Lewinski. Ueber den Kraftsinn
les cas de tabès dorsalis, où ces dernières sont insuffisantes par suite d'une lésion des racines et des colonnes postérieures de la moelle. De même il suffit de trancher ces racines chez un animal, pour que ses mouvements perdent le caractère coulant et exact, comme sous l'effet de l'ataxie.
Une importance spéciale revient aux impressions musculoarticulaires dans la formation des impressions externes. Le fait est que la perception complète d'un objet comprend toujours des impressions de ce genre, résultant de l'examen par la vue, par le toucher, par l'odorat, par le goût ou par l'ouïe. Admettons qu'un homme se trouve devant un objet inconnu. Les impressions visuelles ont beau être complétées par les impressions articulaires qui accompagnent les mouvements des yeux et de la tête, il n'aura une notion exacte de l'objet que lorsque celui-ci aura été touché et examiné de tous côtés. Il faut donc qu'aux impressions rétiniennes s'ajoutent des impressions cutanées et musculo-articulaires pour que la perception devienne complète.
Les impressions musculo-articulaires ne se produisent, bien entendu, qu'avec les premiers mouvements de l'enfant et la coordination de ceux-ci ne s'établit qu'avec le temps. Au début, les mouvements les plus élémentaires, comme ceux qu'il fait avec les lèvres, manquent encore de coordination et semblent maladroits et désordonnés.
L'expérience ultérieure entraîne le perfectionnement simultané de toutes les fonctions motrices dont la régularité et la systématisation s'établissent sous le contrôle des impressions précitées.
Normalement, les impressions musculo-articulaires se développent en connexion avec les impressions tégumentaires, ce qui devient d'un grand secours pour l'orientation dans l'espace. Gomme premier résultat de cette connexion voit-on s'établir, dès l'enfance, l'habitude de palper les objets (activ touch des anglais). Ce procédé se développe surtout lorsque la main devient capable de les saisir, c'est-à-dire vers le troisième mois de la vie. Plus tard s'établit la faculté de locomotion sur les jambes qui donne à l'enfant un nouveau
moyen de mesurer l'espace. Enfin, les impressions musculoarticulaires interviennent aussi dans la faculté de la parole, comme le ;prouve la possibilité de l'apprendre aux sourdsmuets.
En ce qui concerne la phylogénèse, on ne peut douter que les impressions musculo-articulaires existent dans le monde animal partout où il y a un tissu musculaire, permettant de déplacer les organes. f
Chez les animaux supérieurs et chéz l'homme, les voies nerveuses, dont on a découvert les terminaisons dans le tissu musculaire, entrent dans la moelle avec les racines postérieures, s'élèvent dans les cordons postérieurs jusqu'à la hauteur du bulbe et entrent en contact avec les cellules des colonnes postérieures correspondantes. Les fibres centripètes qui en ressortent, montent dans la lemnisque, et suivant ensuite le trajet des impressions cutanées, atteignent le noyau externe de la couche optique. De cette dernière montent vers l'écorce des fibres thalamo-corticaies qui se terminent chez les chiens et chez les chats dans la région des circonvolutions pariétales, chez les primates et les hommes dans celle de la circonvolution postéro-centrale.
L'action des impressions internes sur les processus neuro-psychiques. — Outre la production directe de certaines réactions, les impressions internes exercent aussi une action très nette sur le caractère et le cours des processus neuro-psychiques.
De ce côté-là la littérature abonde en indications très intéressantes. Ainsi, Aschaffenburg 1 ayant étudié le processus de l'association chez des individus exténués par la faim, s'est rendu compte que cet état favorise les associations habituelles et, d'une manière générale, les associations verbales. Les associations par assonance et les associations rimées se rencontrent aussi fréquemment dans ces cas-là. Le travail de Weigandt2 porte sur le même sujet et contient des résultats approchants.
1. Aschaffenburg. Association und Erschôpfung. Psych. Arb., 1897, Bd 2.
2. Weigandt. Ueber d. Beeinflussung der Geistleistungen durch das Hungern. Рчуск.АгЬ., Bd 4.
La fatigue exerce aussi une action très vive sur le cours des processus neuro-psychiques.
Telle est l'influence de la fatigue que produit la marche ou la gymnastique, et aussi le travail cérébral.
En ce qui concerne ce dernier, il faut dire que la durée commence par le rendre plus rapide et meilleur, grâce à l'adaptation, à l'acquisition de l'expérience et aussi à une certaine excitation du cerveau, mais^ous l'effet de la fatigue il finit par baisser.
L'action de la fatigue sur le travail cérébral et la vitesse des processus mentaux a inspiré toute une série de recherches dont nous ne citerons que les résultats les plus généraux. Pour les détails nous renvoyons le lecteur au travail bien connu de Binet et Henri où se trouvent rassemblés des matériaux très importants l.
Bethmann a fait des recherches comparées en prenant d'une part l'action de la marche prolongée pendant deux heures, d'autre part l'action du calcul arithmétique durant une heure2. Les expériences comprenaient une réaction simple, une réaction de choix, une réaction verbale et la capacité de reproduire des chiffres.
En tout il a été fait trois séries d'expériences dont chacune avait duré près de trois jours.
Comme résultat, on a trouvé que sous l'effet du travail intellectuel, les réactions deviennent plus lentes, tandis qu'après une marche de deux heures elles deviennent plus rapides, mais moins sûres. Le sujet fait des erreurs dans le mouvement de la main, ce qui indique un trouble de la coordination motrice. Pour les réactions verbales le résultat était le même sauf que l'accélération était moindre après la marche.
Pour étudier la faculté de reproduction on avait donné plusieurs séries de chiffres composées de 12 unités. Le sujet regardait la première série jusqu'à ce qu'il l'eût apprise par cœur, puis il passait à la seconde et ainsi de suite, durant une demi-