‹ La psychologie objective;Chapitre 39 sur 145 · Nuel. La vision, Ш · texte numérisé non relu

Nuel. La vision, Ш

5. Wahle. Gehirn. и Bewusstsein, 1884. — Ueber d. Mechanismus d. gestigen Lebens, 1906.

6. E. Mach. Analyse d. Empfindungen. 4e Ausg. 1903. — Erkenntniss «. Irrthum, 1906.

et N. Kostyleff1, qui tout en se rapportant aux images mentales, servent aussi à caractériser les processus de perception et les traces que ceux-ci doivent laisser dans l'écorce cérébrale.

En résumé, l'essence des actes mnésiques consiste apparemment en ceci, que chaque réaction neuro-psychique facilite la conduction du courant nerveux et ouvre aux courants suivants des voies de moindre résistance.

On sait que plus une réaction se répète, plus elle devient facile et plus elle s'écoule rapidement. On en a la preuve tous les jours, car tout mouvement quelque peu complexe est difficile au commencement, mais se fait chaque fois plus coulant et finit par devenir automatique. Il est clair que le courant nerveux rencontre de moins en moins de résistance et reprend de plus en plus facilement la voie tracée par l'exercice. En fin de compte, comme altération physiologique, on peut admettre une transposition des molécules qui se conserve dans les voies nerveuses.

La question d'une transmission héréditaire de ces traces n'a pas encore été assez éclaircie et reste jusqu'à présent un objet de controverses.

La théorie des idées innées que soutenaient Platon, Descartes, Malebranche et Leibnitz, a été de notre temps beaucoup niée, entre autres parVerneuil 2 qui affirmait que l'homme n'a rien d'inné.

D'autres auteurs affirment par contre que l'homme possède déjà à la naissance des traces de l'expérience ancestrale et même , une disposition héréditaire à l'égard de certaines impressions, par suite de quoi celles-ci exercent leur action tandis que d'autres passent inaperçues. Cette faculté se développerait ensuite avec l'expérience individuelle.

Nous croyons, pour notre part, que les données actuelles de la science parlent en faveur de cette hypothèse. Pour nous, tout ce qui se manifeste dans l'activité neuro-psychique de

4. N. Kostyleff. Les substituts de l'âme dans la psychologie moderne, Paris, F. Alcan, '1906.

t. U. Verncuil. La mémoire au -point de vue psychique, Paris, 1888.

l'homme, provient de l'action du milieu et de son éducation, mais cela n'exclut pas la possibilité d'une disposition héréditaire à la fixation de certaines traces, de' préférence à certaines autres. Cette faculté peut être en rapport avec un développement inégal des différents centres cérébraux.

Passant au problème de la localisation des processus reproductifs dans le système nerveux, rappelons tout d'abord que la sommation des impulsions nerveuses qui se produit dans les centres de la moelle et même du système ganglionnaire, présente un prototype des processus de conservation, tandis que l'irradiation de celles-ci est un prototype des processus d'association.

Si on se tourne maintenant vers l'étude expérimentale, on verra que les recherches de Kalischer1 sur les chiens parlent beaucoup en faveur de la fixation des impressions auditives dans les régions sous-corticales du cerveau.

Kalischer commençait par dresser les chiens à ne saisir les morceaux de viande qu'on leur offrait, que sur la production d'un son convenu (« Fresston ») . Un autre son, appelé « opposé » (« Gegenton »), les faisait, par contre, reculer. L'action du premier était tellement nette, que les chiens le reconnaissaient dans n'importe quelle combinaison, même là ou devrais musiciens n'arrivaient pas à le distinguer. D'autre part, la destruction d'un limaçon et même de la région temporale correspondante n'arrêtait pas la réaction. La destruction du second limaçon entraînait naturellement une surdité complète et détruisait tout l'effet du dressage.

