LE SOMMEIL
Anciennes théories.
11 a été proposé naguère (1) par Lépine, et développé par Mathias Duval, une théorie d'après laquelle le sommeil serait accompagné d'un retrait mécanique des arborisations cellulaires nerveuses, accompagné par conséquent de vraies solutions de continuité entre les foyers de Tintelligence. Je me hâte de dire que l'histologie ne connaît pas, dans le cerveau, de fait applicable à cette théorie. On n'y a jamais rien observé qui puisse faire croire à des mouvements analogues à ceux des cellules nerveuses ganglionnaires de certains crustacés (p. 219) ou au déplacement des expansions pigmentées de l'épithéiium rétinien (p. 86). Je me hâte de rappeler aussi que la disposition habituelle des réseaux intercellulaires nerveux des animaux supérieurs ne paraît aucunement se prêter à un pareil mécanisme. Il n'importe, du reste, au fond, car l'explication même de ce déplacement serait à trouver, et la question du sommeil en serait à peine avancée.
Passons sans insister sur des soi-disant théories tout aussi peu explicatives basées sur le fait de l'anémie cérébrale qui accompagne le sommeil au dire de tous les expérimentateurs. (Notez que je n'ai pas dit les auteurs, car on a beaucoup disserté sur ce point.) Il est d'absolue no-
(1) Société de biologie, 2 et 8 février 1893.
loriété que les organes se congestionnent dans l'activité, et se vident de sang dans Tétat de repos ; les yeux s'injectent par l'excès de travail ; la peau rougit quand on la frotte, et les glandes se gorgent de sang par le fonctionnement ; de même le cerveau s'hypérémie quand il fonctionne et s'anémie en cas contraire. On ne saurait voir dans ce fait qu'un signe de fonctionnement et de non-fonctionnement^ un corollaire, mais non une explication du sommeil.
Passons également, sans insister davantage^ sur les relations entre les quantités d'oxygène absorbé et d'acide carbonique excrété, différentes dans l'état de veille et celui de sommeil. L'homme endormi sécrète relativement plus d'acide carbonique et absorbe relativement plus d'oxygène. On dit qu'il en fait provision. C'est là certainement encore un corollaire et non une explication.
Il reste enfin une seule théorie réellement importante, celle qui est basée sur l'existence de poisons hypnotisants. S'il est des substances, telles que le chloroforme, capables de provoquer le sommeil^ n'est-il pas possible d'attribuer sa venue naturelle à la formation spontanée de pareilles toxines. Telle est la question, posée par Preyer, à laquelle M. Bouchard semble avoir donné une couleur expérimentale en montrant que l'urine excrétée dans le jour serait narcotique au lieu d'être convulsivante comme l'est l'urine produite durant la nuit.
Mais la narcose chloroformique n'est point assimilable au sommeil naturel, elle en diffère, nous Talions voir^ du tout au tout.
En réalité donc, cette explication n'est pas beaucoup plus heureuse, et la question doit être reprise indépendamment de toute idée préconçue.
Définition symptomatique du sommeil.
Le sommeil est caractérisé par l'extrême réduction de l'activité intellectuelle supérieure. C'est un fait d'observa* tion sur lequel il est à peine besoin d'insister.
L'individu qui dort est, à la réserve près des rêves, assimilable à l'animal décortiqué de l'expérience^ celui à qui l'on a enlevé totalement l'écorce des hémisphères cérébraux. Or, on sait que le propre de cet animal est^ tout en ayant perdu ce qui concerne le domaine ordinaire de la connaissance^ d'avoir conservé le jeu des réflexes simples et composés. Tel est exactement le cas de l'endormi : son cœur bat, ses pupilles se contractent à la lumière, il retire le membre que l'on a chatouillé, il se gratte à l'endroit piqué, il marche même, et le cas est fréquemment observé dans les marches nocturnes des militaires ; la femme allaite son enfant, elc. Bref, des réactions les plus simples aux réflexes instinctifs les plus composés, tous les réflexes persistent; cela signifie que les intelligences primaires et primaires accessoires ne cessent pas de répondre aux excitations.
