‹ La psychologie objective;Chapitre 21 sur 145 · D' Schumkoff. Jbid · texte numérisé non relu

D' Schumkoff. Jbid

objectifs, tels que l'inscription graphique de la respiration, la notation des mouvements et la photographie des enfants, et semblent avoir saisi la réaction de la concentration nerveuse dans sa forme la plus élémentaire.

L'expérience montre ensuite que le cours de cette réaction se divise souvent en deux périodes : 1° La première, correspondant à l'action non différenciée de l'excitation, estcaractérisée par les traits généraux que nous venons de citer : par l'immobilisation du corps, par l'adaptation de l'organe récepteur, par les sursauts et les arrêts de l'appareil respiratoire. 2° La seconde varie selon l'effet favorable ou défavorable de l'excitation sur l'organisme. Dans le premier cas la réaction conserve le même caractère qu'au début. Dans le second elle se complique de mouvements de défense, locaux ou généraux : par exemple, sous l'effet d'une excitation lumineuse trop vive, de mouvements rotatifs des yeux ou de l'occlusion des paupières ; sous l'effet des excitations sonores, de mouvements désordonnés de la tête ; sous l'effet des excitations cutanées, d'un effort d'y soustraire l'organe. Les mouvements locaux se compliquent parfois d'un mouvement général du corps.

Les phénomènes que nous venons de citer se manifestent dès le premier mois de la vie ; vers le commencement du troisième mois l'appareil de la concentration nerveuse travaille déjà d'une manière parfaite.

Quant à la différence des réactions selon la nature des organes récepteurs, on a constaté que les excitations gustatives et olfactives provoquent dès les premiers jours des mouvements expressifs. Si, à l'aide d'une baguette de verre, on fait tomber sur la langue du nouveau-né une goutte de solution sucrée, salée ou acide, ou une goutte d'eau distillée, parfumée à la menthe, au citron ou à l'anis, la réaction se produira immédiatement et d'une manière très nette. Les substances sucrées seront reçues très bien et l'enfant fera même des mouvements de succion, du moins très souvent ; les substances acides et salées produiront un mouvement d'expulsion avec une grimace tout à fait pareille à celle de l'adulte ; quant à l'amer, l'enfant s'y montre particulièrement sensible et ne

tarde pas à le rendre avec l'expression caractéristique de l'amertume sur le visage.

En ce qui concerne la concentration visuelle, il a été observé que le nouveau-né commence à fixer la lumière entre le 7e et le 9e jour; notre propre fillette a commencé, dès le 10e jour, à fixer les personnes approchantes. Le 11e et, dans un autre cas, le 14e jour on a remarqué que l'enfant tournait les yeux d'un objet à l'autre. Chez nous, l'enfant s'est mis à suivre des yeux une feuille de papier rouge dès le 12e jour. Chez d'autres enfants la faculté de fixer les yeux se développe un peu plus tard. Kollmann ne l'a constaté qu'au cours de la 5e semaine. Il faut penser que de ce côté-là il existe des différences individuelles très sensibles. Des différences analogues ont été reconnues pour la faculté de suivre des yeux un objet qui se déplace lentement : certains auteurs la rattachent à la seconde semaine, d'autres au 23e jour ; enfin dans quelques cas elle ne se manifeste qu'au cours de la 5e semaine. La faculté de suivre des mouvements plus rapides ne s'établit que beaucoup plus tard. La concentration auditive en réponse à une note de piano n'a été constatée chez notre enfant que le 46e jour (immobilisation du corps, arrêt de la respiration). Quant à la direction du regard sur les objets qui produisent un son, ce phénomène n'est constaté qu'aubout de plusieurs semaines. Notre enfanta nous suivait des yeux le claquement des doigts dès la 8e semaine. Une fillette âgée de dix semaines fixait déjà du regard le visage de la personne qui l'appelait. Un garçon de douze semaines désignait des yeux le verre qu'on faisait sonner en passant sur les bords un doigt mouillé.

La différenciation des réactions sonores se produit, somme toute, très tôt, dès l'âge de deux semaines environ.