Après une série d'expériences préliminaires de ce genre on prenait un chien dressé avec l'appareil auditif intact, et procédait à l'ablation des deux régions temporales ainsi que des quadrijumeaux postérieurs. Le chien devenait complètement sourd à l'appel, au bruit, à n'importe quelle excitation sonore, mais la réaction au son convenu persistait. L'auteur en conclut qu'elle s'opérait par l'intermédiaire des centres sous-corticaux.

Ces faits-là ont besoin d'être contrôlés, car des expériences

i. 0. Kalischer. Zur Function des Schlâfenlappen des Grosshirns. Sitzb. d. Konigl. Preuss. Acad. d. Wissensch., 1907, Berlin.

analogues sur le réflexe salivaire ont donné des résultats différents. D'autre part, l'effet obtenu pouvait être dû à l'intégrité des centres moteurs ét ne prouve pas encore la conservation des traces auditives dans la région de ces derniers.

En résumé, il se peut bien que les impressions élémentaires laissent des traces dans les centres sous -corticaux, mais les impressions complexes doublées de processus associatifs sont dues incontestablement à l'activité des centres supérieurs.

Certains auteurs, comme par exemple Frauth1, ont cru voir ces traces disséminées dans toute l'écorce du cerveau. Cependant, la disparition de certaines catégories dans les cas pathologiques nous force d'admettre une localisation spéciale de certaines catégories de traces.

Les traces cérébrales étant un produit des impressions, devraient, semble-t-il, se conserver dans les centres mêmes de la perception, mais certains cas morbides, ainsi que les recherches physiologiques ont fait conclure à la différence topographique de ces deux fonctions. On arrive ainsi à distinguer les centres nerveux qui déterminent les perceptions et d'autres centres qui règlent la conservation des souvenirs. En ce qui concerne les impressions visuelles, auditives et tactiles, cette théorie est assez précise. La conservation des traces visuelles est rattachée à la surface externe de la région occipitale, voisine du centre des perceptions situé à la surface interne de la même région ; la conservation des traces auditives, aux circonvolutions temporales et la conservation des traces tactiles, aux circonvolutions centrales voisines également du centre des perceptions. Pour les traces gustatives et olfactives cette distinction n'a pas encore été faite d'une manière précise.

Dans le cas où les régions énumérées étaient détruites par l'ablation, chez les animaux, ou par une lésion naturelle chez les hommes, il en résultait un état spécial appelé cécité psychique, surdité psychique ou anesthésie stéréognosique où les perceptions restaient possibles, mais les souvenirs et, par suite, aussi les associations se trouvaient abolies. L'individu pouvait

i. Fr. Frauth. Das Gedâchtniss, 1888.

encore se servir des impressions immédiates, mais l'activité reproductive et associative du système nerveux était abolie, ce qui a fait conclure à l'existence séparée des centres psychiques.

Nous ne partageons pas cette opinion. Pour nous, cette distinction repose sur un malentendu. Le fait est qu'un centre cérébral comprend aussi bien les voies adductrices que les voies abductrices et ne peut fonctionner entièrement que lorsque les unes et les autres sont intactes. Les faits cliniques que nous venons de citer prouvent que les régions des voies adductrices ne contiennent qu'une partie des autres., celles qui servent aux réflexes immédiats, tandis que les voies des réflexes associés se trouvent dans une région voisine. C'est ce qui explique la différence des troubles psychiques, le fait par exemple que dans le centre visuel la destruction de la fissure calcarine, comprenant la terminaison des voies adductrices avec les éléments cellulaires afférents, produit une cécité complète, tandis que la destruction de la partie externe du lobe occipital qui contient les voies abductrices des réflexes associés, n'entraîne que le trouble connu sous le nom de cécité psychique. Il en est de même pour les autres centres corticaux. .

Ceci prouve encore une fois que dans l écorce cérébrale il n'existe aucune empreinte statique des objets et ne peut être question que d'une modification des voies nerveuses permettant la reproduction externe des réflexes cérébraux.

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