‹ La psychologie objective;Chapitre 133 sur 145 · Journ. de Psych. norm. et palh., nov.-déc · texte numérisé non relu

Journ. de Psych. norm. et palh., nov.-déc

2. Mosso. Arch. il. cl. Biol., 1890. Arch. f. Anal. u. Phys., 1890.

fort volontaire d'un doigt dans le soulèvement des poids avec celui qu'il peut fournir sur l'excitation électrique du nerf correspondant (n. medianus), on trouve, dans le second cas, une somme de travail plus grande que dans le premier. Ce résultat était dû, d'après lui, à ce que les centres cérébraux se fatiguent plus vite que les muscles eux-mêmes.

Poussant l'expérience plus loin, il a vu que, malgré cela, un doigt exténué par les excitations électriques peut être soulevé par un effort volontaire. Ceci montrait que les centres ont des réserves d'énergie indépendantes et qui peuvent subvenir au défaut de l'énergie musculaire. Enfin, une troisième expérience a montré que lorsque le doigt est exténué par les efforts volontaires, il suffît de passer pour 30 secondes aux mouvements passifs produits par l'excitation électrique, pour le voir redevenir capable de faire un travail volontaire. Autrement dit, ce bref intervalle suffisait pour rétablir la réserve d'énergie des centres.

De ces trois expériences, Mosso avait conclu que la fatigue dépend principalement de l'état des centres cérébraux et que l'envoi des impulsions personnelles devient impossible par suite de la dénutrition des éléments cellulaires. Cette conclusion semblait se confirmer par le fait que le travail cérébral qui ne s'accompagne d'aucun effort physique, produit un abaissement très net de la courbe musculaire, aussi bien pour les mouvements volontaires que pour les mouvements déterminés par l'excitation électrique.

Se basant là-dessus, Mosso a même émis l'hypothèse que le travail des centres produit une désagrégation du tissu nerveux et sature le sang de produits toxiques qui déterminent l'affaiblissement du tissu musculaire. A la dénutrition des éléments cellulaires, il ajoutait donc un empoisonnement par les toxines et citait, à l'appui de sa thèse, un autre fait, notamment que la transfusion du sang d'un animal fatigué par les efforts musculaires détermine, chez l'autre animal, les mêmes phénomènes de fatigue.

L'hypothèse de Mosso a été encore confirmée par les recherches de Weichardt, mais elle nous paraît déjà assez fon-

dée et nous aimons mieux passer aux faits qui ont servi à établir une thèse directement opposée. Les expériences de Maggiora ont montré notamment que la fatigue des muscles se transmet des uns aux autres sans qu'on découvre une action quelconque sur les centres cérébraux1. Il semble donc que la dénutrition se limite ici au tissu musculaire. Trenes se prononce aussi résolument pour la théorie périphérique de la fatigue2. Il affirme avoir obtenu des variations de la courbe musculaire, comme dans les expériences de Lombard, par l'excitation directe des muscles au moyen du courant électrique.

D'autre part, aux expériences de Mosso avec l'alternance des impulsions personnelles et des excitations électriques, on répond que la comparaison n'était pas juste, ces dernières n'étant pas de force égale. Tel est, entre autres, l'avis de Mlle le Dr Yoteyko qui les considère comme étant tout à fait incommensurables3. Elle ajoute que la courbe du travail reste cependant la même et l'action bienfaisante du massage sur les muscles, comme l'a démontrée Zabloudowsky et autres, parle en faveur de la théorie périphérique de la fatigue.

Devant cette seconde série d'arguments qui nous paraît avoir aussi son poids, nous nous sentons forcés d'adopter une théorie mixte, attribuant les phénomènes de la fatigue, d'une part à l'activité des centres, mais d'autre part, aussi, à l'état des muscles.

La comparaison des ergogrammes permet, du reste, d'aller encore plus loin, en distinguant, selon les cas, la prépondérance de l'une ou de l'autre. Comme l'expérience montre que le travail intellectuel a pour effet de diminuer la longueur des courbes, sans altérer leur hauteur, on peut conclure que la diminution de la hauteur est due à la fatigue des muscles et la diminution de la longueur, à la fatigue des centres.

C'est ce qui ressort, du moins, des recherches de Kraepelin et Hoche4. Pour eux, la fatigue des centres ne diminue pas la

Page 1