CHAPITRE VI
Origine sensorielle des impressions internes. Impressions musculo- articulaires. Action des impressions internes sur les processus neuro-psychiques.
Outre les impressions qui viennent du dehors il en existe d'autres qui ont pour origine la vie interne de l'organisme. Nous avons déjà signalé l'importance de ces dernières pour l'activité neuro-psychique de l'individu.
Origine sensorielle des impressions internes. — L'état des organes internes dépend, d'une part, de l'innervation centrale et du plus ou moins grand afflux de sang, d'autre part, de la composition chimique de ce dernier et de l'échange des matières dans les tissus. Dans les organes creux un certain rôle revient aussi au contenu de ces derniers. De même que les impulsions externes, les excitations organiques atteignent les centres cérébraux et produisent des réactions correspondantes.
Ainsi, les excitations qui résultent de la faim et de la soif, déterminent une sécrétion renforcée du suc gastrique et des mouvements du canal intestinal ; le manque d'air dans les poumons produit des mouvements accélérés d'aspiration ; l'excitation génésique entraîne l'hyperthémie et une tension particulière des organes sexuels. D'autres excitations produisent des réactions sécrétoires ou vaso-motrices.
L'innervation de ces organes par les ganglions sympathiques a pour effet le développement d'un tonus réflexe et des réactions locales provoquées par la contraction de la musculature lisse ; parfois aussi des réactions plus éloignées, par exemple des vomissements causés par l'excitation de la matrice.
Tous ces processus peuvent produire des impressions internes, mais la plus grande part de celles-ci provient de la pression vasculaire, de l'irrigation sanguine et de la composition même du sang. Ceci fait que les impressions internes ne sont, pour la plupart, ni nettement localisées, ni isolées les unes des autres. Pour les juger il faut prendre en considération l'état général de l'organisme au moment donné en faisant particulièrement attention à l'activité du cœur et à la pression vasculaire.
D'une manière générale on peut dire que les impressions organiques ne déterminent pas la direction des réactions externes, mais retentissent sur le caractère de celles-ci. On en voit la preuve dans les expériences sur les oiseaux décérébrés.
Les oiseaux qui se trouvent dans cet état se montrent tout à fait indifférents envers la nourriture et la boisson ; quelle que soit leur faim et leur soif, ils ne feront pas le moindre effort pour atteindre ce qui est placé devant eux. Mais il suffit de leur plonger le bec dans l'eau pour qu'ils se mettent à boire comme un oiseau normal, levant même la tête et le bec en l'air. De cette manière on arrive facilement à les désaltérer. La soif une fois éteinte, l'oiseau cesse de boire et refuse même l'eau en secouant le bec.
Qu'est-ce qui ressort de cette expérience ? Evidemment que l'excitation externe, qui produit le réflexe de la déglutition, n'agit que sous l'effet des impressions organiques de la faim ou de la soif. Ces dernières conservent donc l'action stimulante, même chez les oiseaux décérébrés.
D'autre part si on laisse un oiseau décérébré longtemps sans nourriture, on le verra errer sans but et piquer au hasard en l'air ou contre le plancher. Ceci indique clairement que Гехcitation intestinale éveille le réflexe de la nutrition, mais safis pouvoir le diriger comme chez l'oiseau normal qui s'aide des impressions externes.
Cet exemple nous induit à conclure que les muqueuses du canal intestinal présentent une des sources les plus importantes des excitations organiques. Un rôle également important appartient aux organes sexuels, surtout à partir de la
puberté. Puis vient le système circulatoire, autrement dit, la région du cœur et des vaisseaux afférents. On peut en juger par le retentissement de l'activité cardiaque surtout le système vasculaire de l'organisme et, d'autre part, par le fait que le cœur réfléchit l'action de toutes les impressions externes ainsi que du travail musculaire de l'organisme. Enfin, il importe de relever encore le rôle des poumons où s'opère l'échange des gaz et du sang. Les ralentissements de cet échange, dyspnée, retentissent très vivement sur la respiration et la motricité générale de l'individu.
Les autres organes de la vie interne ne produisent d'excitations centripètes qu'à l'état anormal, pathologique, par exemple dans les cas d'une lésion (du foie, des reins, etc.).
Les impressions internes se produisent dès la période utérine, dès que commencent les battements du cœur chez l'embryon. Ce sont les premiers agents de l'activité motrice qui se manifeste chez lui dans la seconde période de la grossesse. Ce sont aussi les premiers agents de l'activité qu'il commence à déployer avec le début de la vie individuelle. A l'apparition de l'enfant au monde ce sont les poumons et le canal intestinal qui envoient les premières impressions et déterminent des réactions externes. Les autres organes n'assument ce rôle que dans la suite, les organes de la sphère sexuelle seulement à l'approche de la puberté.