Les réactions symboliques dans leur forme définitive ne s'acquièrent que beaucoup plus tard. Cependant dès les premières semaines l'enfant se met à pousser des sons qui se transforment peu à peu en babil et finissent par constituer un langage articulé. Chez notre enfant, le son « ma » a été produit le 3e jour après la naissance, le son « ag », le 30e jour ; dans le courant de la 7e semaine on l'entendit dire « ba-iou » qui est

un son imitatif, et dans la 13e, prononcer distinctement « mama » (en russe). A partir de ce moment les sons articulés se multiplient et se diversifient très vite. Vers la fin de la 17e semaine notre fillette réagissait déjà à plusieurs mots d'une manière très distincte. A l'appel de son propre nom elle se mettait à sourire. A la question : « Où est Fédor ? » elle le cherchait tout de suite des yeux.

Les réactions personnelles présentent le dernier progrès du développement neuro-psychique. Au début, les manifestations vitales se réduisent aux mouvements réflexes, psycho-organiques ou instinctifs. Les mouvements plus étendus ne deviennent possibles qu'avec l'activité reproductive et associative des centres nerveux. Chez notre fillette on n'a remarqué qu'à la 15e semaine, qu'elle faisait passer le regard d'un objet à l'autre jusqu'à ce qu'il s'arrêtât sur le jouet favori.

Mécanisme des réactions vasculaires, respiratoires, cardiaques, intestinales, etc. Réactions réflexes, reproductives et associées. Réactions sthéniques et asthéniques. Réactions internes d'origine centrale.

Outre les phénomènes externes que nous venons de passer en revue, les réactions de l'organisme peuvent comprendre des variations internes : des processus sécrétoires vaso-moteurs ou trophiques. Tels sont, en premier lieu, les mouvements des organes internes : du cœur, des poumons, de l'estomac, etc.

Mécanisme des réactions vasculaires, cardiaques, intestinales, etc. — Selon la nature de ces organes on distingue les réactions vasculaires, respiratoires, cardiaques, intestinales, etc.

Sous le nom de réactions vasculaires on comprend différentes altérations des vaisseaux, qui se produisent aussi bien dans les téguments cutanés que dans les organes internes du corps. Selon le degré d'extension, la réaction vasculaire peut être locale ou généralisée.

La réaction sécrétoire a pour siège diverses glandes de l'organisme. Selon la nature de celles-ci elle peut être appelée lacrymale, sudorique, salivaire, etc.

La réaction trophique comprend toutes les altérations du processus nutritif et des échanges et, dans un sens plus étendu, les variations caloriques qui s'y rattachent.

Tout comme les réactions externes, les processus organiques peuvent avoir un caractère immédiat ou éloigné. Ils peuvent répondre à des excitations directes ou bien à des impulsions transmises d'une région différente. Par exemple, une excita-

tion cutanée plus ou moins violente peut retentir sur l'activité du cœur, de la respiration, etc.

Lorsque le processus interne varie selon la nature ou le degré de l'excitation, on peut parler d'une réaction différenciée. Tel est, par exemple, Je cas des glandes salivaires qui sécrètent d'une manière différente selon la nature des aliments.

Réactions reproductives et associées. — La réaction interne peut être appelée reproductive, si elle ne répond pas à l'impulsion reçue, mais se fait par suite de la reviviscence des traces d'une excitation antérieure.

Dans le cas où cet effet est obtenu par l'association préalable des deux excitants on peut parler d'une réaction associée. Ainsi, la production simultanée d'une piqûre avec une excitation sonore ou lumineuse qui n'agit aucunement sur la respiration, a pour effet qu'après un certain nombre d'excitations, la lumière ou le son déterminent, tout seuls, des réactions respiratoires. Cet effet ne se maintient pas longtemps, mais il suffit de reproduire la combinaison primitive, pour que l'association se rétablisse dans toute sa force.

Un autre exemple nous est fourni par le fonctionnement des glandes salivaires. On sait que l'excitation gustative, surtout provenant d'un acide, provoque une sécrétion abondante de salive. Eh bien, dans certains cas, l'aspect d'un mets et même le bruit des assiettes suffit pour produire cet effet. L'expérience montre ensuite que l'excitant gustatif peut être remplacé par n'importe quel autre, après une combinaison plusieurs fois répétée.

