‹ La psychologie objective;Chapitre 4 sur 145 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Exclusion du problème de la conscience. Extension de l'étude à la totalité de Гаге réflexe. Observation et recherches expérimentales.

Exclusion du problème de la conscience. — Nous avons déjà dit maintes fois que l'étude de la vie psychique ne peut pas rester purement subjective. Subjectivement nous saisissons une partie seulement des processus neuro-psychiques qui se passent dans notre organisme, ceux qu'on appelle conscients ; les autres, subconscients ou inconscients, échappent à l'observation intérieure. Lorsque nous parlons ou écrivons, lorsque nous exécutons des mouvements complexes, nous sommes loin de nous rendre compte de tout ce qui entre dans le mécanisme de ces actes ; nous n;avons conscience, en réalité, que de l'acte terminal. On voit que les données subjectives sont loin de traduire l'ensemble du processus neuro-psychique et .que la théorie du parallélisme psycho-physique est en réalité très peu fondée. Le parallélisme ne peut être admis que dans un sens très restreint. Nous pouvons dire que les données de l'introspection se trouvent dans un rapport intime avec les processus cérébraux, mais ces derniers sont de beaucoup plus complexes et plus étendus.

Combien moindre encore est leur portée, lorsqu'il s'agit d'expliquer les actes des autres ! Supposons, par exemple, que nous venons d'exécuter un mouvement et qu'un autre le répète de point en point. N'avons-nous pas le droit de dire que l'excitation visuelle a provoqué, chez lui, un réflexe analogue ? Ceci ne présente aucun doute. Si nous nous avisions par contre de l'interpréter subjectivement, de juger si cette imita-

tion était consciente ou non, nous tomberions tout de suite dans la plus grande incertitude. Voici, à titre d'exemple, l'explication que donne un représentant de la psychologie subjective. D'après Ziehen, « pour juger le sens d'un acte, il faut prendre en considération le facteur intellectuel qui l'a déterminé : si c'est une perception immédiate, la concurrence d'une perception actuelle avec les données de la mémoire, ou bien le tonus émotionnel du phénomène. Dans le premier cas ce sera un acte instinctif, dans le second, un acte intellectuel, et dans le troisième, un acte affectif. Le mouvement de défense à la vue d'un coup qui nous menace, est un acte instinctif. Les mouvements que nous faisons pour réaliser nos désirs sont de nature affective. Enfin la plupart des actes précédés d'un raisonnement rentrent dans la catégorie des phénomènes intellectuels ».

Inutile de souligner combien cette distinction est confuse. Du reste, l'auteur reconnaît lui-même que « les divisions indiquées n'ont pas un caractère absolu ». « La plupart des actes, convient-il, relèvent de ces trois facteurs à la fois. » Ainsi, les actes instinctifs sont rarement exempts d'une couleur émotionnelle. Il en est de même des actes intellectuels. « Ces derniers, ajoute Ziehen, si on les prend dans le sens le plus étroit du mot, comme mouvement où le prétendu libre arbitre se manifeste le plus nettement, semblent même ne rentrer dans aucune de ces trois catégories . Du point de vue d'où nous venons de les examiner, on concluerait volontiers que dans les cas les plus nets ce sont des phénomènes affectifs, déterminés par le tonus positif de la représentation motrice qui les procède. »

Comme le dit très bien Tarde, « rien n'est moins scientifique que cette division absolue, cette disjonction du volontaire et de l'involontaire, du conscient et de l'inconscient. Ne passe-t-on pas, d'une manière imperceptible, de la volonté à une habitude presque mécanique et n'est-ce pas le même acte qui change de nature au cours de cette transition 1 ».

D'autre part nous lisons chez Richet : « Intelligence, instinct,

Page 1