‹ La psychologie naturelleChapitre 55 sur 66 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Définition et preuves.

L'harmonie, du grec àp[L6q, qui signifie engrenage, est <( Tengrenage » ou l'action réciproque des émotions les unes sur les autres.

On dit qu'il y a accord quand des émotions multiples parviennent, en s'articulant , àproduire un résultat commun d'association, et désaccord dans le cas contraire.

L'influence réciproque des émotions les unes sur les autres est démontrée de la façon la plus péremptoire par l'observation immédiate que nous en faisons à chaque instant dans tous les domaines. Dois-je rappeler les faits qui ont montré la couleur variant pour une même impression suivant son entourage : le même blanc ou le même noir différemment nuancé, suivant que Ton a plaqué sur lui une tache de couleur opposée ?

Ne sait-on pas des oueurs ce que le bourdonnement de la mouche peut devenir sous l'archet du violoncelliste ; et des saveurs ce que l'amer piment change de caractère en entrant dans la composition d'un ragoût; et des odeurs ce que les relents de l'écurie empruntent aux plus suaves senteurs ; et des toucheurs ce qu'est la fraîcheur de la source devenue le froid glacial du cadavre ou la dureté du bois devenue mollesse delà pierre; et des sentiments,

enfin, ce qu^est, entre autres, Thorreurdu massacre devenue l'ivresse guerrière ?

Je n'en finirais pas si je voulais entrer dans les détails de ces exemples. Les indiquer suffit à prouver l'existence d'un jeu de relations entre les émotions, d'un engrenage qui est le mécanisme de l'harmonie. Un fait les résume tous; c'est l'unité de la connaissance individuelle ou notion de personnalité, un phénomène harmonique s'il en fut. Qu'on se figure pour un instant les émotions circulant isolées et sans communication entre elles, c'est la négation de notre personnalité. Vous souvient-il des pages consacrées antérieurement à la personnalité, constituée, disionsnous, par la continuité de tension dans un même foyer, et de sa comparaison avec le fil des Parques (p. 173)? Cette comparaison peut être reprise pour être appliquée à la connaissance. Si l'unité psychique est constituée par la continuité de la tension, celle de la connaissance, elle, est constituée par la contiguïté du mouvement simultanément ou successivement communiqué aux diverses parties de l'immense foyer multiloculaire que représente rinleJligence.

L'harmonie étant ainsi définie et prouvée, Ton veut s'attacher à déterminer d'ahord quel en est le fonctionnement général pour en présenter ensuite les principales appii^cations.

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