Voyez combien le sommeil diffère d'un état similaire, le narcotisme de l'intoxication chloroformique, ou le coma d'autres intoxications, le coma des fièvres en particulier, celui du diabète lorsqu'il atteint son degré extrême de pleine résolution assimilable à l'état de narcose. Ici, tout à rencontre du cas précédent, les réflexes médullaires et cérébraux sont aboHs plus encore que l'activité intellectuelle supérieure : les membres peuvent être pinces et brûlés presque sans réaction, alors que ledéHre tourmente l'intelHgence.
Dans la narcose chloroformique, l'insensibilité va pro-
gressant notoirement des extrémités à la tête, si bien même que Ton peut pratiquer des opérations des membres en état d'insensibilité et pourtant en état de connaissance. On note dans la narcose comme dans le coma, entre autres abolitions de réflexes, celle si frappante du réflexe pupillaire, qui n'appartient nullement au sommeil.
Bref, le sommeil d'un côté, le narcotisme et le coma de l'autre, représentent deux entités très dififërentes presque contraires qui ne sauraient être confondues. Le sommeil est représenté par un état d'inactivité relative de l'intelligence supérieure, coïncidant avec la persistance des réflexes, la narcose est caractérisée par l'inactivité des réflexes autant et plus que par la torpeur de la connaissance. Nous aurons à nous occuper du principe de la narcose comme d'un adjuvant préparatoire, mais non d'un facteur direct du sommeil, qui n'en a que faire.
Le sommeil paraît, en définitive, répondre à une inter^ ruption nerveuse établie à la pointe de ^intelligence supérieure. Telle peut être formulée sa définition symptomatique. C'est de cette interruption ou solution de continuité de courant qu'il faut sonder le mécanisme.
Adjuvants préparatoires du sommeil.
Notons d'abord cette première préparation tout occasionnelle : Vexclusion des excitations venant du debors. On se prépare au sommeil en éteignant les lumières, en cbassant les bruits, en recberchant le coucber douillet, en éloignant en un mot, autant que possible, toutes les impressions du debors. C'est le premier facteur préparatoire du sommeil.
Notons une autre préparation non moins évidente : Y épuisement de la force nerveuse. On ne s'endort que fati-
gué par une aclivilé prolongée, alors que les sources où s'alimente la force nerveuse, longtemps mises à réquisition, ont été jusqu'à un certain point épuisées. La circulation matérielle sanguine travaille sans doute à les réparer, mais elle a une puissance limitée, et notre activité débordante tend sans cesse à utiliser toutes ses ressources. L'épuisement nerveux est un deuxième facteur préparatoire du sommeil.
Un troisième facteur est l'embarras de la cellule par les déchets narcotisants de sa combustion. La circulation matérielle lymphatique tend à les éliminer au fur et à mesure de leur production, mais notre tendance individuelle à pousser à Textrème l'activité de la pensée doit devancer la puissance habituelle d'élimination et gorger la cellule de matières usées. U auto -intoxication trouverait donc ici sa place.
Un quatrième facteur est enfin, sans contredit, la polarisation. Une pile qui a longtemps fonclionné cesse de produire à cause d'elle. Les zincs sont chargés d'oxyde qui donne naissance à des courants de pôle contraire et entrave la circulation. Il doit en être nécessairement de même dans les foyers nerveux qui, eux aussi, cessent leur office lorsque les impressions successives les ont chargés de souvenirs. Un repos s'impose pour la fixation des souvenirs qui doivent persister et pour TéUmination des matières polarisées mal fixées, encombrantes par leur mobilité même. L'embarras de la cellule par les polarisations mal fixées est, entre les facteurs préparatoires du sommeil, certainement non des moindres.
Le réflexe-sommeil.
Mais plus j'y pense et plus je constate qu'en tout ce qui précède, si Ton voit bien de quoi expliquer la raison du sommeil', on n'y trouve pas l'explication de son allure brusque à la venue et brusque au réveil. On n'y trouve pas non plus la cause d'un rythme qui, pour être commandé par la régularité des jours et des nuits, n'en existe pas moins indépendamment d'elle. On n'y trouve pas, en réalité, l'explication du phénomène qu'il reste maintenant à tenter.
