Ch. Richet. Essai de psychologie générale
tation. Voilà le rudiment des traces qui doivent se former dans l'écorce cérébrale. Ajoutons à ceci que dans les cellules ordinaires l'altération ne dure pas longtemps et elles reviennent ensuite à leur état normal, tandis que dans les cellules nerveuses le rétablissement n'est pas aussi complet.
Forel 1 caractérise l'activité nerveuse : 1° par la faculté de laisser après soi une altération durable, 2° par la faculté de se reproduire de la même manière que la première fois. Ces deux facultés ne sont, au fond, pas distinctes l'une de l'autre, car la reproduction n'est qu'un renforcement ou une reviviscence de l'altération première.
D'après Jodl, Dorpfeld et bien d'autres auteurs .encore, la fixation des traces comprend un changement moléculaire qui facilite la reproduction du processus nerveux.
Pour bien comprendre la nature de ces traces, il faut se rendre compte que les impressions se confondent entièrement avec les processus réactifs et ne doivent aucunement être assimilées à la formation d'un cliché photographique. Ceci ressort nettement, entre autres, de l'étude physiologique de la vision. L'hypothèse que les impressions rétiniennes se déposent dans le cerveau sous forme d'empreintes statiques se trouve de plus en plus abandonnée depuis qu'on se rend compte que la rétine ne fournit, comme données visuelles, ni la profondeur, ni la distance, ni même la grandeur des objets.
Les travaux de B. Bourdon2, de Reddingius 3, et surtout, l'étude de Nuel 4 prouvent que ces dernières sont de nature . nettement motrice et que l'hypothèse d'une empreinte statique doit être remplacée par celle d'un ensemble de processus réactifs.
La même chose ressort des travaux de R. Wahle5, E. Mach 6
1. Forel. Das Gedàchtnus u. seine Abnormitdten, Zurich, 1895.
2. B. Bourdon. La perception visuelle de l'espace. Paris, 1902.