Nevrol. Westnik
2. Ce dernier était fait spécialement dans notre laboratoire.
derniers qui ont été jugés les meilleurs. Chacun de ces appareils était réuni à un chronoscope de Hipp, ce qui donnait la possibilité de marquer deux moments du temps : le moment de l'apparition d'un objet ou tableau et celui où ce dernier était perçu par le sujet. Avant de procéder aux expériences, on contrôlait la vue des sujets et, s'il y avait une réfraction, cette dernière était corrigée par des lunettes.
Gomme excitants, on prenait des dessins, des lettres, des mots, parfois des carrés diversement colorés. Les dessins étaient rangés par séries : chaque série comprenait une quinzaine de dessins allant du simple au complexe. Chaque série était également graduée. Les expériences commençaient avec le tonus neutre et se répétaient plusieurs fois jusqu'à ce que la vitesse de la perception normale fût devenue constante. D'après la vitesse moyenne des perceptions les sujets peuvent être rangés en trois groupes : pour la plupart, la vitesse moyenne était de 0,200 de seconde ; pour la minorité, inférieure à 0,200; pour quelques-uns seulement était supérieure, variant de 0,400 à 0,600 de seconde.
Après avoir établi la vitesse normale des perceptions, on passait aux épreuves avec le tonus positif, le tonus négatif et avec toute la série des nuances intermédiaires qui peuvent se rencontrer dans la vie. Pour apprécier l'écart qui se produirait avec le tonus neutre on relevait, le plus exactement possible, les signes physiques de celui-ci : l'état du pouls, la mimique, l'intonation de la voix, la démarche. Des altérations vraiment nettes ne s'obtenaient que sous l'effet d'une émotion, ce qui exigeait souvent le secours de l'hypnose.
Outre les nuances du tonus neuro-psychique on prenait en considération le tempérament du sujet, distinguant surtout le tempérament sanguin du tempérament mélancolique qui, dans un cas, allait jusqu'à la morbidesse.
Comme résultat principal, on a trouvé que le tonus affectif retentit incontestablement sur la vitesse des perceptions visuelles. Le tonus positif produit une accélération de cette dernière ; les perceptions deviennent plus rapides et aussi plus complètes, comme on peut en juger d'après leur reproduction
sur le papier. Le tonus négatif exerce une action inhibitrice, mais une émotion sthénique trop vive produit aussi un ralentissement.
Chaque nuance du tonus neuro-psychique a aussi son action propre. Ainsi, l'impatience, la contrariété et l'irritation (forme légère de la colère) exercent une action stimulante ; la dépression et la distraction du sujet produisent un ralentissement.
D'autres recherches de Mme Soukhova en collaboration avec Mme Karamzina, ayant eu pour objet les processus neuropsychiques en général, ont montré que les réactions motrices s'accélèrent et se ralentissent également selon le tonus affectif du sujet.
Enfin, les mêmes auteurs ont étudié, sur notre proposition, l'action du tonus affectif sur la vitesse des associations \
Les épreuves portaient, comme avant, sur trois états affectifs : le tonus neutre, positif (joyeux) et négatif (triste) ; ces derniers étaient pris dans leur forme naturelle ou bien provoqués par suggestion. On prononçait un mot auquel le sujet devait répondre ce qui lui viendrait à l'esprit ; l'intervalle entre l'excitation et la réponse était mesuré par un chronoscope de Hipp. Les conclusions du travail se réduisent à ceci :
1) L'individualité jouait un grand rôle dans ces épreuves. 2) Les temps de réaction, déduction faite de ceux qu'exigeait la simple prononciation des mots, variaient entre 0,102" et 0,982". 3) Le tonus positif accélérait les associations neutres, mais avait une action contraire sur celles qui avaient un caractère affectif opposé. 4) Le tonus négatif avait une action dépressive, sauf sur les premières associations du même caractère affectif. 5) Les états affectifs, quelle que fût leur nature, cédaient difficilement devant les associations d'un tonus différent.
Outre cela on a vu que le tonus positif favorisait la variété des associations, tandis que le tonus négatif les rendait, au contraire, uniformes.
Les expériences analogues faites dans notre laboratoire par Mme la Dresse Pavlovskïa ont confirmé ces résultats. Elles ont
1. Karamzina et Soukhova. Influence des états affectifs sur le caractère et la vitesse des associations (en russe). Vestn. Psych., 1909.
montré que le tonus négatif exerce généralement une action inhibitrice et réduit les associations à une seule catégorie, tandis que le tonus positif les rend plus variées et quelquefois inexactes. Ce dernier trait concorde aussi avec l'accélération du processus mental.
Indépendamment de l'action directe sur les associations, le tonus affectif a une influence sur le cours général des processus neuro-psychiques. Il agit sur la concentration nerveuse de l'individu et, par là même, sur son rapport au monde extérieur. Les expériences montrent par exemple que le tonus neuropsychique favorise les réactions qui ont le même caractère affectif. Gela s'explique par le fait que les traces des réactions précédentes ont des irradiations émotionnelles qui, dans un cas, se trouvent renforcées et dans l'autre exercent une action inhibitrice. Maintenant, si le tonus neuro-psychique accuse une fluctuation très vive dans un sens ou dans l'autre, il arrive aussi que les impressions externes qui, normalement, ont un caractère opposé, prennent le caractère correspondant au tonus de l'individu.
Les émotions plus profondes entraînent des variations encore plus marquées de l'activité neuro-psychique. Ainsi, Wundt 1 avait déjà reconnu que les impressions violentes de peur ou de frayeur ralentissent jusqu'aux simples réflexes de l'organisme. Ce fait ressort aussi des expériences de Martius2. Wundt expliquait cela par un trouble de la coordination motrice et de la concentration nerveuse du sujet. Mais, la frayeur une fois passée, la réaction devient même plus rapide, ce qui s'expliquerait par une excitation du système musculaire consécutive à la dépression.
Les expériences qui ont été faites chez nous avec un coup de revolver ou un éclair de magnésium 3, confirment tout cela. Sous l'effet de la frayeur produite par une détonation ou un éclair de magnésium, tous les processus réactifs, depuis les réflexes patellaires jusqu'aux réactions reproductives et