Les faits qui viennent d'élre rappelés : brusquerie dans l'acte de s'endormir et brusquerie dans celui de s'éveiller, rythme dans l'apparition^ sontTindice certain que le sommeil, tout inactivité qu*il paraisse, est le fait d'une fonction, d'une activité. Il est en réalité l'expression intellectuelle réflexe des excitations soporifiques, un réflexe, et représente comme tel les effets d'une intelligence dont on doit reconnaître l'impression, Tintellection, l'expression, •et déterminer le siège.
Le mécanisme en question n'est sans doute pas aussi simple que celui par lequel on ferme les paupières des poupées quand on les couche, mais il n'en est pas moins très accessible au raisonnement inductif. Je demande pardon de cette comparaison avec un mouvement mécanique très élémentaire; si triviale qu'elle puisse paraître, elle mérite d'être présentée pour faire saisir clairement toute la portée du fait fondamental qui esta la base de la théorie, celui qui fait du sommeil un acte réflexe.
Impression, — Les agents excitateurs du sommeil sont bien connus de tous et l'on n'a qu'à rappeler ce qui fait dormir pour en avoir Ténumération présente à la mémoire :
1° La position horizontale ; 2^ L'occlusion des paupières ;
3^ Toute une série d'excitations sensorielles ayant en commun Tuniformité et la durée^^ Ce sont :
a) Le regard fixe et prolongé sur un objet immobile ou se mouvant en un rythme régulier;
b) La répétition d'un même son dans un rythme uniforme, et aussi la prolongation d'un môme son ;
c) Les attouchements traînants de la face et des membres, répétés longuement et dans un rythme uniforme, appelés passes magnétiques,
4° Les appels par l'intermédiaire du geste en général et du langage en particulier, soit sous forme d'allusion, soit sous forme d'injonction, autrement dit : les suggestions ou excitations de l'idée sommeil.
5° Mais, le sommeil, une fois commencé, dure. Si notre explication est vraie, si le sommeil représente bien une fonction d'activité réflexe, il lui faut une provocation incessante pendant tout le temps de sa durée. Quelle est cette excitation? Quelle est, en d'autres termes, Texcifation naturelle permanente qui vient prendre lieu et place de l'excitation soporifique accidentelle ? Il ne saurait, j'imagine, y avoir aucune hésitation à ce sujet. Cette excitation réside dans les mouvements organiques et en particulier les mouvements de la circulation, auxquels on ne connaît pas de sommeil.
Voyez donc comment s'explique maintenant le caractère général des impressions soporifiques. Elles ont l'allure commune de répétition, douce et uniformément rythmée, celle de la sensation que Ton éprouve à se sentir vivre dans l'état d'inactivité des sens et soumis aux seules exci* tations des mouvements organiques : le sourd mugissement qui est le tic-tac habituel de notre propre moulin.
L'INTELLIGENCE. 3îl
Que ce tic-tac vienne à s'altérer et la cessation du sommeil en résulte aussitôt. Est-il rien, en effet, qui réveille comme les intermittences du pouls ? Je le demande à tous ceux qu'ont surpris les intolérances du tabac. On s'endort, et puis, tout à coup, on est éveillé brusquement dans une palpitation. Cet exemple me paraît montrer à Tévidence combien la régularité de la circulation est un facteur important du sommeil. J'ajoute que la régularité de pouls du dormeur est un fait constant, si connu des médecins, qu'ils s'en servent couramment pour le diagnostic des états vésaniques simulateurs du sommeil. Un pouls battant irrégulièrement sous l'influence de la venue du praticien, ou des paroles qui se disent, ou des événements qui survien* nent, est un indice de veille.
Remarquez que nulle distinction n'est faite entre les provocations naturelles et les provocations artificielles du sommeil. Elles se confondent absolument, si bien que, sous l€urvocable,.vient à se confondre aussi ce que Ton a appelé magnétisme animal, très justement dénommé de nos jours hypnotisme, et dont toute l'histoire se confond avec la physiologie du réflexe sommeil. Le narcotisme, aux con^ traire, s'en écarte formellement.
Siège de timpression soporifique : Gomment reconnaître, au milieu de ces diverses excitations, un signe, un fil conducteur qui permette de déterminer le siège anatomique de l'impression soporifique dans l'organisme intellectuel?