Les processus internes peuvent encore comprendre une réaction de choix ou une réaction combinée, mais il ne peut être question ici ni d'une réaction imitative, ni d'une réaction symbolique, ni d'une réaction conditionnelle, ni d'une réaction systématique qui appartiennent au domaine des processus externes.

Par contre, le caractère vital des réactions internes permet bien de les assimiler aux mouvements de défense et d'agression. Ceci s'applique surtout aux organes creux dont le fonc-

tionnement comprend l'introduction ou l'expulsion des matières étrangères : à l'estomac, aux intestins, etc.

Dans les vaisseaux la réaction agressive est représentée par un mouvement de dilatation, la réaction défensive par un mouvement de constriction. Dans le cœur, la première s'exprime par l'accélération et le renforcement de son activité, la seconde par la baisse et le ralentissement. Dans certains cas on se trouve en présence de réactions mixtes, notamment lorsque les organes passent d'un mode de réaction à un autre.

En ce qui concerne les réactions sécrétoires, on ne peut pas les diviser toutes en agressives et défensives, mais certaines d'entre elles, qui ont pour objet de dissoudre des aliments, peuvent bien être assimilées aux mouvements d'agression, et celles qui protègent les muqueuses, aux mouvements de défense . La vraie division est ici en réactions sthéniques etasthéniques.

Réactions sthéniques et asthéniques. — Une importance particulière revient aux variations de la circulation sanguine et de la respiration, car ces dernières agissent directement sur le processus des échanges. L'action des excitations cutanées sur le pouls et la respiration a suscité un nombre particulièrement imposant de recherches, en connexion du reste avec l'étude des autres facteurs. Nous n'avons qu'à rappeler les travaux de Mantegazza, Loven, Naumann, Lewall et Sanford, Fr. Frank et, plus près de nous, ceux de Binet et Sollier, de Ferri, Mosso, Lehmann et autres. Il en résulte, comme conclusion générale, que toutes les excitations externes de quelque force retentissent sur l'activité du cœur, sur la tension sanguine et sur la respiration.

Les réactions de cette catégorie peuvent prendre deux formes différentes : dans certains cas il se produit une excitation positive du système vasculaire et de la respiration dans le sens d'un fonctionnement plus actif ; en d'autres cas il se produit une action négative sous forme d'une constriction des vaisseaux, d'une oppression de la respiration et d'un ralentissement des échanges. La première forme a le sens d'une réaction sthénique, la seconde d'une réaction asthénique.

Outre l'action générale sur l'organisme, toute excitation de quelque importance produit une réaction locale dans la région de l'organe récepteur. Cette dernière s'exprime également soit par une altération positive, soit par une altération négative de la circulation et des échanges. Les phénomènes vasculaires dépendent ici directement de l'intensité de l'excitation. On peut prendre comme règle générale que les excitations plus faibles, qui ne s'écartent pas beaucoup du seuil, n'agissent pas du tout ou presque pas sur les vaisseaux. Les excitations moyennes, comme étant favorables à l'organisme et stimulantes pour ses fonctions, s'accompagnent d'une réaction sthénique. Les excitations plus intenses produisent une réaction musculaire asthénique.

D'une manière générale on peut dire que les excitations favorables aux fonctions de l'organisme produisent une réaction sthénique aussi bien locale que d'ensemble, accompagnée souvent de manifestations motrices agressives, tandis que les excitations qui agissent d'une manière défavorable sur les fonctions, produisent des réactions asthéniques accompagnées de mouvements de défense.

Nous avons vu que la nature de l'excitant ne reste pas sans influence sur le développement de la réaction interne. Ceci dépend naturellement de l'état momentané de l'organisme et de ses besoins. Ainsi, les aliments produisent un effet sthénique aussi bien général que local, surtout lorsque l'organisme en a réellement besoin, mais il suffit que ce dernier se trouve sursaturé, pour qu'il se produise une réaction asthénique. Il en est de même pour les substances amères, lorsque ces dernières sont prises en doses trop concentrées. Parmi les substances odorantes, celles qui sont de nature délicate, de même que l'arôme des aliments, produisent une réaction sthénique, tandis que les substances désagréables ou d'une action nocive sur les muqueuses produisent un effet asthénique.

