eau d'une pression suffisante, la substance grise de la couche corticale des hémisphères. Pour cela, on pratique sur le crâne d'un chien deux couronnes de trépan à une certaine distance l'une de l'autre, et on introduit obliquement dans la substance grise une canule de forme particulière par laquelle arrive un jet d'eau sous forte pression. On peut ainsi, en recommençant plusieurs fois l'expérience sur divers points du crâne, décortiquer un hémisphère entier et même la presque totalité des hémisphères en conservant la vie de l'animal.

Goltz a constaté les faits suivants sur les chiens dont la surface cérébrale était ainsi décortiquée. La sensibilité paraît diminuée; la motricité, d'abord paralysée, demeure affaiblie. L'animal se comporte comme si tous les objets étaient pour lui dans le brouillard, et comme s'il ne distinguait plus les couleurs, etc.^ etc. La marche est automatique, les animaux sont paresseux et peu intelligents ; ils ne savent plus retrouver leurs niches, leurs petits.

Conclusion : les noyaux cérébraux, siège des instincts.

En résumé^ tandis que, après Tablation totale des hémisphères, l'animal a été transformé en un automate, dont les organes sont en grande partie indépendants les uns des autres, que le résultat des excitations y apparaît en des mouvements localisés au champ voisin de l'excitation et sans effets ultérieurs; après la décortication, il n'en est pas de même. L'animal, il est vrai, a besoin d'être excité,

il est encore un automate, mais l'impression subie'retentit en des réflexes multiples et successifs. Il ne cherchera pas sa nourriture, mais si on la présente à ses yeux, il se lèvera, la viendra prendre, mâcher et avaler de luimême.

Or, qu'est-ce que des réflexes ainsi enchaînés les uns aux autres, sinon ce que Ton appelle des instincts? L'activité des noyaux profonds des hémisphères parait ainsi nettement déterminée. Elle consiste à lier les impressions à des mouvements multiples, elle aboutit aux réflexes composés, autrement dit aux instincts.

Je fais grâce au lecteur des détails histologiques concernant les noyaux des hémisphères, ne trouvant pas, dans les documents à ma portée, de quoi les intéresser, et je termine en expUquant pourquoi j'ai cru devoir annexer l'appareil des instincts aux intelligences primaires plutôt qu'à l'intelligence supérieure, et à l'expression plutôt qu'à l'impression. D'abord, je me hâte de le dire, cela est sans importance fondamentale. Il m'est indifférent même que Ton préfère donner à l'appareil des instincts une place à part, celle d'une intelligence secondaire, intermédiaire entre les précédentes et l'intelligence supérieure. Celte interprétation, très logique, serait justifiée par l'anatomie comparée. L'anatomie comparée nous apprend, en effet, que, chez les poissons, le mé3océphale occupe la plus grande place et doit probablement appartenir à la connaissance. Il m'est également indifférent que l'on préfère considérer l'appareil des instincts comme étant plutôt un diverticule de l'impression, car, ainsi que je l'ai formellement indiqué, toute intelligence étant un intermédiaire entre l'impression et l'expression, tient nécessairement aux deux.

Mais voici : j'ai joint cet appareil aux intelligences pri-

maires et l'ai écarté de Tintelligence supérieure, parce que les instincts auxquels il préside n'appartiennent guère plus aux foyers de la connaissance que les réflexes élémentaires. Je Tai placé à l'expression plutôt qu'à l'impression tout simplement, parce qu'ainsi le veulent la symétrie et certaine logique, certain équilibre inhérent aux choses de la nature que notre schéma général de l'intelligence (fig. 22, p. 297) fait ressortir avec netteté.

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