Westn. Psych
BECHTEREW.
mots nouveaux et de mots non retenus de la première présentation.
Comme sujets on avait cinq médecins. Chacun d'eux s'était soumis à six épreuves : deux visuelles, deux auditives et deux avec articulation des mots lus. Outre cela on a fait quatre séances avec des épreuves contraires où les mots retenus étaient conservés et les mots non retenus, remplacés par d'autres.
Les résultats ont pleinement confirmé l'observation d'Ebbinghaus. Les mots déjà retenus accusaient, naturellement, la plus grande force de reviviscence, mais, dans l'épreuve opposée, les mots non retenus lors de la première présentation avaient, la seconde fois, un avantage très net sur les mots nouveaux. Il y avait naturellement des exceptions, mais, d'une manière générale, ils se reproduisaient mieux que les mots nouveaux.
Comme résultats accessoires on a trouvé que les noms d'objets se reproduisent mieux que les mots abstraits et que,, pour le reste, la faculté de reproduction varie beaucoup selon les individus.
Il est donc clair que les impressions qui ne sont pas assez profondes pour se reproduire d'elles-mêmes, ne passent tout de même pas sans laisser de traces dans les centres nerveux du cerveau ! Autrement dit, la faculté de reviviscence n'est pas toujours en rapport avec la fixation des traces cérébrales. Pour nous, la faculté de reproduction est liée à la faculté associative des centres cérébraux, comme l'on observe aussi dans les cas pathologiques. On sait que dans certains cas le malade se rappelle mal les faits tout récents, tandis que le passé se reproduit chez lui dans les moindres détails. En d'autres cas c'est le passé qui ne peut plus être reproduit, tandis que les impressions nouvelles se fixent très nettement. Parfois l'affaiblissement ne se produit que d'une manière passagère. Par exemple, le malade ne se rappelle rien de ce qui se rapporte à une certaine période, mais, à la suite d'un nouvel accès, celleci lui revient de nouveau à la mémoire.
Ces phénomènes dépendent non seulement de la faculté de reproduction, mais aussi de l'activité associative des centres cérébraux. Lorsque celle-ci est déprimée ou abolie, la revivis-
cence des traces se montre affaiblie ou devient tout à fait impossible.
Mais malgré cela, la fixation même reste toujours une condition essentielle de la reproduction. Les traces qui n ont pas été assez profondes ou qui se sont déjà effacées, ne sont pas susceptibles de reproduction.
D'habitude la profondeur des traces dépend de la fréquence des impressions, mais elle varie beaucoup, comme nous l'avons déjà dit, en rapport avec les conditions individuelles et divers facteurs, internes ou externes.
La reviviscence des traces cérébrales s'observe dès les premiers jours d'existence, même chez les enfants nés avant terme. Prayer a noté, d'une manière très intéressante, que son garçon avait bu, les premiers jours, du lait mélangé d'eau, mais, dès le quatrième, a commencé à le refuser. Rappelons cependant que les impressions ne s'étendent qu'avec le développement des organes récepteurs, par suite de quoi l'activité des centres visuels, auditifs et tactiles se manifeste plus tard que celle des centres gustatifs et olfactifs.
La reviviscence des processus plus complexes dépend de la faculté associative du cerveau et ne se manifeste qu'avec le temps. Dans un cas nous l'avons constatée dès l'âge de six mois. L'enfant, s'étant brûlé la main avec de l'eau bouillante, reculait à la seule vue de l'eau. Un autre enfant, qui n'était âgé que de quatre mois, s'est mis à sourire en apercevant sa bonne après une absence de quatre semaines. La reviviscence se faitici, comme chez les adultes,, d'après le signe qui a laissé la trace la plus profonde. Citons, à ce sujet, le cas suivant qui a été rapporté par Baldwin. Un enfant de six mois et demi avait été séparé de sa bonne pendant trois semaines. Lorsque celleci revint, elle se montra d'abord à lui, sans dire un mot, puis se mit à parler d'une chambre voisine. L'enfant ne réagit aucunement. Mais il suffit qu'elle s'approchât en chantant une de ses chansons pour que l'enfant témoignât sa joie et tendît les mains vers elle1.