En ce qui concerne les excitations auditives, on reconnaît aux sons une certaine action sthénique, tandis que les bruits stridents produisent un effet asthénique, mais le principal rôle revient ici à l'harmonie musicale. Les recherches expérimen-

talcs ont prouvé que la musique produit une action positive sur l'activité du cœur, sur la pression sanguine, sur le travail musculaire, etc., tandis que les dissonances musicales produisent l'effet contraire.

Les excitations visuelles simples ne s'accompagnent, par elles-mêmes, que d'une réaction interne insignifiante. Gomme facteurs stimulants on ne trouve ici que la force de l'impression et l'intensité des couleurs. En ce qui concerne la nature de ces dernières on peut dire que les couleurs rouge, jaune et aussi, en partie, verte, produisent un effet sthénique, tandis que le bleu, bleu pâle et violet ont une action généralement asthénique. Il se peut aussi que certaines combinaisons de couleurs produisent une impression favorable, tandis que d'autres ont un effet déprimant.

Ce qui est plus certain, c'est l'effet des perceptions spatiales, des formes et des lignes. On constate notamment que certaines formes d'architecture produisent un effet sthénique, tandis que les voûtes un peu basses et les édifices lourds ont un effet déprimant.

Enfin, il importe de relever que toute réaction externe s'accompagne de variations vasculaires dans la partie active du corps. Les expériences ont montré qu'il suffît de suggérer un mouvement dans l'hypnose ou simplement d'évoquer une représentation motrice, pour déterminer une dilatation des vaisseaux avec augmentation du volume de l'organe correspondant. Ce résultat a été confirmé par les recherches avec la balance physiologique (E. Weber).

RÉACTIONS INTERNES D'ORIGINE CENTRALE. Outre l'origine

externe, les réactions organiques peuvent aussi avoir leur origine dans l'activité associative du système nerveux. Celles qui ont un caractère émotionnel, seront examinées plus tard dans un chapitre spécial. ^Bornons-nous, pour le moment, à les esquisser dans leur forme la plus générale, en tant qu'elles résultent des processus mentaux.

Le fait est que l'activité associative des centres nerveux ne se résout pas seulement en mouvements externes, mais déter-

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mine aussi des processus organiques, ce qui peut être facilement constaté par l'examen du pouls, de la respiration, de l'activité cardiaque, etc. Autrement dit, les réactions internes ne dépendent pas seulement des impulsions sensorielles ou organiques, mais encore du cours des associations mentales.

D'après les recherches de Gley 1 et de Binet et Courtier2 l'activité cardiaque s'accélère sous l'effet du travail intellectuel, montant de 5 à 20 battements à la minute. Cette accélération persiste même après l'arrêt du travail. Quant à un travail prolongé, qui dure plusieurs heures, il retentit généralement sur l'organisme par un ralentissement du pouls.

D'autre part, les recherches de Mentz 3 montrent que les battements du cœur deviennent plus courts sous l'effet du travail intellectuel, phénomène qui cesse tout de suite avec l'arrêt du travail.

Les recherches de Binet et Courtier k sur l'état général de la circulation sous l'effet de l'activité mentale ont donné les résultats suivants :

1. Un travail court, mais intense, stimule les fonctions, produit une constriction des vaisseaux et accélère les battements du cœur ; mais cet effet ne dure pas longtemps ; il est bientôt suivi d'un léger affaiblissement du dicrotisme.

2. Un travail cérébral qui dure plusieurs heures avec immobilité relative du corps, produit un ralentissement des battements cardiaques et une diminution de la circulation capillaire à la périphérie du corps.

Quant à l'action du travail cérébral sur la pression sanguine, Binet et Henri5 la formulent en termes suivants : un calcul mental compliqué fait monter la pression de 20 millimètres, un travail physique, de 30.

1. Gley. Etudes de psychologie physiologique. Paris, F. Alcan, 1903.

2. Binet et Courtier. Effet du travail intellectuel sur la circulation capillaire. Année psych., 4897.

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