‹ La psychologie objective;Chapitre 101 sur 145 · Tithner. Miîid., vol. IV · texte numérisé non relu

Tithner. Miîid., vol. IV

5. G. Martius. Ueber die musculare Reaktion u. die Aufmerksamkeit. Phil. Stud., VI.

Pour notre part, nous avons trouvé une différence analogue à celle de Lange, mais moins fortement prononcée *.

D'autres recherches ont mis en lumière l'action de la concentration nerveuse sur l'intensité des impressions, mais les résultats ne sont pas ici tout à fait concordants.

Les expériences de Munsterberg sur les impressions visuelles, auditives et musculaires semblent prouver que la concentration nerveuse les rend moins nettes2, mais cette conclusion a été infirmée à la vérification où on a vu qu'avec le procédé de Munsterberg elle ne pouvait être déterminée d'une manière continue 3. Les recherches de Kulpe ont donné des résultats incertains 4 et celles de Miss Washburn parlent dans un sens directement opposé 8.

L'organisation de ces dernières consistait en ceci. Les sujets étaient invités à fixer le ciel pendant vingt secondes, après quoi ils observaient la reviviscence des traces lumineuses en notant la succession et la durée des phases de chaque couleur. Puis on reprenait l'expérience, les priait de faire un effort de concentration, et constatait que les couleurs complémentaires étaient respectivement altérées, par exemple, la couleur bleue par la persistance de la couleur rouge, etc., etc.

En résumé, les changements sous l'effet de la concentration nerveuse, se réduisaient à ceci :

1° Les couleurs choisies devenaient plus nettes ;

2° Elles apparaissaient plus tôt ou persistaient plus longtemps que dans les conditions normales.

L'auteur finit par conclure que la concentration nerveuse a pour effet aussi bien un renforcement qu'une certaine inhibition des processus d'impression.

1. Il est à noter que dans le cas d'une « concentration musculaire », le mouvement coïncide souvent avec le début de l'excitation et peut même le précéder. Gela s'explique par la tension qui se développe dans les muscles et qui aboutit parfois à la décharge avec le bruit que produit le mécanisme d'horlogerie dans le chronoscope de Hipp.

2. Munsterberg. The intensifying effect of attention. Psych. Review.

3. Hamlin. Attention and distraction. Amer. Journ. of Psych., vol. VIII.

4. Kulpe. Gomm. au IIIe congrès intern. de Psych., p. 180-182.

5. M. Washburn. Subj. colours and the after image. Mind., 7, 1899.

BECHTEREW.

Dans toutes ces recherches, ce qui était le plus important, c'était de diriger la concentration nerveuse du sujet. On l'obtenait généralement par un des procédés suivants : 1° par l'excitation d'un organe sensoriel ; 2° par l'imposition d'un travail cérébral ; 3° par la production d'un état émotionnel à l'aide d'une odeur agréable ou désagréable. Mais la difficulté était d'obtenir un effet durable et susceptible d'être contrôlé par l'expérimentateur. Si les résultats ont été aussi peu concordants, cela s'explique justement par le fait que la concentration ne restait pas fixe et glissait facilement vers d'autres objets.

C'est pourquoi dans nos propres recherches nous nous sommes appliqués avant tout de trouver le moyen de fixer la concentration nerveuse du sujet et de la contrôler à tout instant. Nous croyons l'avoir obtenu parle procédé suivant.

Nous détournions la concentration nerveuse par un travail forcé, notamment par l'addition des chiffres qui apparaissaient un à un sur un cylindre rotatif. Ce dernier portait une bande de papier quadrillé où les chiffres alternaient avec des carrés vides. Un écran muni d'une ouverture de la grandeur de ces derniers ne permettait d'apercevoir qu'un seul carré à la fois. Le sujet devait additionner chaque paire de chiffres et inscrire la somme avant l'apparition des chiffres suivants. Ceci permettait de tenir la concentration nerveuse constamment attachée et de la stimuler même au besoin par l'accélération du mouvement, par l'augmentation des chiffres, par des changements dans leur inscription, etc., etc. Les changements en question servaient aussi bien à étudier la force de la concentration qu'à éviter la monotonie qui engendre facilement la fatigue chez le sujet. Enfin, il y avait là en même temps un moyen de contrôle, car chaque affaiblissement de la concentration se traduisait par une erreur ou une lacune d'addition.

Un autre appareil, nous permettait de produire des excitations sonores très finement graduées et séparées par des intervalles quasi mathématiques.