Les impressions organiques ne déterminent, comme nous l'avons vu, que le caractère des mouvements externes ; la direction de ceux-ci est réglée par les impulsions qui viennent du dehors. Malgré cela les premières doivent être considérées comme étant les plus importantes, comme les principaux facteurs de l'activité individuelle. Prenons, par exemple, les impulsions de la faim et de la satiété. Un carnassier, qui a faim, attaque d'autres animaux et même l'homme, tandis que le même animal, à l'état de satiété, s'éloignera sans les toucher. On voit ici clairement que le but d'une réaction motrice est déterminé par les impressions externes, tandis que le caractère de celle-ci, agressif ou défensif, dépend des impressions organiques.
Les impressions organiques affluent continuellement aussi bien de l'intérieur, des sources que nous avons indiquées, que des organes récepteurs, en tant que ces dernières font partie du corps et peuvent se trouver en des conditions favorables ou défavorables de nutrition. Ceci fait comprendre toute l'étendue de leur action qui se retrouve dans chaque manifestation vitale de l'organisme.
Gomme organes récepteurs on trouve ici les terminaisons des fibres centripètes du nerf vague et des fibres nerveuses sympathiques disséminées à l'intérieur de l'organisme. Ces dernières aboutissent aux ganglions sympathiques et se prolongent ensuite vers la moelle où elles entrent près des racines postérieures et, en partie, aussi antérieures, par les rami communicantes.
Dans la moelle, les prolongements de ces fibres remontent, comme il a été prouvé par des recherches de notre laboratoire (Dr S. Mikhailoff), en partie dans les cordons antéro-latéraux, en partie dans les cordons postérieurs, et, se joignant, au-dessus du bulbe, au corps restiforme et à l'olive, s'élèvent probablement avec ceux-ci vers le noyau extérieur ou latéral de la couche optique. De là elles doivent passer, avec les fibres thalamo-corticales dans les parties centrales de Pécorce où doivent se trouver, à en juger par les expériences sur les animaux, les centres corticaux aussi bien des impressions musculo-cutanées que des impressions organiques en général.
En ce qui concerne la phylogénèse des impressions internes il est évident que, se trouvant en rapport avec les processus les plus élémentaires de la nutrition, elles doivent se rencontrer aux degrés les plus bas de l'échelle animale.
Impressions musculo-articulaires. — Parmi les phénomènes, de cette catégorie un rôle particulièrement important revient aux impressions musculo-articulaires qui méritent d'être examinées à part.
Chaque contraction des muscles, de même que chaque articulation passive des membres, s'accompagne d'excitations qui peuvent ôlre appelées musculo-articulaires.
L'importance de ces dernières a été révélée par les travaux de Bell1 et de Weber2. D'autre part, Duchenne3 a signalé le rôle des surfaces articulaires pour l'exécution des mouvements et le même fait a été confirmé par Lewinski * sur les malades atteints dataxie.
Bichat, Spiess et même Schiff niaient l'action des impressions musculaires sur les mouvements, se basant, entre autres, sur l'absence des nerfs centripètes dans les muscles, mais Sachs est arrivé à les découvrir dans les tendons et plus tard les terminaisons nerveuses ont été trouvées dans les muscles mêmes.
Ainsi, comme organes récepteurs des excitations musculaires, trouve-t-on des appareils nerveux disséminés dans les muscles, dans les tendons, dans les ligaments et aussi dans les enveloppes des articulations. Il en ressort que ce terme ne doit pas être pris dans un sens restrictif, se rapportant aux excitations qui partent non seulement des muscles, mais aussi des formations analogues.
Pour les réactions externes de l'organisme, les impressions musculaires sont d une importance capitale, car l'état de fraîcheur ou de fatigue du muscle détermine non seulement le caractère, agressif ou défensif, des mouvements, mais aussi leur degré de précision.
Tous nos mouvements actifs se rattachent à des systèmes de contractions musculaires, étant réglés par le rapport de l'organe au reste du corps, par son poids et par les obstacles qu'il rencontre en route. Lorsque les yeux sont ouverts, les impressions visuelles y prennent aussi une part active, mais moins importante que les facteurs précédents, car, en l'absence de la vue, les mouvements restent encore assez exacts, tandis que le moindre trouble des impressions musculo-articulaires aboutit à une désharmonie motrice. C'est ce qu'on voit dans