Faites attention que, dans l'énumération ci-dessus^ il y a une excitation qui est une idée, c'est-à-dire une impression du domaine de l'intelligence corticale. Yoilà, fixée, pour une partie du moins, l'origine intellectuelle du réflexe soporifique dans les cellules corticales d'impression, et tout concourt pour montrer qu'il en est de même du
3t2 PSYCHOLOGIE INDIVIDUELLE.
reste. Nous croyons, en conséquence, que lesorganes d'impression de rintelligence soporifique siègent dans Técorce des hémisphères, et plus spécialement dans les cellules représentant Timpression dans Tintelligence supérieure. Il reste à en déterminer plus précisément la place.
On doit d*ahord considérer comme points d'origine du sommeil -réflexe tous les foyers appartenant à la constitution de ridée sommeil. Gela découle évidemment de tout ce qui précède.
En second lieu, et plus spécialement, Ton doit considérer comme points d'origine du sommeil-réflexe les cellules corticales correspondantes à la sensation des paupières fermées, ainsi que tous les foyers dispersés correspondants à celle de la station couchée.
Il est enfin une dernière origine qui répond à des impressions quelconques, pourvu qu'elles soient prolongées, ou de rythme uniforme et de faihle quantité, et qui a, par conséquent, pour siège^ Tensemhle des foyers i m pressionnels de l'intelligence supérieure.
En résumé, le point de départ du réflexe-sommeil apparaît dans l'excitation des centres corticaux répondant à l'idée du sommeil, à ceux où siège la conscience des paupières fermées et de la station couchée, à toutes les cellules d'impression dans le domaine de la connaissance, lorsque l'excitation a lieu suivant un certain mode ; enfin, d'une manière tout à fait générale, il réside dans le domaine cortical de rimp9*ession,
Expression, — On connaît des réflexes moteurs. On connaît des réflexes sensoriels ou de sensibilité récurrente auxquels nous attribuons la fonction équilibrante sensorielle. Le réflexe du sommeil n'appartiendrait ni à l'une ni à l'autre de ces catégories, puisque son résultat est Tinactivité. C'est un réflexe neutralisant et plus précisément
LINTELLIGENCE. 3i8
interfèrent^ pour employer à nouveau l'expression que Claude Bernard a imaginée dans rezplication des phénomènes nerveux d'arrêt.
De même que les interférences lumineuses correspondent à des extinctions de lumière, de même aussi les inter^ férences nerveuses répondent à des extinctions de courants nerveux.
Suivons-en la marche : tôt émané des cellules d'impres^ sion corticale^ le courant spécialement doux, continu ou uniformément rythmé (produit par les impressions tactiles^ auditives ou visuelles appropriées, et le courant sans doute analogue émis par les foyers spéciaux qui ont été énumérés], gagne les foyers de Tintellection supérieure, s'y répand en tous sens, est trop faible pour se propager au Join, mais non trop faible pour créer autour deTécorce cérébrale une zone de courant centrifuge contre laquelle se viennent buter toutes les impressions ultérieures.
Il suit de cet exposé, imaginaire sans doute, mais dont on ne saurait nier Tapparence véridique, que le sommeil est le courant réfléchi ({\n^ sous Tinfluence des excitations énumérées, enveloppe le foyer cortical de l'impression dans son ensemble ; tel un léger brouillard né [des pre^ mi ères lueurs du jour, recouvre la plaine et cache aux yeux les rayons du soleil.
Sommeils partiels (double personnalité, amnésies,
anesthésies, parésies).
Le sommeil est ou bien général, c'est le sommeil pror prement dit; ou bien il est partiel, et en voici les princir pales formes :
On peut hypnotiser à volonté certaines chaînes d'idées, ou chez un hypnotisé général, exclure du réveil certaines
chaînes également. On peut même en circonscrire assez pour provoquer les allures d'une double personnalité : Ja personnalité complète et une personnalité amoindrie de toute une série d*idées ou de souTcnirs.
Le sommeil partiel est, sous une autre forme, connu de tout ie monde ; c'est ce que Ton nomme à tort défaut momentané de mémoire. En réalité, la mémoire ne fait point défaut, et la preuve en est qu'une circonstance favorisante quelconque, une banale association d'idées réveille le nom cherché, très bien fixé dans le domaine du souvenir, mais endormi derrière une interférence accidentelle.
