Woodworth. Le mouvement
cendre l'escalier. D'autre part, il fait observer que la mesure de l'étendue est indépendante aussi bien de la vitesse que de la force du mouvement. Les mouvements peuvent être tout à fait différents comme force, comme vitesse et même comme direction, et malgré cela être reconnus égaux comme étendue.
Fallerton et Gattell concluent aussi à l'existence d'une base spécifique de l'appréciation des distances, ayant trouvé que l'étendue des mouvements est appréciée plus exactement que leur durée ou leur force *.
Enfin, il faut prendre en considération le rôle des organes de la coordination statique qui déterminent la position du corps par rapport auquel se fait l'appréciation des distances. Ce sont les canaux semi-circulaires et la région du troisième ventricule sur lesquels nous nous sommes déjà étendus à propos de la station debout et de la marche. Les impulsions qui partent de ces organes doivent contribuer également à l'appréciation des distances 2.
Celle-ci apparaît donc, malgré sa complexité, comme étant de nature essentiellement motrice, relevant d'une part des données immédiates de la vue et du toucher et, d'autre part, de toutes les associations établies par l'expérience antérieure de l'individu.
Appréciation du temps. — L'appréciation du temps est sans contredit en rapport direct avec celle des distances et ne présente, pour ainsi dire, qu'un développement des réactions spatiales, mais le mécanisme général de celle-ci est encore très peu clair. On sent ici plus que jamais le défaut des recherches systématiques faites d'un point de vue objectif, car la plupart des traités consacrés à cette question sont basés sur l'introspection et ne contiennent que des considérations théoriques.
Pour nous, la connexion des jugements qui portent sur le temps avec les mouvements, surtout rythmiques, ressort
1. Fallerton et Gattell. On the perception of small distances, 1892.
2. W. Bechterew. Le rôle des organes de l'équilibre dans l'appréciation de l'espace. Revue neurologique (russe), 1 895. Ind. sép., 1896.
déjà de l'observation journalière. Pour apprécier la distance on se sert couramment des intervalles de temps. On dit « une heure de marche », « quelques minutes de distance », etc., etc. La division même du temps concorde plus ou moins avec la marche, car un pas double de vitesse moyenne mesure à peu près une minute (0,98 ".)
Mais à côté de cela, il faut reconnaître aussi un certain rôle aux impressions auditives. Celles-ci aident à mesurer le temps, même lorsqu'elles viennent de loin et ne s'accompagnent d'aucun mouvement (coups de cloche, rythme musical, etc.).
L'expérience montre que le rythme le plus commode est celui des sons d'un métronome se succédant à 0,5 sec. d'intervalle, ce qui correspond de nouveau à la vitesse moyenne de la marche.
Gela s'explique probablement par le fait que ces intervalles se rapprochent le plus des contractions de la membrana tensor tympani, comme le prouvent aussi les impressions spécifiques de tension et de décharge qui se succèdent dans l'oreille sous l'effet de ces contractions.
Le minimum de vitesse qui permet de sérier les sons est marqué par des intervalles d une minute correspondant encore une fois à la durée d'un pas double.
Dans la vie courante, on peut saisir une quantité de connexions du même genre. Le rythme des marches musicales est en rapport avec la vitesse de la marche humaine et la vitesse des mouvements de la danse est en rapport avec le rythme de la musique. Dans la poésie comme dans le chant populaire la mesure s'adapte aux mouvements rythmiques de la main ou du pied, ce qui explique la désignation comme « pieds » des divisions du langage poétique.
Le développement des rythmes musicaux est dû certainement à la différenciation des fonctions du gosier et des cordes vocales. C'est ce qui a rendu possible la complexité des rythmes qu'on trouve dans la musique contemporaine. Mais cela n'empêche pas qu'il se conserve jusqu'à présent une certaine connexion de ces rythmes avec les mouvements de la main. On en voit la preuve dans le fait que le
bâton du chef d'orchestre guide tous les musiciens qui parti cipent à l'exécution du morceau.