Cet appareil se composait d'un mât métallique verticalement planté sur une espèce de caisse, avec deux plans inclinés à

l'intérieur, partant de la base du mât. A celui-ci se trouvaient attachés des bras mobiles permettant de lâcher des billes en os de différentes hauteurs. La chute des billes contre le plan incliné produisait le son voulu, après quoi elles étaient projetées contre les parois matelassées et le son se trouvait immédiatement amorti. Cette disposition supprimait les bruits secondaires qui se produisent dans l'appareil à chute du chronoscope de Hipp et permettait de produire les sons avec une netteté absolue Ч

Les expériences faites avec ces deux appareils (Dr Povarnine) ont montré que lorsque l'attention est détournée par le calcul, les sons paraissent moins nets de hauteur, comme de timbre, et aussi moins proches. Si l'expérience se prolonge, la perception auditive finit par accuser des trous.

En résumé, on a vu que plus la concentration se détourne, plus le processus d'impression perd de sa netteté.

M. Dissard a inventé un autre procédé. Il appliquait deux excitations simultanées, de force à peu près égale, mais de qualité différente, visuelles, gustatives, olfactives ou tactiles, et constatait que sauf en ce qui concerne ces dernières, l'impression n'était nette et durable que là où se trouvait dirigée la concentration nerveuse du sujet2. Il faut ajouter que les excitants étaient appliqués à des parties symétriques du corps. Ceci prouve également l'influence de la concentration nerveuse sur la perception. Quant au cas opposé où se trouvent les impressions tactiles, il s'explique par l'isolement complet des voies nerveuses qui transportent l'excitation.

Citons enfin les recherches qui ont pour objet le seuil différentiel des perceptions et qui permettent de constater encoie щ une fois l'action de la concentration nerveuse.

Celles-ci ne sont pas très nombreuses, ni d'une portée très

1. On trouvera la description détaillée de l'appareil dans les Archives de Psychologie, 1906, p. 108. Un mécanisme complémentaire fait qu'il sert aussi avec succès à contrôler le chronoscope de Hipp. Le déclanchement qui fait tomber la bille entraîne la fermeture du courant électrique et le contact avec la plaquette interrompt ce, dernier. Gela permet de se passer du « marteau contrôleur» dont l'adjonction est si coûteuse.

2. A. Dissard. Influence de l'attention sur la perception des sensations. Revue philos., 1895, p. 454.

sûre. Les expériences de DarlingtonetdeTalbott ont donné une augmentation des réponses justes sous l'effet de la musique. Il est vrai qu'il s'agissait d'impressions de poids produites par des haltères et dépassant un peu le seuil différentiel (250-265 gr. pour certains sujets, 200-260 gr. pour d'autres) l. Dans les expériences de Meyer 2 et de Birch 3 les impressions étaient plus fines, étant produites par deux sons et deux nuances de la couleur grise, mais les sensations concomitantes étaient encore plus légères, étant fournies par les parfums, et les résultats ont de nouveau donné une augmentation des réponses justes.

Dans notre laboratoire on s'est servi de l'appareil que nous venons de décrire, permettant de détourner l'attention d'une manière effective et continue, et les résultats ont accusé une diminution des réponses justes.

Les impressions étaient de nature auditive produites par la chute des billes sur le plan incliné de l'appareil, la première bille tombant de la hauteur uniforme de 20 centimètres, les suivantes d'une hauteur variant entre 22,5 et 26 centimètres. Chaque son était séparé par un intervalle de deux secondes et le premier était précédé d'un avertissement avec une pause de la même longueur. Les tableaux de calcul formaient six séries de six nombres chacune et se succédaient dans Tordre ascendant de leur complication. Les conditions générales étaient autant que possible, les mêmes, chaque facteur particulier, tel que l'heure du jour, l'état d'esprit et l'âge du sujet étant pris en considération.

On commençait par déterminer le seuil différentiel des perceptions pour chaque sujet, ce qui demandait de 100 à 150 expériences. Comme tel il était convenu de prendre la plus % petite différence qu'il pût reconnaître 7 fois sur 10. L'expérience môme commençait tantôt par le son plus fort, tantôt par le son plus faible. Les réponses se classaient en justes, fausses

1. Darlington et Talbott. Distraction of the attention. Amer. Journ. of Psych., v. IX.

2. F. E. Meyer. A study of cert. meth. of distract, the attention. Amer. Journ. of Psych., vol. VIII.

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