La migraine produit un grand nombre de ces sommeils partiels dans les domaines les plus variés de Tentendement. On connaît, en particulier, dans la migraine^ la disparition plus ou moins complète de moitiés entière^ du champ visuel, de la vision entière d'un œil ou même delà vision totale.
L'interférence peut porter ses effets jusque dans les fonctions intellectuelles à terminaison motrice et provoquer des parésies qui sont des sommeils partiels de la motilité. C'est le cas, en particulier, de plusieurs variétés d'aphasie. L'observation en est faite quelquefois dans la migraine, mais elle y est rare. Elle est fréquente dans les explosions violentes du sentiment, telles que la peur, dont on sait les effets paralysants. Elle est plus particulièrement le propre de l'état morbide que Ton nomme hystérie.
L'hystérie, un état fréquent chez les jeunes sujets des deux sexes, et en particulier chez les femmes, consiste en une extraordinaire finesse et délicatesse de sentiment, le rendant très impressionnable à toute excitation. Les excitations soporifiques y sont particulièrement promptes à effet, et ces effets se présentent sous toutes les variétés possibles : sommeils partiels aux limitations les plus variées
dans tous les ordres d'idées, jusques et y compris les idées motrices. Les anesthésies et les paralysies sont le lot de ces malades avec toutes les étrangetés des hypnoses partielles ou totales allant jusqu'à la léthargie. On décrit très bien en particulier (voir p. 154) les aneslhésies de la vue connues sous le nom à'amblyopie et à^amaurose hystériques. (Les convulsions dont sont atteints aussi ces névrosés ne sauraient naturellement rentrer dans le cadre des interférences, à moins que ce ne soit indirectement et par Texclusion des centres préposés aux régulations motrices.)
Le réveil.
Le réveil résulte notoirement de toute impression forte. Gela ne peut signifier autre chose, sinon qu'il est la victoire de l'impression sur la résistance du nuage d'interférence.
Mais, dira-t-on, il y a le réveil spontané et rythmique survenant quand les réparations organiques ont atteint leur plein effet et que les cellules nerveuses elles-mêmes ont réparé leurs pertes , éliminé leurs crasses encombrantes. En réalité, est-il si spontané qu'on veut bien le dire, et ne se souvient-on pas généralement, même au plus doux réveil, de sa cause occasionnelle, si minime soit- elle ? Après un long repos, quand les nerfs sont dégagés de toutes scories, qu'ils sont à nouveau approvisionnés de force alimentaire, un rien suffit à vaincre le minime courant interférentiel alimenté par les excitations organiques.
Mais,ajoute-t-on encore, il y a le réveil spontané, voulu. Oui, sans doute, le vouloir peut s'appliquer au réveil, mais le réveil n'en est pas pour cela spontané. Réfléchissez que si je me suis proposé de me réveiller à telle heure et que je me réveille en effet, ce n'est point spontanément,
mais en verlu d'une excitation spéciale associée dans la mémoire à Tidée de Theure, de telle façon que les seuls indices habituellement suffisants à en donner au dormeur le Yague sentiment évoquent, dans le cas particulier, la force polarisée, et y puisent les éléments d'une émotion vive capable de surmonter les interférences.
Réveil partiel. — Ainsi que le sommeil, le réveil peut être partiel, et Ton en observe tous les degrés, depuis la simple perception d'un fait, et les quelques associations d'idées qui s'y rattachent, jusqu'au somnambulisme^ état dans lequel le sujet, quoique endormi^ mais parliellement réveillé, peut accomplir des actes partiellement réfléchis.
Conclusion.
Une conclusion générale se dégage enfin de cette étude du sommeil, c'est l'incessante activité de l'intelligence supérieure. On s'en doutait par les rêves^idées frustes aux associations lâches et mal ordonnées. Mais les rêves ne représentent pas une activité continue. La continuité est faite à côté d'eux par le sommeil lui-même.
En d'autres termes, et telle est la vérité d'ordre tout général sur laquelle il faut insister en terminant : la force individuelle, dans son organisation dernière en intelh'gence supérieure, n'interrompt jamais le fil de ses évolutions, le sommeil lui-même est une activité.
Dormir est accomplir un acte de la pensée, c'est éveiller et entretenir un courant d'interférence autour de Técorce cérébrale.