Du reste, outre les mouvements personnels de l'homme, il existe un certain rythme dans la nature même, qui lui aide à mesurer le temps. Tel est le rythme du balancement des pendules, la succession du jour et de la nuit, du sommeil et de la veille, etc., etc.
Si on tient compte de la participation totale de l'organisme on arrive à conclure que l'appréciation du temps relève de trois sortes de réactions : visuelles, auditives et muscuîo-articulaires. Le concours de ces facteurs a pour effet non seulement une plus grande exactitude des mouvements — ce qu'on observe dans la marche, dans la danse, dans le travail musculaire et la gymnastique — mais encore une plus exacte appréciation du temps.
Le plus petit intervalle que nous puissions saisir, est généralement désigné comme seuil de la perception du temps. Celui-ci varie naturellement selon la nature des organes sensoriels. Mach a essayé de l'établir pour les trois organes en question et a obtenu les chiffres suivants en millièmes de seconde : pour l'ouïe, 16, pour le toucher, 27,7, pour la vue, 47.
D'autres expériences ont donné des résultats un peu différents. D'après Exner, pour la vue le seuil était à 44 millièmes de seconde, tandis que, d'après Weyer il variait entre 42 et 52,8 ; pour l'ouïe, le premier le fixait à 2 millièmes, tandis que le second le voyait entre 1 ,7 et 5,5. Comme on le voit, la différence était particulièrement sensible pour l'organe de l'ouïe, ce qui doit être attribué aux différences individuelles en rapport avec le plus ou moins grand développement du sens musical.
En ce qui concerne le rôle des organes visuels, les expériences de Weyer ont montré que dans l'obscurité les intervalles semblent deux fois plus longs qu'à la lumière. Ceci prouve que l'appréciation du temps dépend non seulement de la différence des organes sensoriels, mais encore des conditions externes de la réaction.
Comme conditions internes on trouve naturellement la concentration nerveuse et de l'exercice.
Enfin, l'appréciation varie aussi un peu avec la grandeur des intervalles. Les grands intervalles sont généralement jugés plus petits qu'ils ne sont, les petits, au contraire, plus grands qu'en réalité.
Outre le seuil simple ou absolu des perceptions du temps, on peut établir encore le seuil différentiel, résultant de la comparaison de deux impressions. Ici on distingue deux cas ; la comparaison de deux intervalles remplis par une impression et la comparaison de deux intervalles simplement limités par des impressions.
Pour les intervalles limités par deux impressions on a trouvé un point neutre où l'appréciation correspond tout à fait à la réalité. D'après les uns (Kollert, Estel) ce point se trouve à 0,7", d'après les autres (Meumann) à 0,5", Pour les intervalles remplis par une impression on a trouvé que l'appréciation avait toujours une tendance à l'exagération.
Les recherches expérimentales datent ici déjà de pas mal d'années. Un des premiers travaux était celui de Mach sur le sens du temps dans l'activité de l'appareil auditif1. Peu après parut l'œuvre capitale de Vierordt qui embrassait près de 2000 expériences 2. Malheureusement celui-ci ne tenait jamais compte des impressions qui limitaient les intervalles.
Les recherches portaient sur la reproduction d'une flexion du bras dans le coude et sur l'appréciation delà durée d'un travail mental. Comme résultat il a trouvé quelques différences dans l'appréciation des petits et des grands intervalles.
Ainsi, par exemple, il a trouvé que jusqu'à une certaine limite les intervalles sont sur-estimés et, au delà, sous-estimés ; que cette limite varie en rapport avec la régularité des expériences, avec la longueur des temps d'arrêt, etc., etc.
On peut citer ensuite les travaux de Kollert, Estel, Mehner et autres, mais ils n'ont pas donné de résultats bien précis.
N. Lange a trouvé que l'appréciation des intervalles est sujette à des fluctuations qui ressortent surtout lorsqu'il s'agit